Terre de l'homme

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De belles gens. Suite n° 47, deuxième partie. Saga de Françoise Maraval

 

DE BELLES GENS

 

 

Épisode 47

 

 

 

Le mariage d’Henri, 2ème partie

 

 

 

Résumé de l’épisode :

 

À Paris, ce jour 8 septembre 1928, Henri Destal vient d’épouser Maria, Alexandrovna Smirnoff.

 

 

Après les séances de photos et les vœux des uns et des autres, les taxis ont pris la direction de la colonie russe. Maria et Henri y ont réservé la grande salle bien que les invités ne soient pas très nombreux. Chez les Maraval, ils sont cinq : Emma, Arthur, Jeantou junior, Fonfon et la petite Marcelle. Chez les Smirnoff, ils sont quatre : Olga, Simon, Volodia et Boris. Il faut ajouter Dimitri Malinoff et les quatre chauffeurs de taxi qui ont assuré les déplacements. Ils sont donc seize avec les mariés.

Un orchestre français installé au milieu de la salle accueille la noce avec de la musique romantique et cela, tout en sourdine. Au dessert, un groupe de danseurs russes interviendront et, à ce moment-là, le répertoire des musiciens s’adaptera.

 

La noce a pris place à droite de l’orchestre. La deuxième partie de la salle est laissée à la disposition aux habitués  qui pourront ainsi écouter les musiciens et danser. La pièce a été décorée avec goût et la table est accueillante. Tout d’abord, un cocktail à base de champagne est servi avec ses petits fours français et russes. Le reste du menu est un savant mélange de spécialités russes et périgourdines.

Arthur et Fonfon, d’emblée, se disent qu’ils ne mangeront pas russe. Ils ont contaminé Jeantou ! Quant à Emma, elle veut faire honneur au menu russe pour être agréable à sa nouvelle belle-sœur. Les spécialités périgourdines ne sont pas dissimulées sous des appellations sophistiquées. On trouve bien sûr :

 

            - le fois gras de canard ( plus goûteux que le foie gras d’oie)

            - les confits du même volatile accompagnés de pommes de terre à la sarladaise et de cèpes.

 

Côté russe, le menu annonce :

 

            -le bortsch vert ( soupe d’oseille)

            - et les hors-d’œuvre, les traditionnels Zakouski :

                        .charcuterie,

                        .harengs marinés,

                        .caviar de saumon et d’esturgeon,

                        .caviar d’aubergine,

                        .concombres à l’aigre-doux.

 

Le reste est en commun :

 

            - le plateau des fromages,

            - la traditionnelle pièce montée,

            - café, thé, pousse-café.

 

Les vins sont des vins français sélectionnés avec soin et bien sûr le champagne.

 

Les discussions vont bon train. Fonfon interroge les Russes pour connaître leur parcours. On découvre des histoires étonnantes et terrifiantes d’enlèvements, d’emprisonnement, de déportation en Sibérie pour le travail dans les mines de charbon et d’or. Ils ont été arrêtés en uniforme ou en tenue de ville et travaillent avec les mêmes vêtements, les mêmes chaussures, dans le froid et le mauvais temps. Ils  ont crevé de faim, souffert de dysenterie  et avec le manque de sommeil, ils se sont fait peur. Pas besoin de glace pour se regarder. Chacun raconte comment il s’en est sorti…

Les dégâts de la guerre civile sont dramatiques. Les nouveaux Russes maltraitent les leurs, ceux qui ne sont pas convaincus et même ceux qui leur sont favorables.  Cela relève de la fiction. La famine de 1921-1922 a été terrible : affamer son propre peuple, on est loin des grandes théories marxistes. Ils étaient gradés dans l’armée impériale, chefs d’entreprise, « koulaks », paysans, ouvriers. Le système mis en place par leurs compatriotes a voulu les broyer, les exterminer. Seule porte de sortie : l’exil. Beaucoup sont morts en chemin, d’épuisement, de faim, de maladie, de répression.

 

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                              Camp de prisonniers russes de Butugycheg : mines d’étain

 

Henri a évoqué  la Grande guerre,  l’agonie de son frère Marcel, la mort d’André Maraval, âgé de  moins de 20 ans, gazé à la bataille d’Ypres, son propre internement en camp de prisonniers en Allemagne. Arthur, interrogé, a parlé de l’arme du Train, section sanitaire, avec ce défilé incessant de camions et d’ambulances secourant les blessés, et ramenant des morts, des plaintes et des hurlements que l’aîné des Maraval entend encore.

 

C’est jour de mariage mais ils n’ont pas pu éviter toutes ces discussions. Emma s’est alors tournée vers le jeune Volodia, la relève des émigrés russes  naturalisés français. Il va intégrer la faculté de médecine au mois d’octobre ; quant à son frère Boris, il rentrera en classe de première au Lycée Janson de Sailly. Les Périgourdins sont tous  admiratifs.

 

Ils ne se sont pas rendu compte que les danseurs sont arrivés et qu’ils attendent un signe pour commencer le spectacle. Maintenant, place aux chants traditionnels russes ; beaucoup de nostalgie, des airs langoureux qui, brusquement, s’enflamment et donnent l’occasion de faire intervenir la troupe de danseurs et les prestations individuelles de certains danseurs- voltigeurs.

 

                       

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La vodka aidant, Fonfon  accepte de se laisser entraîner sur la piste. Après avoir  écouté les conseils des professionnels, il ose se lancer. Pour une première fois et avec un vestiaire inapproprié, il  surprend tout le monde et il est très  applaudi.

Comme prévu, des Russes non invités, les habitués acceptés en toute amitié, occupent le côté gauche de la salle : ils retrouvent leurs danses et les chants traditionnels et c’est comme une incroyable bouffée d’oxygène qui les pousse au milieu de la piste. Ils retrouvent les réflexes d’autrefois. La  plupart d’entre eux, ils sont d’anciens militaires de l’armée impériale et le souvenir de l’ancienne Russie les rattrape. L’excitation est à son paroxysme. Les Périgourdins observent et n’ont pas sommeil.

On se rend compte alors que les mariés se sont éclipsés. Où sont-ils ? Les Smirnoff, eux-mêmes, ne savent pas !!! La cérémonie du tourin ne pourra pas avoir lieu et on comprend, le lendemain, qu’Henri n’y tenait pas beaucoup mais il ne perd rien pour attendre…

                                                                                                                                                                            Au petit matin, les Maraval regagnent leur hôtel, heureux et à peine fatigués. Ce soir, ils reprendront  le train de nuit pour la Dordogne. Les jeunes mariés radieux sont sur le quai de la gare pour leur souhaiter un bon voyage. Dans deux jours, eux aussi prendront le même train pour une lune de miel cypriote.

Le repas d’accueil a été prévu chez le patriarche. Maria Maraval et Alice ont mis les petits plats dans les grands et la petite Marcelle frétille à l’idée de revoir la mariée qu’elle a trouvé si belle mais, aussi, si intrigante. En y pensant, elle lance ses petits rires frénétiques. Jeantou senior, lui aussi est impatient. Une Russe à Saint-Cyprien ! Une Italienne : oui ; une Espagnole : oui ; une Polonaise : oui ; mais une Russe, on n’avait pas encore vu ça !!! et c’est chez lui que cela se passe. Maria et Henri se sont présentés en tenue de ville, demain ils adapteront  vestiaire et programme.

Henri a prévenu Maria, son épouse, que la maison est modeste mais que l’accueil est chaleureux. Maria Alexandrovna reste fidèle à elle-même et se sent observée avec bienveillance par le patriarche qui est visiblement sous le charme.

« Ce petit Destal, même à Saint-Cyprien, il se distinguait déjà. Toujours un carnet à dessin sous la main, une réussite précoce au sein de l’étude de Me Podevin, son départ prématuré à Paris et le voilà maintenant marié avec une Russe. Il faut reconnaître qu’il a bien choisi sa compagne. »

Le parler, la gestuelle de Maria enchantent la maisonnée. Elle s’intéresse à tout le monde. On la sent naturellement à l'aise.

Le patriarche les a emmenés au jardin, son objet de fierté. Il offre pommes d’or et poires rafraîchissantes. Les jeunes mariés continuent leur promenade jusqu’à la gare. Pour demain, ils prépareront leur programme, ce soir, dans leur chambre d’hôtel. Henri prépare Maria à une éventuelle visite nocturne de gentils fêtards. Rien à voir avec la mariage d’Arthur et d’Emma, pourtant ils devront affronter le pot de chambre avec sa splendide banane recouverte de chocolat encore chaud et le verre de vin, du pinard !

 

Maria a voulu voir la maison des grands-parents Borde où Henri, Marcel et Emma ont grandi, mais aussi la forge. Tante Marie était là. C’est l’épouse de Victor Borde, un des oncles d’Henri. Au retour, Henri n’a pas résisté au plaisir de présenter sa femme à l’étude de Me Podevin. Tout le monde se souvenait du jeune Henri juste sorti de la communale. Après quelques échanges, il a demandé un rendez-vous au notaire, au sujet de ses avoirs en dépôt dans l’étude depuis la vente de la forge de  « la gravette » et il veut lui parler d’un projet qu’il a en tête.

 

L’hôtel de la Poste a mis à leur disposition, une calèche pour leurs déplacements et, ainsi, Maria a pu découvrir tous les coins du voisinage chers à son époux. Puis, il a fallu rejoindre la capitale, mais ils reviendront et ils reviendront souvent.

 

 Françoise Maraval

                                                                                                                                                                                                                       

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Bordure enlevée

 

                     

 

 

 

 

 

 

 



01/12/2022
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