Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 48, saga de Françoise Maraval

 

 

L'auteure de "Belles gens" a constaté un fléchissement sensible au niveau de la lecture du second volet du n° 47. Pour la compréhension de la trame, s'il s'agit d'une inattention à cause de l'ambiguïté séquentielle, n'hésitez pas à revenir en arrière pour vous imprégner de ces personnages russes qui ont donné des moments inattendus à la saga. 

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DE BELLES GENS

 

Épisode 48

 

 

 

La rue de la mairie endeuillée,

 

 

 

Résumé de l’épisode précédent :

Henri Destal vient de se marier avec la charmante Maria Alexandrovna. Les Maraval de la rue de la mairie vivent paisiblement, tant chez le patriarche que dans le foyer d’Arthur.

Avec l’arrivée d’Hélène en mars 1928, la petite famille d’Yvonne et d’Achille compte six enfants. Le travail du père à l’usine d’Allas-les-Mines, quelques mois de présence à l’entrepôt des tabacs pour Yvonne et les allocations familiales leur permettent de vivre décemment.

 

 

Chez les Marchive, l’année 1929 a été marquée par deux évènements.

D’abord, le succès au certificat d’études primaires de Yette. Elle a rempli de fierté ses parents, en remportant le premier prix du canton et l’admiration de nombreux Cypriotes.

Le deuxième évènement est l’arrivée d’une jolie petite fille, Raymonde, le 23 septembre, à juste un an et demi de différence avec son aînée Hélène. Elle est le septième enfant du couple.

Son parrain est son cousin germain, Louis Lamaurelle et sa marraine, une copine de Yette qui en a fait humblement la demande auprès des parents Marchive. Elle est la fille unique du secrétaire de mairie : c’est Jeannette Gauville.

Les deux enfants les plus jeunes nécessitent  l’attention de toute la famille.

 

L’hiver 1929-1930 s’annonce difficile ; beaucoup de vent, beaucoup de pluie, rythment le quotidien des Cypriotes. Jean Maraval senior accumule les problèmes de santé entre une crise d’asthme tenace  et une bronchite qui a pris le relais. Le docteur Costes est venu plusieurs fois et des consignes ont été données à Alice afin de soulager le père : cataplasmes à la moutarde, fumigations. Contrairement à son ordinaire, Jeantou ne rechigne pas et accepte d’être soigné mais on le sent épuisé. Bien sûr, il a fallu abandonner l’énoisage.

Début avril, une nette amélioration se dessine, il va beaucoup mieux et il pense déjà aller au jardin pour reprendre tout en main. Fonfon y a commencé les travaux de printemps mais Jeantou veut s’en rendre compte, lui-même. On a choisi une belle après-midi ensoleillée pour emprunter  l’avenue de la gare jusqu’au jardin. Le patriarche comprend que ses forces l’ont abandonné et que, désormais, il devra faire confiance à son fils Fonfon.

 

Tout allait pour le mieux quand Maria, levée de bonne heure, ce 18 mai 1930, pense que son mari s’est rendormi. Il est dix heures. Il était pourtant réveillé quand la petite Marcelle est allée l’embrasser, avant de partir à l’école. Elle l’appelle : il ne réagit pas. Son visage est serein, paisible.

 

                                                                                                                                                        

Maria comprend qu’il ne se réveillera pas. Elle court chercher Alice à l’hôtel de la Poste et, peu de temps après, le docteur Costes vient constater le décès.

                                                                                                                                                        

Il y a peu de temps, Jean Maraval avait donné des consignes pour son enterrement, des consignes orales au cours d’un repas dominical. Tous ses enfants étaient là. Sa volonté a été respectée.

L’enterrement sera religieux. Les cousins Maraval sont arrivés de Siorac, du Coux, de Mouzens et même de Cénac. Henri Destal a pu se libérer ainsi que Jeantou junior. Notre patriarche était bien connu dans tout le canton.

L’église était pleine à craquer et les hommes habituellement dehors, au pied des escaliers, étaient montés et avaient accepté de rentrer. Après le dernier hommage, celui du maire, Arthur a annoncé que son père avait souhaité rassembler ses parents, amis et tous les Cypriotes qui le souhaiteraient, chez Teyssou, le bar-restaurant de la place du clocher. Là, un casse-croûte, bien arrosé, a été servi et s’est poursuivi tard dans la soirée.

Tous les voisins, voisines de la rue de la mairie se sont retrouvés dans le bistrot et ont parlé de leurs tracas quotidiens.

Jean Maraval avait 75 ans.

 

Au cours de cette même année 1930, le docteur Pierre Boissel a voulu immortaliser sa « Pouponnière » ;  aussi, une séance de photos a été organisée.

 

CLIQUEZ SUR LES IMAGES

 

 

pouponière

   

                                   Je peux facilement dater cette photo : elle est de 1930.

Au rang du bas, de gauche à droite je reconnais :

 

- Ma grand-mère Yvonne Marchive avec ma tante Raymonde sur les genoux. Raymonde est née le 23 septembre 1929 et doit avoir, ici, une petite année. C’est pour cela que je dis que la photo est de 1930.

 

                                                                                                                                                      

- Mme Antonia Sanchez avec sa fille Marie devant elle. D’après le dénombrement de population de  1931, Marie est née en 1928. Si j’insiste sur la date de la photo, c’est que certains l’ont située en 1935. Antonia était la grand-mère de l’actuel maire de Saint-Cyprien, Christian Six. Elle était une adorable personne.

 

- Puis vient Nini Girodeau, la voisine de mes grands-parents Maraval, la fille du garde-champêtre Louis Rougier et de son épouse Célestine. Nini était la petite fille qui avait fait tourner la tête à mon père, Jeantou Maraval, à l’école maternelle. L’année précédente, elle avait épousé le beau Alix Girodeau.

 

- Tout le monde reconnaît le Docteur Pierre Boissel au milieu de « la pouponnière ». On comprend à son regard perdu que la cécité l’a déjà atteint, même si elle n’est que partielle. Je ne résiste pas ! il faut que je vous fasse découvrir ce poème qu’il a écrit en français.

 

                                                                       L’aveugle,

 

                                               Vivre, aimer et souffrir, enveloppé de voiles

                                               Plus sombres que la nuit puisqu’ils n’ont pas d’étoiles ;

                                               Sentir autour de soi tout un monde en éveil,

                                               Sans savoir si, là-bas, s’est levé le soleil.

 

                                               Écouter dans le soir, le vent sur les collines,

                                               Sans y voir s’effeuiller les blanches églantines ;

                                               Chanter les prés, sans voir, tout le long des ruisseaux

                                               Les demoiselles d’or flotter sur les roseaux ;

                       

                                               Entendre des enfants vous appeler grand’père,

                                               Sans les savoir jolis comme fut leur grand’mère ;

                                               Tout cela, n’est-ce pas, mes amis, c’est affreux !

                                               Et vous dites « l’aveugle est un grand malheureux. »

 

                                               Mais, lorsque se fermaient ses yeux à la lumière,

                                               Le passé repeuplait son âme tout entière

                                               Et s’il ne verra pas les choses à venir,

                                               Il lui reste beaucoup et c’est... le souvenir.

                                  

                                                                                              26 septembre 1935

                                               Estutsi mo  plumo

                                               Je cache ma plume

 

                                               les éditions du Perce-Oreille             

 

 

- Mme Albanie Gibiat, la sage-femme, est à ses côtés,

                                              

- Mme X ; son visage me parle, mais je ne la resitue pas.

 

- Mme Gabrielle Castagner avec Georges, dit Jojo. Le couple Castagner était cultivateur et avait leur étable à deux pas de chez le Dr Boissel.

                                                                                                                                                        

- Mme Liabot et son bébé. Elle habitait route de Sinzelle : elle et son mari étaient métayers chez Mme Teyssandier,

                                                                                                                                                        

Au deuxième rang, toujours de gauche à droite, je reconnais :

 

- Mme Bon et son garçon, elle travaillait à l’entrepôt des tabacs et avait une fille « la pépette Bon » de l’âge de ma mère,

 

- Mme X ?

 

- Mme Rachel Tabanou et Marie-Thérèse. Son mari était le menuisier de la route du Bugue,

 

- Mme Jouan et un de ses fils. Ils habitaient rue de l’église et elle travaillait aussi à l’entrepôt des tabacs.

 

- Mme Lapeyre et Jacques. Ils étaient locataires chez Péniquaud, la propriété qui jouxte  la mairie,

 

Je ne peux pas reconnaître les dames coiffées d’ un chapeau cloche : il fait de l’ombre sur leur visage,

 

- Au dernier rang, je  reconnais les deux dames sans chapeau mais je n’ai jamais connu leur nom.

 

 

Cette année 1930, la jeune Aimée Marchive, presque 11 ans, a intégré le Cours complémentaire de Belvès. Achille Marchive n’a pas bombé le torse mais on devinait son bonheur intériorisé. C’est Emma Maraval qui a préparé le trousseau pour l’internat car Yvonne voulait que sa fille ne manque de rien et qu’elle ne soit pas prise pour une enfant de nécessiteux.

 

Yette, la lauréate du certificat d’études primaires, ne perd pas son temps à la maison. Elle aide beaucoup la mère surtout quand celle-ci travaille à l’entrepôt des tabacs. Le dimanche, après la messe de 7 heures, Yvonne l’entraîne au petit marché, sous la halle, et elles choisissent une volaille : poulet ou canard ou encore un lapin. Yette apprend à tuer les bêtes, à les ébouillanter, à les plumer, à les vider, pour les poules, coqs ,canards, dindes , ou à les dépecer pour les lapins. L’adolescente admire la dextérité de la mère et  son assurance pour tuer les bêtes de manière à les faire souffrir le moins possible. Chaque dimanche, Yvonne apprend à son aînée une nouvelle recette, recettes apprises chez M et Mme R à Montpon-sur-l’Isle, et qu’elle a, à jamais, gravées en mémoire. Yette a monté un cahier de gastronome avec ces bonnes recettes apprises et dégustées.

La pâtisserie devient vite un de ses dadas. Elle en parle aux voisines. Les « merveilles » de l’adolescente sont appréciées mais ce sont les bûches de Noël roulées qui remportent un franc succès. Bûches aux multiples parfums : vanille, chocolat, praline, fraise etc. Yette se fait ainsi un peu d’argent de poche.

Yvonne se revoit au même âge, écoutant les conseils de la vieille cuisinière de Montpon qu’elle remplacera plus tard.

 

Chez Emma Maraval, il y a aussi du nouveau. La couturière s’est offert un poste de T.S.F. ; cette boîte magique change sa vie et attire toutes les curiosités. C’est Henri qui lui a fait l’article de cette nouveauté. Il y en a pour tous les goûts : informations, chansons, musiques classiques, discussions culturelles, discussions politiques, réclames. Il a été installé sur le buffet de la cuisine. C’est dans cette pièce qu’Emma descend son ouvrage dans la journée. Depuis peu, elle a retrouvé la compagnie de sa tante Gabrielle Borde devenue Gabrielle Leyssalle depuis son mariage avec François. Ils habitent, maintenant, rue de la mairie, en face des Marchive et ils ont une petite fille : Ginette, une vraie Borde, blonde, aux yeux bleus. La bonne humeur de Gabrielle ne l’a pas quittée.

 

 

                                   

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Quand il fait beau et que la fenêtre de la cuisine est ouverte, à la sortie de l’école, Emma voit apparaître des petites têtes blondes. Les enfants les plus hardis se hissent sur la pointe des pieds pour voir la « chose » qu’ils entendent. Patiente, Emma les fait rentrer pour qu’ils puissent faire la connaissance de la boîte qui parle et chante.

Pendant les vacances scolaires, Aimée Marchive viendra souvent rendre visite à Emma et elles écouteront ensemble les émissions culturelles. Tous les enfants Marchive peuvent venir mais il faut être sage !!!

 

 

 

 

Françoise Maraval

 

 

                                                                                                                                                                                 

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Bordure enlevée

 

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Demain.

 

L'ANACR prépare 2023 avec un premier R.V. à Veyrines-de-Domme.

 

 

 

 

 



09/12/2022
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