Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 32. Saga de Françoise Maraval

 

DE BELLES GENS

 

 

Épisode 32

 

 

La vie d’après,

 

 

 

Résumé de l’épisode précédent :

 

Dans le haut de la ville, Henri Lamaurelle et Achille ont repris le travail. Aimée, la petite sœur de Yette, est arrivée le 20 décembre 1919. Angèle attend son 5ème enfant.

Dans le bas de la ville, Arthur a repris son travail de roulier mais il a un camion : il est camionneur pour le compte de l’usine de chaux de monsieur Bouteil . Henri, notre ancien prisonnier en Allemagne, se repose à Saint-Cyprien et passe beaucoup de temps avec son frère Marcel, grand blessé de guerre. Alice vient d’avoir un enfant, l’enfant de Marcel : Marcelle.

 

 

 

Dans le haut de la ville, Achille et Yvonne ont trouvé une maison de village à louer sur les hauteurs de Montmartre. Les propriétaires sont les épiciers de la place de la Liberté, les Blanc. Rien à voir avec l’appartement précédent, celui-ci est clair et vient d’être rafraîchi. Il est sur deux niveaux : au rez-de chaussée,  une belle chambre    et une grande cuisine devant laquelle une terrasse bien maçonnée permettra aux enfants de jouer en toute sécurité. L’été, une treille y apportera ombre et fraîcheur. En raison de la forte inclinaison du carreyrou de Montmartre, l’autre étage est en contrebas et offre une grande chambre et la possibilité de travailler un petit jardin.

 

 

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                                   La maison d’Achille et Yvonne est la maison de droite

                                                                                                                                                         

Achille est heureux !!! Il est sorti de ce cauchemar de cinq ans qu’a été la Grande Guerre. Elle l’a happé, le lendemain de son mariage avec Yvonne et il a dû voler au secours de la Patrie en abandonnant celle qu’il aimait. Il va pouvoir, enfin, jouer son rôle de mari protecteur et de père aimant pour le meilleur puisque le pire est derrière eux. Ses deux blessures de guerre, l’une au bras droit, l’autre au bras gauche, sont oubliées et ne l’empêchent pas de cultiver son jardin, également propriété de la famille Blanc. Sis sur la route qui mène à Fages, ce jardin bénéficie d’une exposition exceptionnelle et la terre y est de qualité.

 

Anastasie, la grand-mère, est restée dans l’ancien logement  ; mais, dans la journée, elle est chez sa fille Angèle avec le reste de la famille. C’est elle qui accompagne la petite Yette à l’école maternelle, rue de la mairie. Yvonne est la cuisinière des deux familles et elle s’est organisée pour surveiller sa petite dernière, Aimée, et pour assurer des heures de ménage à ses employeurs. Elle a aussi appris à pailler les chaises. Dans ce milieu de labeur, on s’efforce de soulager Angèle de tout travail puisqu’elle attend son cinquième enfant pour la mi-octobre.

 

Rue de la Mairie, on s’affaire autour de la petite dernière, arrivée le premier juin : Marcelle. Son père Marcel Destal, grand blessé de guerre, vient le plus souvent possible et c’est Arthur, son beau-frère, qui va le charger avec une voiture du garage Veyssière. Cette naissance le trouble car sa vie ne tient qu’à un fil. Dès septembre, on ne peut plus le déplacer : la paralysie générale pronostiquée est devenue effective. Alice et Emma ne peuvent pas lui amener le bébé. Il est en permanence sous morphine et il décédera le 13 novembre 1920 à l’hôpital de Limoges.

En dehors de Maria qui garde le bébé, toute la famille est à l’enterrement de Marcel au cimetière militaire de Louyat à Limoges. Encore conscient, Marcel avait exprimé le vœu d’être enterré au milieu de ses camarades de combat   : il en avait parlé à Alice mais aussi à sa sœur Emma.

 

Alice pleure toutes les larmes de son corps, elle ne peut pas s’arrêter. Par contre, Emma ne pleure pas, et s’en étonne. On avait beau savoir que l’issue était proche, on espérait un sursis. Défigurée, Alice a dû attendre 2 ou 3 jours avant de reprendre le travail. C’est Maria qui joue le rôle de nounou,

et elle n’a rien oublié de ses différentes maternités. Avec une infinie tristesse, elle revoit les deux maternités qui ont précédé la naissance de Fonfon : elle a perdu deux enfants en bas-âge, Antoine et Émile. Heureusement, celui que l’on n’attendait plus, Fonfon, n’a donné que des satisfactions.    

 

Jean Maraval senior est convoqué à la mairie par le nouveau maire. A sa grande surprise, il apprend qu’il doit laisser sa place de chef d’équipe au sein du bataillon de cantonniers : place aux jeunes … en plus, le départ à 65 ans, c’est la loi.

Lui, prendre sa retraite !!! mais il se sent en pleine forme. On ne veut plus de lui, il faut qu’il parte. Quelle tuile pour lui, mais aussi pour les autres ! Le patriarche désœuvré ! Il va rendre la vie  impossible autour de lui.

Avec quoi va-t-on vivre ? Certes, on a mis de l’argent de côté  et même «  un bon paquet ». Mais il faut être prudent.

Le patriarche avait entendu dire qu’Alfred Rantet, le négociant en vins de la côte    de Singèle cherche un jardinier. Il a un beau terrain sur la route de Mouzens. L’affaire est conclue autour d’un bon verre de vin. Mais cela ne suffit pas, il faut une occupation pour l’hiver.

Oui ! Bien sûr ! C’est André Péniquaud, le voisin et  négociant en noix, qu’il faut aller voir. Mais Jeantou a entendu dire que c’est sa belle-mère, la Parisienne, la gestionnaire de l’atelier et des abonnés à l’énoisage à  domicile. Il ne veut pas se confronter à cette mégère. Il a envoyé son épouse, Maria, qui a su s’entendre avec le dragon que Jean redoutait : ils auront des noix à énoiser dès que la saison commencera.

Jean Maraval comprend qu’il a franchi une nouvelle étape dans sa vie. La vieillesse le guette, il ne veut pas dépendre des autres, il ne veut rien demander à ses enfants. Depuis toujours, Alice apporte une large contribution aux frais de la maison ; maintenant, Fonfon reçoit de la part de son employeur, un petit pécule qu’il donne entièrement à sa mère. De quoi le père a-t-il peur ? Et puis, les noix vont être une source de revenus non négligeable.

 

                                                                                                                                                   

 

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                                                          Noix et cerneaux

 

 

Bien des années en arrière, quand il avait retrouvé le pantin de son enfance, le pantin que son grand-père Murat de Sagelat lui avait fait en cadeau pour Noël, Jeantou avait déjà eu du vague à l’âme et s’était replongé dans son enfance. Maintenant, c’est l’évocation des noix qui le ramène dans la ferme de ses aïeux au « Péchaunat ». Quand le petit-fils a eu l’âge d’énoiser, c’est le pépé qui lui a mis le pied à l’étrier.

 

- « Tu sais, Jeantou, l’énoisage est une  affaire sérieuse, il faut faire preuve d’une grande habileté. Regarde bien ce que je fais. »

Les noix cassées étaient étalées sur la grande table de la cuisine.

 

-  « Il faut les décortiquer, séparer le fruit de la coquille. Attention ! Il ne faut pas abîmer les cerneaux car entiers, on va les vendre bien plus cher qu'en morceaux. Suivant ce que l’on va trouver dans la coquille, il faut faire un tri.

 

On rencontre quatre qualités  de cerneaux :

 

-  les moitiés extra : de couleur claire, sans brun ni ambre ;

 

- les invalides extra :  issus des moitiés extra, ils sont cassés ou écornés ;

 

- les arlequins : brun ou jaune mais jamais noir, c’est le cerneau entier d’aspect ambre ;

 

- les invalides arlequins : ce sont les mêmes que les arlequins mais cassés ou écornés ;

 

                                                                                                                                                         

- les brisures : ce sont des petits morceaux.

 

Jeantou, on ne jette rien. Les coquilles serviront à allumer le feu, cet hiver. »

 

L’enfant écoutait religieusement le grand-père car il ne voulait pas le décevoir et c’est ainsi qu’il était devenu expert en énoisage ; à son tour, maintenant, d’expliquer à son entourage ce qu’il attend d’eux. Jean Maraval  veut rendre un travail impeccable.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

L’ancien prisonnier, Henri, va remonter dans la capitale. Son ancien employeur « la Bienveillance », contacté par écrit, ne peut pas le reprendre mais il lui a envoyé une belle lettre de recommandation ; et, c’est muni de cette lettre qu’il s’est présenté à un entretien d’embauche à Paris, 33, rue Lafayette.

 

 

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Il est retenu et va découvrir un nouveau secteur, celui de l’Assurance-Vie. Seulement, il ne pourra commencer que le deux janvier 1921. Pour son logement, il n’est pas inquiet, son ancienne concierge lui trouvera une chambre de bonne pour commencer.

 

Pendant ce temps, la directrice de l’école des filles, madame Parat, est venue voir Angèle et Henri Lamaurelle. Il n’y a aucun problème, au contraire. L’institutrice ne tarit pas d’éloges à l’encontre d’Henriette mais aussi de Jeanne. Elle veut les présenter à l’examen des bourses dont elle dit en connaître le résultat. Ainsi, elles pourront avoir droit à des études au collège d’enseignement supérieur de Belvès, à moindres frais pour les parents.

- « Vos enfants ont droit à un bel avenir, elles sont douées et sérieuses. Avec juste un an de différence, elles pourraient partir ensemble. »

Le message est bien passé mais Angèle avait d’autres projets pour ses filles : le cours d’enseignement ménager des Sœurs de Cadouin.

 

 

                                                                                                                                                        

- «  Mais Angèle, as-tu bien compris la chance qui se présente pour nos enfants ? Les cours d’enseignement ménager !!! tu veux en faire des maîtresses de maison modèles pour qu’elles trouvent un bon parti. C’est du gâchis … D’ailleurs, l’un n’empêche pas l’autre ; pendant les

vacances, elles peuvent suivre les cours de cuisine avec Yvonne, les cours de couture avec leur grand-mère Anastasie ; pour le ménage, elles savent faire. Tu les as habituées à participer au travail de la maison, elles ont accompagné admirablement leurs frères et, maintenant, notre petite dernière Micheline. »

 

- «  On verra ! »

 

- « Mais non Angèle, c’est tout vu ; si elles réussissent l’examen des bourses, elles iront en pension au cours complémentaire de Belvès. »

 

 Il faut battre le fer tant qu’il est chaud.

Dès le lendemain, Henri Lamaurelle  descend à l’école après la classe. Il veut en savoir plus. Que doit-il faire ? Madame Parat le rassure, elle va lancer la procédure :

 

- « Une enquête va être faite. Il faut d’abord que la famille ait rendu service au Pays. Cinq ans de guerre ! Ce n’est pas rien… puis on va vérifier les revenus de la famille. »

 

-  « Parallèlement, je vais monter un dossier sur les deux enfants : « très bonnes élèves » et je les présenterai à l’examen des bourses. 

Henriette et Jeanne resteront après la classe, tous les soirs : elles auront à suivre une formation complémentaire. »

 

Henri Lamaurelle remercie, il est profondément ému, ses petites vont sortir du lot. Il est fier.

 

 

 

 

Françoise Maraval

 

 

 

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23/07/2022
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