Terre de l'homme

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Quelques mots sur les comédiens à reconnaître.

SAGELAT

 

J'ai certainement péché par un optimisme excessif en pensant qu'en proposant deux comédiens à reconnaître, plusieurs personnes du lectorat allaient introduire sur ce blog, des commentaires favorables à ces personnes qui ont donné le meilleur d'elles-mêmes pour la vie locale, associative et culturelle dans notre ruralité profonde. Tout au plus quelques personnes ont dit qu'elles les reconnaissaient mais personne n'a souhaité, ni voulu, aller plus loin et, pas davantage, souligner le rôle actif qu'elles ont apporté, sans aucun moyen, pour le théâtre, dans ce creuset "nauzérois".

 

Je vais donc tenter de leur rendre un petit hommage pour le nombre impressionnant d'heures qu'elles ont apportées pour la vie culturelle.

 

Amédée Delmond, naquit en 1908, dans les hauteurs sagelacoises de Péchaud. Après d'excellentes études suivies à l'École primaire supérieure de Belvès, dans ces vieux murs, il se lia d'amitié avec un de ses cadets, Lucien Dutard, qui fut une personnalité d'exception de la vie publique dordognaise. Amédée, que nous appelions affectueusement Médou, devint exploitant agricole jusqu'à la guerre et, accessoirement, fut chargé de l'intendance agricole de l'abbé Channat.

Il fut fait prisonnier pendant la guerre et sa captivité le retint en Allemagne jusqu'à ce qu'il revienne après la guerre, avec quelques problèmes de santé. Fortuitement, il rencontra, à la librairie belvésoise, Marcel Cabrillac, un fonctionnaire de l'Administration des tabacs. Dans le pays, on désignait ces chefs de secteurs, employés de tabac. Ce fonctionnaire avait connu les mêmes problèmes que lui. Il lui remonta le moral. Celui-ci était fort bas. Sa santé se rétablit et l'amitié se solidifia autour de jeux d'échecs. En 1962, les deux compères devinrent Ricampleu et Peselo  dans "La meitat de pórc" de Marcel Fournier.

Un tout petit mot sur l'humour de Médou. Dans la Cerisaie de Tchekhov, il jouait Gaïev. Ses mémorables réparties : "Je carambole à gauche, je carambole à droite" et "abondance de biens ne nuit pas", d'une superbe finesse intellectuelle, allaient bien au-delà de la scène qu'il joua avec brio. Il se fit plaisir.

 

 

La cerisaie. Au premier plan, entourant Rino Chies, Firs "mort sur le canapé,", Amédée Delmond et Andrée Teilhaud.

 

De gauche à droite Jacques-Louis Teilhaud, Micheline -dite Jacqueline- Pasquet, Marie-Josée Loebnitz, Amédée Delmond, Rino Chies, Andrée Teilhaud, Charles Deï-Tos et Jeannine Rauzet.

Au second plan J-Claude Fabre, Roger Viale et Yves Maury.

Un personnage, non-identifié, est occulté par Amédée Delmond.

 

Andrée Teilhaud, l'autre personne à rechercher, était la jeune institutrice de Sagelat. Elle avait une trentaine d'années à l'époque. Andrée avait épousé, en 1954, le filateur du Moulin du Cros. Ses premiers postes dans l'enseignement l'avaient conduite à Sainte Foy-de-Belvès et à Larzac. Elle prit ses fonctions à Sagelat, le 1er octobre 1956. Andrée voulait que les élèves découvrent une pédagogie vivante, associative, profondément respectueuse de la sensibilité des enfants. Elle interpella. A peine la Vème République installée, une incompréhension, teintée d'hostilité mesurée, se fit jour entre les tenants de l'École de la République, gratuite, ouverte à tous, et ceux de l'École privée, dite libre. Celle-ci n'avait pas le même "vivier". Une pétition, de niveau national, circula pour soutenir l'École laïque. D'aucuns brandissaient la terminologie de guerre scolaire. Les petits villages, qui n'en avaient pas, s'ouvraient à la fondation d'Amicales laïques. Le verbe dérapa souvent avec excès d'un côté comme de l'autre. Andrée s'impliqua, tout naturellement, dans le cercle des laïques. Andrée, pédagogue "armée" d'une psychologie sociale et  d'une délicatesse exquise, évita de voir les esprits s'enflammer. Ce qui, alors, était regrettable, c'était que certains confondaient laïcité et laïcisme. Sagelat fonda donc son Amicale laïque où Andrée et Amédée ont trouvé, très logiquement, leur place, sans jamais vouloir brusquer qui que ce soit ni appuyer quelques animosités stupides bien inutiles.

L'Amicale laïque fondée, il fallut lui trouver, au moins, un thème conducteur valable pour toutes les générations.

 

Ce fut la fondation de la Troupe de Sagelat qui, sans moyens, sans local mais avec beaucoup d'ambition, a ouvert un itinéraire culturel qui est venu jusqu'à nous. 

 

P-B F



11/03/2022
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