Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 40. Saga de Françoise Maraval

 

 

DE BELLES GENS

 

 

 

 

Épisode 40

 

 

 

 

1925 : poupée de cire, poupées de son.

 

 

 

Résumé de l’épisode précédent :

 

A  Paris, Henri Destal a fait la connaissance d’une famille de Russes émigrés.

Yvonne et Achille Marchive sont maintenant installés avec leurs quatre enfants, rue de la mairie, dans une maison appartenant au Marquis de Beaumont. Achille a trouvé du travail à l’usine d’Allas-les-Mines : il y est menuisier.

Arthur et Emma sont devenus propriétaires d’une petite maison, elle aussi, rue de la mairie. Leur fils, Jean est à Bergerac. Il y apprend le métier de tailleur d’habits.

 

 

La petite Marcelle Destal va à l’école maternelle depuis la dernière rentrée, celle de 1925. L’institutrice Mme Mouiller veut voir Alice, la mère de l’enfant, en présence de sa fille. Marcelle terrorise ses camarades de classe dans la cour de récréation, en les pinçant. La maîtresse a remarqué qu’elle s’en prend aux enfants qui ont des bons points, celles qui participent le mieux à la classe. Aimée Marchive et Micheline Lamaurelle sont devenues ses souffre-douleur. Il faut raisonner l’enfant et, peut-être, la rassurer car elle doit présenter un complexe. Interrogée, elle refuse de répondre. Elle a du mal à se concentrer, trop occupée à surveiller les autres élèves.

 

Alice revient chez elle en colère. Elle en veut à la maîtresse qui a osé s’en prendre à sa fille, pupille de la Nation !!! C’est le patriarche qui prend en charge le problème.

 

- « Marcelle, mon petit, pourquoi es-tu méchante avec les enfants de l’école ?»

 

Marcelle ne répond pas et regarde ses chaussures.

 

- « Il paraît que tu pinces notre petite voisine Aimée Marchive et sa cousine, du haut de la ville. Sais-tu pourquoi tu fais ça ? Que t’ont-elles donc fait? »

 

- « Elles répondent toujours à la maîtresse pour avoir des bons-points. »

 

                                                                                                                                                  

 

-  « Et toi, pourquoi ne réponds-tu pas quand la maîtresse t’interroge. »

 

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- « Je n’ai pas besoin de ses morceaux de papiers, je veux de vrais cadeaux ».

 

- « Les vrais cadeaux, tu n’en manques pas, tu en reçois de tous côtés. Dans notre famille, il n’y a jamais eu d’enfants méchants. On ne va pas à l’école pour avoir des cadeaux, on va à l’école pour apprendre à lire et à écrire. Si tu travailles bien, je serai très content et je serai fier de toi. Je ne te demande pas d’ aimer tes copines de classe, si tu ne les aimes pas mais je te demande de ne plus les embêter. Avec qui joues-tu dans la cour de récréation ? »

 

- « Je ne joue pas, je regarde les autres. Quelquefois, je fais la ronde avec la maîtresse et Léonie, c’est obligatoire. Je ne voudrais plus aller à l’école. Je préfère rester à la maison avec vous. »

 

- « L’école va t’apporter beaucoup de choses : tu pourras lire des livres d’aventures, des livres d’amour, tu pourras écrire à ton amoureux, tu pourras devenir une grande dame que tout le monde admirera. »

 

- « Une grande dame comme la Madeleine qui habite avec Maurice Janot ? »

 

- « Oui ! mon petit. »

 

                                                                                                                                                        

En effet, la famille Maraval avait été invitée à un vin d’honneur donné par Maurice Janot, le nouveau propriétaire de l’hôtel de la Poste, en raison de son mariage récent avec Madeleine Daney.

L’élégance et la présence de la jeune épouse n’avaient échappé à personne et la petite Marcelle avait surveillé les allées et venues de la nouvelle maîtresse de maison qui, de toute évidence, remplissait son rôle à la perfection. Madeleine Daney était une parente d’Alfred Daney, élu à trois reprises, maire de Bordeaux de 1884 à 1888, puis de 1892 à 1896 et enfin de 1904 à 1908 ; il avait été le premier maire de la ville, issu de la petite bourgeoisie.

 

Jean Maraval était conscient que ses arguments pour corriger sa petite-fille de son vilain défaut, ne pesaient pas lourd dans la balance. De toute évidence, l’enfant avait été trop gâtée… Il allait en parler à Emma !!!

 

Emma, à plusieurs reprises, avait essayé de tirer la sonnette d’alarme, depuis que Marcelle marchait et parlait. Ce n’était pas dans l’intérêt de l’enfant, de lui passer tous ses caprices et de lui laisser prendre une place démesurée dans la famille. Emma avait paru trop sévère :

 

- «  Marcelle est trop petite pour comprendre ! » avait rétorqué Alice, la mère.

 

Jean Maraval avait remarqué que la petite supportait très mal, l’affection qu’il avait pour  son petit-fils Jeantou et quand elle voyait arriver son cousin, ses yeux se remplissaient de haine. Elle ne voulait rien partager avec lui. Les grands-parents, Fonfon, sa mère étaient sa propriété à elle seule.

 

A l’école, l’enfant chérie étant devenue la méchante, la terreur de la cour de récréation, Jean Maraval avait peur que la rumeur gagne tout Saint-Cyprien. Il était allé voir Mme Mouiller, l’institutrice, car il avait fini par comprendre qu’elle, seule, pouvait les aider à rectifier le tir. Elle était d’accord mais il fallait que la famille aille dans le même sens. Il fallait arriver à une amélioration avec fermeté mais aussi avec douceur.

 

Un  événement venait de sortir les Cypriotes de leur routine : l’arrivée du nouveau camion des pompiers.

 

                                                                                                                                                        

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Saint-Cyprien avait déjà un camion de pompiers mais il était question de le remplacer. Les hommes du feu sont allés à Ribérac car le département y avait encouragé l’achat d’un camion plus moderne. Le village de Saint-Cyprien avait emboîté le pas et se trouvait ainsi mieux protégé.

Alphonse Maraval et Émile Veyssière se sont portés pompiers volontaires et, à tour de rôle, ils conduisent  le camion. Cette initiative du fils avait rempli le père de fierté et comme les autres Cypriotes, toute la famille est allée admirer l’engin.

 

A côté de chez le patriarche, un heureux événement avait retenu l’attention des habitants de la rue de la mairie : un cinquième enfant chez le couple Marchive !!! Une petite sœur, Marthe, venait de voir le jour. Mme Gibiat, la sage-femme, avait procédé à la délivrance, assistée par Mathilde Souletis, une voisine de la rue. Jean, maintenant âgé de deux ans et demi, rejoint, la nuit venue, ses sœurs, dans les chambres du premier étage  et elles sont chargées de le surveiller.

Emma a apporté à Yvonne, des oranges, de magnifiques navels, pleines de vitamines ; la destinataire s’est confondue en remerciements. Le bébé est beau, comme les autres.

 

Un voyage à destination de Bordeaux est programmé. Il faut renouveler les chaussures orthopédiques de Jeantou, devenues trop petites et Emma  en profitera pour faire des achats puisque nous approchons de Noël à grands pas. Alice s’ invite : elle veut une poupée pour sa fille et pas n’importe quelle poupée. Les Cypriotes trouvent que Bordeaux est en pleine effervescence, la reprise économique est manifeste, les boulevards sont noirs de monde, on revit : ce sont les années folles.

 

 

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                                                           La poupée de la petite Marcelle

 

 

Avant de rejoindre la capitale de l’Aquitaine, Emma avait participé à la vente de meubles anciens organisée par le Marquis de Beaumont. Elle a ramené chez elle, une « vieillerie » ainsi qualifiée par Arthur : une table de toilette. Elle a pensé à Achille Marchive pour la restauration. Ce dernier est ravi, il se sent flatté et, après avoir gardé la coiffeuse 2 ou 3 jours dans sa cave, il appelle Emma. Le                                                                                                                                                          meuble est méconnaissable. Sa vraie nature était cachée par une couche de poussière, de toiles d’araignées, de crasse, il faut bien le dire, pour avoir été oublié dans un grenier humide. Si le marquis avait su… il ne l’aurait pas vendu, surtout à un prix aussi dérisoire. La qualité du merisier est extraordinaire et illumine maintenant la chambre d’Emma. Le restaurateur a demandé un prix modique mais Emma va pouvoir se rattraper.

 

A temps perdu, elle confectionne de belles mounaques pour ses petites voisines, Aimée et Clémence Marchive. La mounaque est une poupée molle faite de chiffons et remplie de son.

           

 

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Avec des chutes de tissu blanc ou rose, Emma a dessiné un personnage : tête, corps, bras, jambes, tout se tient et cela est en double. Elle a d’abord cousu les pieds et jambes, les deux morceaux ensemble et les a remplis de son, puis elle a cousu le corps, l’a gonflé avec ce son et de même pour les bras et la tête.

Dans ses poches à laine, elle a trouvé des restes de pelotes jaunes et d’autres marron, pour faire des cheveux aux poupées qui se préparent à naître. Sur le visage, elle a dessiné au point de tige, les yeux, le nez, la bouche mais aussi les oreilles. Pour que ces petites n’attrapent pas froid, il faut les habiller. Des chutes de tissu léger aux couleurs vives, donnent envie de faire jupes et corsages et aussi des petits chapeaux et des chaussons.

Emma tient ses créations à bout de bras pour les observer sur toutes les coutures : elles sont belles. La couturière est fière de son œuvre.

Avant les vacances de Noël, elle va rendre visite à sa voisine Yvonne pendant que les petits sont à l’école et elle apporte les mounaques, pour le Noël d’Aimée et de Clémence, à mettre sous le sapin. Pour la grande Yette, elle a acheté un livre :  « Sans famille » d’Hector Malo et pour le bon petit diable, Jean, un petit jeu de quilles. Emma est tellement contente de pouvoir faire quelque chose pour ces enfants.

 

Elle offre aussi une mounaque pour  sa nièce Marcelle.

 

                                                                                                                                                        

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Jeantou est arrivé de Bergerac pour passer les fêtes à la maison. Le réveillon et le repas de Noël se passeront chez le patriarche, comme d’habitude.

 

 

 

Françoise Maraval

 

 

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Bordure enlevée

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29/09/2022
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