Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 44. Saga de Françoise Maraval

 

 

 

DE BELLES GENS

 

 

Épisode 44

 

 

 

Anastasie, le grand voyage,

 

Résumé de l’épisode précédent :

 

Achille et Yvonne Marchive ont quitté le quartier de Montmartre et habitent maintenant rue de la mairie avec leurs cinq enfants et la mère d’Achille,  Anastasie.

Dans la famille Maraval, rien n’a changé : le patriarche énoise avec sa chère épouse Maria et, aux beaux jours, il jardine. Alice, la fille de la maison travaille toujours à l’hôtel de la Poste et sa grande passion, c’est sa fille Marcelle, pupille de la nation. Fonfon, le benjamin de la famille, a un métier qui lui va comme un gant : il est mécanicien automobile.

Emma s’est lancée dans la couture, elle a déjà une clientèle, alors que son fils Jean est apprenti tailleur d’habits à Bergerac. Arthur, lui, avec son camion, multiplie les allers-retours entre l’usine de chaux des Tuilières et la gare du Buisson.

Dans la capitale, Henri Destal, commercial à la Compagnie d’Assurances « le Phénix », est devenu le chaperon d’une belle Russe : Maria Alexandrovna.

 

En ce 13 juin 1927, il est l’heure de se rassembler autour du lit de grand-mère Anastasie pour continuer la lecture de « Robinson Crusoé », un livre prêté par Emma Maraval. Clémence, en s’installant, remarque que le chapelet de sa mémé est à terre et après l’avoir ramassé, elle le remet dans la main de l’aïeule. Il tombe une deuxième fois et l’enfant regarde sa grand-mère et trouve que son regard n’est pas comme d’habitude. Achille, interpellé, ne peut que constater que sa mère s’est envolée vers d’autres cieux. Elle avait 77 ans.

 

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Demain, ils déclareront le décès en mairie car, à cette heure-ci, la mairie est fermée. On reporte l’histoire de Robinson » à un autre jour et Achille va raconter à ses enfants, l’histoire de sa mère, Anastasie, histoire qu’ils ne connaissent pas.

 

- Mes enfants, votre grand-mère Anastasie était une petite fille, orpheline, ce qui veut dire qu’elle n’a pas connu sa maman et pas davantage son papa. Elle a été déposée par une main inconnue dans « la boîte de l’hospice » de Périgueux, un soir d’avril 1850 ; à cette époque-là, beaucoup d’enfants étaient ainsi abandonnés.

 

Des larmes ont commencé à couler le long des joues des enfants.                                                                                                                                                 

- Mes enfants, ne pleurez pas ! l’histoire de votre grand-mère n’est pas une histoire triste car beaucoup d'enfants abandonnés ne vivaient pas longtemps, souvent deux ou trois  jours. Le bébé a alors été confié à une nourrice qui avait déjà une petite famille ; ma mère y est restée jusqu’à ses 7 ans qui est comme vous le savez, « l’âge de raison ». A partir de cette date-là, Mémé a commencé à travailler et elle est passée de famille d’accueil en famille d’accueil ; dans chaque famille, elle avait un travail bien précis à faire. Elle gagnait un peu d’argent que l’orphelinat, qui a suivi son parcours jusqu’à sa majorité, plaçait sur un « carnet d’Épargne ». A 21 ans, on sait qu’elle était bonne chez le chef de gare de Mussidan, depuis plusieurs années.

 

Dans son parcours, il nous manque quelques années entre Mussidan et Lanouaille. Nous, ses enfants, nous n’avons pas osé l’interroger et nous nous sommes contentés de ce qu’elle a bien voulu nous dire. A Lanouaille, bourgade de l’est du département de la Dordogne, elle a rencontré mon père, Jean Marchive, veuf et tailleur d’habits.

 

Clémence :

- C’est quoi veuf, papa ?

 

Achille :

- C’est un monsieur qui a été marié et qui a perdu sa femme. La première épouse de mon père était malade et elle en est morte. Votre grand-mère travaillait alors dans l’atelier du tailleur d’habits et au bout de quelques années, le tailleur et elle se sont mariés. Je suis né de cette union ainsi que votre tante Angèle.

 

Yette :

- On peut se marier plusieurs fois alors ?

 

Achille :

- Oui, Yette, on peut se marier plusieurs fois. Mon père, votre grand-père est mort en 1913 et l’année suivante, j’ai demandé en mariage votre mère et  nous sommes  venus habiter à Saint-Cyprien.* Le reste de l’histoire, vous le connaissez.

 

Clémence :

- Comment on a su qu’elle s’appelait Anastasie ?

 

Achille :

- Tu as raison, Clémence, de poser la question : son prénom et son nom lui ont été donnés à l’hospice, le jour où elle a été trouvée. Anastasie était le saint du jour et Fousal ou Fouchal parce qu’elle a été trouvée, enveloppée dans un fichu. Fichu en patois peut se dire « fousal ou fouchal ».

Mes enfants, ce soir, avant de vous endormir,  pour l’âme de votre grand-mère, faites une prière tous

ensemble ; elle en sera très heureuse.

                                                                                                                                                        

Pour Achille, sa mère, Anastasie est l’image d’une femme forte aussi bien physiquement que mentalement. Elle savait qu’elle allait épouser un homme peu fiable en la personne de Jean Marchive, joueur et coureur de jupons fréquentant les maisons closes de Périgueux.

 

Elle s’est sentie capable de prendre la direction de l’atelier de couture, obligeant son mari à en assurer la coupe. A force d’observation, elle est devenue, en peu de temps, le deuxième tailleur de l’équipe.

Le personnel lui obéissait au doigt et à l’œil, car elle était exigeante mais juste. Elle a pris à son compte, la gestion du budget  de la maison, laissant à son mari l’argent nécessaire pour assouvir ses penchants. Avant même qu’elle ne se  marie, elle avait posé ses conditions. Les deux partis les ont respectées. La mort du père, ramené de Périgueux dans la calèche de la tenancière de la maison close, n’avait pas ébranlé la mère, malgré le scandale provoqué dans le village. Elle avait gardé la tête haute comme si elle n’était pas concernée.

 

 

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Maison close d'ici ou d'ailleurs

 

                                             

En juillet 1914, pendant la nuit de noces d’Achille et d’Yvonne, un incendie s’était déclaré dans l’atelier de couture et il avait gagné sournoisement l’appartement en prenant les escaliers. L’origine du sinistre est restée inconnue : négligence, règlement de comptes entre partenaires de jeux en raison de dettes, vengeance des fanatiques religieux du village face au mariage protestant d’Achille. On ne saura pas…

C’est elle Anastasie qui a pris la décision de rejoindre Saint-Cyprien pour y retrouver sa fille Angèle Lamaurelle. Sans cet incendie, Achille pense à la vie qu’il aurait pu offrir à sa bien-aimée, Yvonne : une belle maison familiale avec pignon sur rue, des revenus  confortables, une aisance certaine. A côté de ça, qu’était- il devenu, certes un homme honnête, courageux, fidèle, aimant sa femme et ses enfants mais sa fierté en avait pris un coup !!!

 

Remis de sa dernière crise de paludisme, il était allé à la mairie acheter une petite concession au cimetière car la santé de sa mère se dégradait. C’est le voisin et garde-champêtre, Louis Rougier, qui a creusé la tombe. L’enterrement ne pouvait être que religieux et le curé Loubet avait préparé un bel hommage pour une de ses paroissiennes des plus fidèles . Il y avait du monde dans l’église pour honorer cette personne qui n’était pas originaire de Saint-Cyprien. Les familles Lamaurelle et Marchive se sont senties réconfortées quand elles ont vu défiler devant le cercueil, toutes ces femmes représentant les voisins et voisines de la rue de la mairie, du quartier de la couture et du quartier de Montmartre.

 

Une page importante de la vie d’Achille était désormais tournée ; il avait fait son devoir avec l’aide de son épouse Yvonne et avec  le respect et l’affection que ses enfants portaient à leur grand-mère Anastasie. Désormais, seul le présent et l’avenir comptent.

 

Monsieur Moulier, le mari de l’institutrice, voisin et régisseur des tabacs, avait encouragé Yvonne à poser sa candidature pour se faire employer à l’entrepôt du village .

                                                                                                                  

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 L’entrepôt construit, le siècle dernier, dans les jardins de l’abbaye    

 

                               

Les premières années, les employées n’étaient utilisées qu’un ou deux mois par an, en fonction du travail. Plus elles avançaient en âge, plus elles travaillaient. L’embauche d’Yvonne a été rapide en raison de ses cinq enfants. Les revenus de l’entrepôt des tabacs sont intéressants. Tous les enfants vont en classe, même la petite Marthou que Mme Mouiller a accepté de scolariser, à 2 ans et demi. Yette prépare le goûter, en revenant de l’école. Au besoin, on pouvait compter sur la Mathilde Soulétis pour donner un coup de main.

 

Maintenant, Yvonne et Achille ont un métier en main et ils peuvent aussi compter sur les allocations familiales et sur les revenus des deux jardins.

 

 

Françoise Maraval

 

  •  pour voir ou revoir l’enfance et l’adolescence d’Anastasie, reportez-vous à l épisode XI du 19/12/2021

 

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Bordure enlevée



29/10/2022
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