Terre de l'homme

Terre de l'homme

De belles gens. Suite n° 28. Saga de Françoise Maraval

 

 

DE BELLES GENS

 

 

Épisode 28

 

 

 

Grippe espagnole et démobilisation,

 

 

Résumé de l’épisode précédent :

 

L’armistice a été signé le 11 novembre 1918.

Emma attend le retour de son frère Henri prisonnier en Allemagne et Arthur, son mari, est officiellement démobilisé. Marcel, grand blessé de guerre, partage son temps entre l’hôpital de Limoges et Saint-Cyprien.

Dans le haut de la ville, les familles Lamaurelle et Marchive espèrent, elles aussi,  le retour  de leurs soldats.

Le jeune Jeantou Maraval a repris le chemin de l’école. Il amène avec lui sa jambe gauche qui l’oblige à boiter un peu.

 

 

 

L’armistice a été signé le 11 novembre 1918 à Rethondes dans l’Oise. Mais voilà qu’un autre fléau, caché pendant plusieurs mois, pour ne pas saper le moral des troupes et de la population, s’abat sur le monde entier : la grippe espagnole ; elle ne vient pas d’Espagne mais ce pays neutre est  le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie qui va devenir une pandémie.

 

Les débuts de cette pandémie sont discrets, car le virus n’est pas initialement mortel : l’origine du virus-père reste incertaine.

 

En Europe, dès les années 1916-1917, « la pneumonie des Annamites »fait des ravages chez les ouvriers et les soldats d’origine indochinoise présents en France. Ils meurent de façon fulgurante de syndromes respiratoires aigus. Les travailleurs chinois, organisés en services d’assistance pour les troupes britanniques dans le nord de la France, ont peut-être apporté la grippe en Europe. L’épidémie se répand rapidement, par le biais du mouvement des troupes alliées, d’abord en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis et enfin en Italie et en Allemagne. La pandémie atteint son apogée en juin 1918 quand les premiers cas sont signalés au Canada.

Les premiers cas mortels arrivent aux États-Unis, en septembre 1918. Le taux de mortalité moyen se situe entre 2,5 et 3 % des grippés. L’épidémie sévit avec plus de sévérité au mois d’octobre et le nombre des contaminés explose.

                                                                                                                                                        

   1

 

 

La grippe espagnole :  hôpital improvisé aux États-Unis                                                                                                           

                     

 

En France, l’épidémie, partant du nord-est, conquiert très vite l’ensemble des tranchées alliées ainsi que le territoire français et enfin l’Europe.

 

 

 

 

2

 

 

 

                                                                                                                                                       

Aucun vaccin adapté n’est disponible, pas de médicaments antiviraux pour traiter le virus. Les médecins s’appuient sur un assortiment aléatoire de médicaments avec des degrés d’efficacité variable : l’aspirine, la quinine, l’arsenic, la digitaline, la strychnine, les sels d’Epsom, l’huile de ricin et certains dérivés de l’iode.

 

La grippe fut l’occasion de déployer des gestes barrières :

- lavages des mains,

- interdiction de cracher dans la rue,

- interdiction des attroupements,

- « rester chez soi »,

- port du masque,

- mises en quarantaine,

- fermeture d’écoles,

- interdiction de services religieux,

- fermeture de divertissements publics,

- interdiction de l’affluence dans les commerces.

 

A Saint-Cyprien, plusieurs cas sont annoncés. En janvier 1919, Angélique Tréfeil, la marraine de Jeantou junior, a été emportée en 2 jours. Elle s’était rendue à un enterrement à Cahors et dans la nuit qui a suivi son retour, elle a été terrassée par une forte fièvre et une gêne respiratoire aiguë. Une voiture funéraire est venue chercher le corps qui a dû être transporté dans le Lot, à destination du caveau familial. Ce vide soudain a traumatisé ses amis de la route du Bugue et de la rue de la mairie.

 

A la signature de l’Armistice du 11 novembre 1918, on pouvait imaginer le retour rapide de nos soldats dans leurs foyers. Mais la réalité est bien différente : l’Armistice a été suivi par une longue période de transition. Les fiches matricules de nos hommes nous montrent qu’ils ont été démobilisés,  plusieurs mois après l’Armistice, dans le courant de l’année 1919, certains dès le début de l’année, mais d’autres quasiment un an après l’Armistice.

En effet, si l’Armistice a été signé, la paix entre l’Allemagne et les Alliés ne sera actée que le 28 juin 1919, avec le Traité de Versailles. En novembre 1918, les soldats devaient rester mobilisés car il fallait s’assurer que les conditions de l’Armistice  étaient respectées. Les soldats alliés devaient accompagner la sortie du territoire des troupes allemandes, tout en prenant possession des territoires  occupés et annexés. En outre, l’Armistice prévoyait l’occupation des Pays Rhénans par les troupes alliées.

 

Le gouvernement français a décidé d’échelonner la démobilisation des soldats en fonction de leur classe d’âge. Cela a pris du temps car il fallait réorganiser tous les régiments en fonction des démobilisés.

 

Ainsi Henri Lamaurelle, est « envoyé en congé illimité, le 15 février 1919 : 2ème échelon, numéro 1500, dépôt démobilisateur le 108ème régiment d’infanterie de Bergerac, se retire à Saint-Cyprien, département de la Dordogne. » Son âge et le nombre de personnes à sa charge ont été pris en compte. Il reprend aussitôt son métier de chaisier-matelassier-tapissier.

 

A la fin de l’année 1918, Achille Marchive, soldat de l’Armée d’Orient, participe à la prise de Sofia en Bulgarie. Son régiment apprendra alors qu’un armistice a été signé. En janvier 1919, sa division arrive à Bucarest en Roumanie et chasse les Allemands.

Début mars 1919, il arrive au dépôt du 108ème régiment d’infanterie dans le casernement de Bergerac. Après un « examen médical, le matricule 14360 est mis en congé de démobilisation mais

 

                                                                                                                                                        

il ne pourra être mis en route isolement à Saint-Cyprien que le 19 août avec un pécule de 349 francs. »

 

                                                                                                                                                        

Achille recevra deux décorations.

 

- le 20 mars 1928, une décoration étrangère : la médaille commémorative de Roumanie, avec les remerciements de Sa Majesté Ferdinand 1er roi de Roumanie.

 

- le 25 février 1932, une décoration française : médaille commémorative de l’Armée d’Orient.

 

 

Dans le bas de la ville, route du Bugue, Arthur Maraval avait compris qu’il serait démobilisé rapidement ! Il n'en est rien. L’entrepreneur forestier a reçu des consignes de l’autorité militaire : l’exploitation du bois continue pour le compte de l’Armée.

Arthur sera « envoyé en congé illimité le 3 avril 1919, 5ème échelon, numéro 8536,

dépôt démobilisateur : le 12ème escadron du Train de Limoges.

Se retire à Saint-Cyprien, département de la Dordogne ».

Il va reprendre son métier de roulier mais il a autre chose en tête qui le travaille depuis un ou deux ans ?

 

Henri Destal, notre prisonnier en Allemagne, est rapatrié le 8 décembre 1918. Il a droit à un repos de 30 jours en casernement, casernement dédié aux anciens prisonniers. Il est « passé au 50ème RI de Périgueux, le 25 février 1919 et affecté dans le cadre des prisonniers de guerre à la 12ème Région de Limoges, le 28 février 1919. Il est démobilisé le 25 septembre 1919, 8ème échelon, numéro 678 bis par la D.D.  du 108è RI de Bergerac.

Certificat de bonne conduite accordé. Pension de guerre de 10 % pour cicatrice de l’épaule gauche par balle du 30 août 1918, accordée par la commission de réforme de Périgueux du 18 septembre 1919. »

Son œil gauche qui ne lui permet  de voir  que des ombres n’a pas été pris en compte !!!

Il s’installe à Saint-Cyprien pour quelques mois.

 

Marcel et toute la famille sont heureux du retour d’Henri. Mais Marcel repart régulièrement à Limoges. Les éclats d’obus disséminés dans le dos et sur une cuisse, se sont ouverts à nouveau : les soins du médecin de Saint-Cyprien ne suffisent plus. Il est tenaillé par la douleur de tous les côtés. On voudrait l’aider mais comment ? Alice et Emma reprennent le chemin de Limoges…

 

La loi du 31 mars 1919 fixe les tarifs des pensions affectées aux militaires, aux veuves de guerre, aux pupilles de la nation et aux ascendants de soldats morts pour la France. Il faut en faire la demande auprès de la mairie de son village. Il n’est pas question de s’enrichir sur le dos des morts ; mais, puisque c’est prévu dans le texte de loi, Jean Maraval senior en fait la demande pour lui et pour son épouse : ils ont perdu un fils, André, qui n’avait pas encore 20 ans.. En outre, il est préoccupé par la situation de sa fille, Alice, et de Marcel Destal, son amant. Marcel est en train de décliner mais Maria et Jeantou pensent qu’il peut encore naître un enfant de cette union non officielle. Il faut que ces deux-là se marient.

 

C’est Maria, la diplomate de la famille qui va régler le problème. Le père encore au jardin, Marcel et Alice dans la cuisine, elle aborde le sujet, tout simplement.

 

            - Quand allez-vous vous marier mes enfants ?

 

                                                                                                                                                        

Alice en a le souffle coupé, elle attend la réaction de Marcel qui ne se fait pas attendre longtemps.

 

            - Ma chère Maria, j’y ai pensé maintes fois et je suis heureux et soulagé que vous abordiez la question. Ma position d’infirme ne me permet pas d’adresser une demande en mariage à Alice. Ma vie ne tient qu’à un fil : les médecins de l’hôpital de Limoges ne me cachent rien. Je ne peux offrir à votre fille que mon handicap définitif, alors que je lui dois tout. Certes, un enfant peut encore naître de notre amour et j’en serais heureux ! Je laisse Alice libre de prendre la décision et j’accepte sa réponse par avance.

 

            - Marcel, tu sais à quel point je serais comblée et fière d’être ta femme et si un enfant pouvait être annoncé :  quelle joie, quel cadeau. Oui je veux me marier avec toi, c’est mon plus cher désir.

 

Les choses étant claires, c’est le père qui va faire intervenir ses relations ; il faut les marier mais pas dans n’importe quelles conditions.

 

Nous sommes en avril 1919, sur le registre des mariages de ce mois-ci, vous ne trouverez  l’acte de mariage de Marcel et d’Alice. Non. Vous trouverez trace de leur mariage, en marge de leur acte de naissance respectif annoté de la façon suivante :

 

 

« En date du 10 novembre mil neuf cent dix huit, passé à la mairie  de Saint-Cyprien, Destal Marcel dont la naissance est constatée ci-contre, a contracté mariage avec Maraval Marie, dont mention faite par nous, officier de l’état civil, le onze novembre mil neuf cent dix huit. »

 

3

 

 

 

 

La signature du maire  suit.

                                                                                                                                                        

                                                                                                                                                        

Jean Maraval a obtenu ce qu’il voulait ; sa fille Alice, mariée le 10 novembre 1918, la veille de l’Armistice, à Marcel Destal,  sera veuve de guerre si la santé de Marcel se dégrade jusqu’au point de non retour.

 

 

Françoise Maraval                                                                                                                                                  

 

 

 

 

 

Sans titre 5

 

 

 

AG 1

ag-2_9302834

 

 



22/06/2022
7 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 204 autres membres