Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 41. Saga de Françoise Maraval

 

DE BELLES GENS

 

 

 

 

Épisode 41

 

 

 

1926 : la petite famille Marchive,

 

 

Résumé de l’épisode précédent : 

Yvonne et Achille Marchive habitent, maintenant, rue de la mairie, avec leurs cinq enfants.

Toute la famille Maraval a passé Noël chez le patriarche.

Emma s’est lancée dans la couture et commence à avoir une clientèle. Arthur, camionneur à l’usine de chaux des Tuilières, multiplie les allers-retours vers Le Buisson, tandis que Jeantou est en apprentissage à Bergerac.

A Paris, Henri fréquente les  émigrés russes qui habitent dans son immeuble.

 

Emma a reçu la visite d’Henri Lamaurelle. Il a demandé à faire transporter les meubles de sa belle-mère, Anastasie Marchive, de chez elle à la rue de la mairie, chez Achille Marchive : une armoire, un petit lit en fer avec paillasse, une malle et deux ou trois cartons. Elle n’a pas sourcillé mais a été très étonnée.

Quand il est sorti, Emma a remarqué qu’il avait emprunté l’escalier des Marchive. La porte restée ouverte, elle a entendu une vive discussion entre l’homme et Yvonne, puis il est reparti. Le lendemain, le chargement est arrivé : les voisins présents se sont proposés pour décharger les meubles et les monter chez Yvonne.

Le lit a juste trouvé sa place dans la cuisine, sous l’escalier qui monte au 1er étage, l’armoire a été installée dans la petite chambre du haut et la malle dans la chambre des parents.

 

Dans l’après-midi, on a vu arriver dans la rue, des hommes portant une personne âgée installée sur un fauteuil et attachée grâce à un drap pour pouvoir être maintenue assise. Ils ont également emprunté l’escalier des Marchive et sont repartis les bras ballants. Yvonne et Achille étaient informés de l’arrivée d’Anastasie. La mère était paralysée depuis peu et Angèle avait décrété qu’elle faisait de l’ombre à son commerce de poissons.

 

 Et la misère, ça se partage…

 

Installée dans son lit, calée par des oreillers, la grand-mère peut voir tout ce qui se passe dans la cuisine, la pièce de vie. Yvonne  fait manger sa belle-mère comme un jeune enfant et change sa couche, deux fois par jour ainsi que son linge de nuit. Achille ne veut pas que son épouse se transforme en machine à laver le linge et, d’ailleurs, elle a autre chose à faire. C’est la Mathilde Soulétis qui emmène chez elle,  tout le linge à laver. Elle habite en haut de la rue. Dans la cour, sa lessiveuse est toujours en route et l’odeur du savon s’échappe à travers les portes du porche. Elle

                                                                                                                                                        

peut étendre le linge dans son jardin ou sous le grand porche couvert, s' il pleut. Elle aide aussi à faire la toilette de l’aïeule. Pour le travail qu’elle fait, elle reçoit quelques sous.

                                                                                                                                                        

Tous les enfants vont à l’école, même le petit Jean, deux ans et demi. A la maison, il ne reste que la petite dernière, Marthou, trois mois.

                                                                                                                                                        

Le soir, avant l’heure du repas, s' il n’est pas de service à l’usine d’Allas, Achille fait la lecture du livre que Yette a reçu en cadeau pour Noël : « Sans Famille ». On se regroupe près de grand-mère Anastasie, tout le monde est attentif bien que l’histoire soit lue pour la troisième fois. Des étoiles se sont installées dans les yeux des enfants qui retiennent leur respiration.  Anastasie suit les aventures de Rémi, avec grand intérêt.

 

 

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Le père Barberin vend Rémi à maître Vitalis entouré de sa troupe : Joli-Coeur, le singe, Capi, Zerbino et  Dolice,  les chiens.                     

                                                                       

                                   

 

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La mort de Joli-Coeur

 

 

                                                      

                                                                                                                                                        

Mais rien ne se passe comme on le souhaiterait. Achille est brusquement pris de frissons. Il reconnaît ce premier symptôme pour l’avoir rencontré, plusieurs fois. Une crise de paludisme se prépare et elle est beaucoup plus intrusive que la précédente. Il est sur le point de perdre connaissance, la fièvre le terrasse, il ne sait plus où il a la tête, il transpire beaucoup. Yvonne demande l’aide du Dr

Boissel. Oui, bien sûr, le paludisme contracté en Macédoine pendant la Grande Guerre, refait surface et reviendra périodiquement. Il n’y a pas beaucoup de solutions : « la quinine ». Les Allemands, les Anglais, l’Institut Pasteur cherchent le médicament qui va permettre de guérir de cette maladie. En attendant, les cachets de quinine sont toujours utilisés.

 

 

 

 

 

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                                                                Bâtons de quinquina

 

Achille connaît des périodes de répit de 48 heures, puis tout recommence. Son alimentation se transforme en eau… les diarrhées lui tordent le ventre. Ça peut durer plusieurs mois ! Et, en attendant, il faut que la petite famille vive. Le quartier ne sait que faire pour aider ! A tour de rôle, les femmes préparent la soupe. Il faut alerter la mairie. Achille n’a pas de pension d’invalidité, heureusement il y a les allocations familiales. Le Dr Boissel pense qu’il doit y avoir un recours : c’est un handicap dû à la guerre comme un autre. Il va, lui-même, à la mairie pour faire étudier le problème.

 

Après quelques coups de téléphone échangés avec le département, d’autres cas se sont présentés. La commune va avancer le montant de l’indemnité  en attendant que la situation se régularise. Il faut remplir des papiers. C’est Emma qui emmène Yvonne à la mairie et, au bout de quelques heures, la paperasse est complète. A chaque nouvelle crise, il faudra faire une nouvelle demande. Merci au Dr Boissel, merci à Emma, merci à Mathilde, merci à Maria, merci à Célestine.

Achille va être immobilisé trois mois. C’est un homme qui n’a que la peau et les os, qui descend de chez lui et fait son apparition dans la rue. Il aurait pu y passer…

 

Pendant ce temps, Emma reçoit régulièrement des nouvelles de son frère Henri. Elle le trouve changé depuis quelques temps, elle le sent plus sérieux, moins rêveur. Cette fois-ci, il parle moins de Gigi, la secrétaire du service commercial dont il s’est entiché, depuis quelques mois. Henri va avoir 34 ans !!! Il est grand temps qu’il se fixe, qu’il fonde une famille. Mais, c’est un séducteur qui butine à droite et à gauche ; Emma l’a compris. Il y a bien longtemps que Gigi n’est plus la seule femme de sa vie. Ses conquêtes, quand il ferme les yeux, le soir dans son lit, défilent comme des ombres chinoises.

                                                                                                                                                        

En ce moment, Henri lit du Tolstoï. Cette année, ses lectures seront russes… il a du retard à rattraper. Le prédateur de frère s’intéresse à la jeune Russe dont il a parlé dans la lettre précédente : 

Maria Alexandrovna. Il prépare son approche car le poisson à ferrer est bien plus lourd que d’habitude.

Arthur trouve que son épouse est trop préoccupée par la vie de son frère.

 

Au fond de la lettre, comme d’habitude, elle trouve un poème et, cette fois, il est de Paul Verlaine.

                                                                                                                                                                   

                                                        Mon rêve familier,

 

                                   Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

                                   D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

                                   Et qui n’est, chaque fois , ni tout à fait la même

                                   Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

                                   Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

                                   Pour elle seule, hélas ! Cesse d’être un problème

                                   Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

                                   Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

                                   Est-elle brune, blonde ou rousse ?- je l’ignore.

                                    Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore

                                   Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

                                   Son regard est pareil au regard des statues,

                                   Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

                                   L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

 

                                   Poèmes saturniens

 

 

Emma en  reste troublée et rêveuse …

 

 

 

 

Françoise Maraval

                                  

      

Sans titre 5 

 

 

 

 

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Bordure enlevée

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29/09/2022 97 visites

                            

 

 



07/10/2022
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