Terre de l'homme

Terre de l'homme

De l’homme préhistorique à la civilisation chrétienne éthiopienne : les Eglises-rocs

 

  

eth massif du Gheralta

 

 

La chaîne de montagnes du Gheralta est située au fond des hauts plateaux du nord de la région du Tigré en Éthiopie. Elle abrite des églises troglodytes vieilles de 1000 ans, qui nécessitent parfois l'escalade de parois rocheuses abruptes pour les atteindre.

 

 

Depuis la nuit des temps, les hommes ont obéi aux instincts naturels et primaires de conservation de l’espèce ; et, pour cela, se protéger des éléments, froid, chaud, intempéries, la première nécessité celle de se nourrir, la seconde celle de faire face aux dangers de toutes sortes, de vivre en groupes ou en tribus occupant et défendant un territoire ou sous forme nomade d’aller vers les endroits les plus richement dotés par la nature pour combler leurs besoins. Des hommes capables d’exister, de se défendre, de survivre dans un environnement hostile. Que restait-il face à la précarité de la vie sinon de laisser le souvenir de leur passage sur terre, d’exprimer leurs visions de la vie sauvage, du bestiaire redoutable auquel ils étaient confrontés, d’élaborer par la pensée et de traduire par la magie et l’habileté de leurs doigts, ces fresques  colorées, ces traits dans la roche qui sont, j’ose faire cette métaphore, leur livre d’images, déroulement de scènes diverses et fréquentes. Et, si dans certains lieux, on a découvert des figures peintes à même la roche face au ciel comme dans la Vallée des Merveilles dans le Sud-Est de la France, comme sur les parois rocheuses du Sahara…la plupart du temps, ces peintures ancestrales viennent comme un décor, orner les profondeurs de cavités ou de grottes. Certes, ici,  sous les climats rudes dont P. Merlhiot nous fait part dans un de ses articles, il est compréhensible qu’ils aient voulu que leurs œuvres ne se détériorent pas trop vite ou s’effacent et, dans ce but,  ce choix à l’abri des courants atmosphériques, d’une quasi-stabilité de la température ambiante, d’une humidité peu élevée, s’est avéré judicieux pour la conservation  de leurs oeuvres.   

 L’Afrique est le berceau de l’humanité : « découverte en 1974 de Lucy AL288.1 par Yves Coppens, près de la longue dépression du Rift, une australopithèque de – 3,18 millions d’années, pesant, environ, 30kgs et mesurant 1m10 ; puis, plus tard, en 2001, au Tchad, par le professeur Brunet de Poitiers, d’un fossile âgé de 7 millions d’années Toumaï ( Sahelanthropus Tchadensis) ». Découverte de l’existence de   grandes migrations qui partent de ce continent et de la Corne de l’Afrique, empruntant le couloir du Levant ( sachant que l’on a identifié au moins deux autres passages à travers la mer Rouge beaucoup plus réduite qu’aujourd’hui et le détroit de Gibraltar ) à l’origine de l’Homo Sapiens dont le représentant emblématique est l’homme de Cro Magnon….des « proto- Cro Magnons (des pré- Sapiens ) qui habitaient, il y a 200 000 ans, la corne de l’Afrique à savoir l’Ethiopie et l’Erythrée… sites de Herto -160 000 ans et Omo-Kibish – 195 000  ans. ( sic P. Merlhiot, voir article « Addis- Abeba, l’autre pays de l’Homme » ).

 

 

Ethiopie
le tigré

                 l'Ethiopie                                                               région du Tigré dans le nord du pays

 

En Ethiopie, il en est comme ailleurs. L’homme a creusé, martelé, délogé les intrus à l’intérieur de cavités rocheuses, occupé des abris qu’il a aménagés. Mais, nulle part, cet assaut contre la roche dure, froide, obscure, n’a laissé de témoins comparables aux églises-rocs d’Ethiopie. Là, aussi, c’est un abri dans le roc contre l’ennemi ou le climat que l’on cherche, un abri permettant de communiquer avec les puissances de la terre, la tranquillité, la protection contre d’éventuels brigands. Et, dans ce coin de l’Afrique resté à l’écart des grandes invasions mais, qui a connu, par la suite, des invasions somaliennes appuyées par des Turcs, les populations sédentaires, au cours du temps, resteront relativement repliées, renfermées sur elles-mêmes et peu perméables aux infiltrations islamistes ou égyptiennes et soudanaises dans une certaine mesure, bataillant pour garder leur identité . Ce parcours dans le temps s’est-il poursuivi sur le mode chasseurs-cueilleurs, pendant quelques siècles ? Il n’y a pas de traces d’ornementations comme chez nous, œuvres de Sapiens, et des Austhralopithecus, la seule découverte reste un site d’outils lithiques au Kenya  pas très loin de cette vallée du Rift qui part du Mozambique pour se terminer en Erythrée, proche de la région éthiopienne d’Aksoum dans la province du Tigré dans le Nord du pays.

Des influences chrétiennes d’origine byzantine vont s’infiltrer, un peu comme dans l’empire romain, mais ce n’est que vers le IVième siècle que le christianisme est promu religion d’Etat, à peu près au même moment où l’empereur Constantin monta sur le trône à Byzance, pour régner sur les deux parties de l’empire romain réunifiées d’Occident et d’Orient.

 L’Etat, la société et la civilisation éthiopiennes en furent, particulièrement, influencés. La position géographique du pays lui permit de défendre avec succès, sa prétention à être le seul Etat chrétien autochtone du monde tropical contre toutes les attaques, notamment celles de l’Islam.

Eglises-rocs dans des grottes ou  cavernes, ayant pour toit le roc, cryptes taillées dans le roc, certaines emprisonnées dans la montagne, d’autres visibles, en partie monolithiques dans un seul bloc ou enracinées dans la roche naturelle. Pas d’autres exemples, ailleurs, d’églises-grottes, d’églises-cryptes, d’églises semi-monolithiques ou monolithiques. L’Ethiopie devient un bastion chrétien et met fin au règne du Dieu-lune.

C’est là une civilisation méconnue dans un pays secret, des histoires qui passent par des trésors enfouis, une archéologie antique, une architecture, une peinture, une église copte- orthodoxe venue d’Egypte.

Ce sont les fondements de l’Ethiopie  dont la plus ancienne église de Dabra Damo, le monastère de la montagne, reste un emblématique exemple. On y a accès par une route qui part d’Adoua à Adigrat, près d’Aksoum, l’ancienne capitale d’Abyssinie, à travers une contrée paradisiaque : euphorbes-candélabres, macaques en bandes, le Sasa, sorte de bouquetin, qui saute de rochers en rochers et se catapulte au sommet des éboulis. Des milliers de perdrix qui s’envolent et, sur les euphorbes, des perroquets aux cris perçants, avec des calaos.

 

 

eth accés au monastère

 

                                                                       L'accès au monastère

 

 

A son arrivée au pied de la falaise à pic, l’entrée du monastère sur une corniche située à 15 ou 20m du sol, surprend le voyageur : pas d’escalier, pas de crampons, pas d’échelle, rien sinon une corde, tressée  de bandes de cuir qui se balance le long de la paroi.

 

eth amba

 

                                                                          L'amba

 

La légende dit que l’un des « neufs Saints » qui évangélisa la région à partir d’Aksoum, choisit ce lieu inaccessible de la montagne Amba comme lieu de prière et de pénitence. Et, la corde symbolise ce serpent qui logeait dans le mont et qui, sur l’ordre de Dieu, enlace le moine pour le monter jusqu’à l’endroit de son ermitage et quand il eut atteint les lieux, celui-ci demanda au roi d’Aksoum de construire là une église dans le rocher, la première église-roc. C’est la démonstration que  la population, attachée à sa religion et voulant la protéger, cherchait à la rendre presque invisible aux yeux d’étrangers ou  d’éventuels envahisseurs.

 

Jacques Lannaud

 

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Publications imminentes :

 

- Les nuciculteurs croisent les doigts.

- Vie sociétale. Fabienne Garrigou a introduit l'hypnothérapie au Pôle santé de Siorac.

 - Le nouveau gentilé qui réunit Mouzens, Le Coux et Bigaroque.

 

    



04/05/2021
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