Terre de l'homme

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Le grand voyage

     réserve

 

 

                                                        réserve naturelle de Moeze-Oléron

 

 

    Tous les ans, le même rituel, l’instinct, cette aptitude à détecter, à repérer la plus petite modification de température, le moindre souffle annonciateur des frimas à venir, les poussent à profiter, au maximum, de ces derniers moments de l’été : se préparer, se gaver, muscler la résistance de leur petit corps, à l’affût du moment propice, déclencheur de la rude épreuve qui les attend.

 Légèrement assoupi à l’ombre de la toile, j’entendais leurs piaillements, tournant en rond, en spirales, en rase-mottes pour boire quelques gouttes de la mare, s’élevant dans les airs, redescendant en piqué, virevoltant à une rapidité surprenante, se gavant d’insectes. Sur le fil à linge, tout à côté, deux petits le bec ouvert, émettant de tout petits cris, tournent leur petite tête dans toutes les directions et d’un seul coup, repèrent le père ou la mère que je n’ai pas vu venir, qui leur engouffre la becquée adroitement dans la gorge, repartant tout aussitôt ; ou s’envolent et en plein vol, tandis que l’un des adultes s’approche, poitrail contre poitrail, ailes battantes, se déroule la même scène. Urgent qu’ils soient au top pour les accompagner dans ces pays où ils retrouveront chaleur, abondance de nourriture, joie de vivre.

 

 

hirondelle rustique

 

 

                                             L'hirondelle rustique 

 

 L’hirondelle rustique ne faillit pas à ce rituel et, dans ce pays charentais, dans ces bords de mer aux nombreux marécages, réputé comme carrefour de migration des oiseaux, elles s’amusent, nous montrent leur savoir-faire et, tout en se nourrissant, nous offrent leur danse triomphale, en tournant autour de nous dans des ballets vertigineux et répétés. Sa silhouette élancée, ses longues ailes concourent à lui faire parcourir des milliers de kilomètres pour se réfugier plus au sud, vers l’Espagne et au-delà.

 

 

huppe fasciée

 

 

                                                                     La huppe fasciée

 

 

Déjà, la magnifique Huppe fasciée que j’admirais en train de picorer, seule ou en couple, faisait la fête aux sauterelles, criquets, papillons, larves ou autres insectes. Elles se sont éclipsées discrètement pour passer l’hiver en Afrique : Niger, Gabon, Bénin, Sénégal, après la période de reproduction. Mais, le souvenir de leur magnifique plumage aux tons ocres ou roux, barré par des bandes blanc-crème et noires sur les ailes et les épaules, la queue noire, la huppe orangée, bordée de noir et d’ocre, qui s’ouvre et se ferme comme un éventail tenu verticalement, le long bec fin, légèrement courbe qu’elle plante dans le sol, ne s’estompe pas.

 

 

pouillot fitis

 

 

                                                  Le pouillot fitis

 

 Le petit Pouillot fitis « super-migrateur », moins de 10 grammes, que l’on retrouve au Sénégal, plus performant encore que ceux nés en Scandinavie, peut parcourir 400 kms d’un trait : plumage brun barré de traits jaunes, petit poitrail tirant sur le jaune citron.

 

 

rouge gorge

 

 

                                                    Le rouge-gorge

 

Le rouge-gorge dont certains migrent vers le Maghreb et le Merle noir, né plus au Nord, sont, encore, présents, on les retrouvera en octobre-novembre vers la péninsule ibérique. En alerte, car la saison avance à grands pas dans les marais ou dans des bâtiments proches, en ruine, à l’abandon, dans les dunes de sable surmontées de grandes herbes, dans des champs près de la côte, mélangés aux oiseaux sédentaires, ils sentent le grand moment s’approcher.

 La Tadorne de Belon va migrer un peu plus au sud, suivie du Rougequeue noir, du Héron cendré, cachés dans les zones aquatiques, partira, sans doute, passer l’hiver en Afrique du Nord de même que les Spatules blanches ....

 

 

héron

 

 

                                                                         Le héron cendré

 

 

Dans la réserve naturelle de Moëze-Oléron, entre l’île et la côte, la saison du baguage se prolonge quelque temps. Ancienne dune entourée de marécages, elle est l’une des plus connues du monde de l’ornithologie et les ornithologues, avant le lever du soleil, jusqu’à mi-novembre, tendent leurs pièges entre les haies. Moineaux, rossignols, étourneaux, fauvettes, pies grièches, martins-pêcheurs, en route vers l’Afrique de l’Ouest, comme ceux déjà cités plus haut, se prennent dans les filets. Calés entre l’index et le majeur du spécialiste, ailes repliées, l’oiseau retrouve le calme et la bague avec un numéro d’identification unique est fixée sur sa patte à l’aide d’une pince à trous.

 

 

hypolais

 

 

                                                                    L'hypolaïs

 

L’hypolaïs de 11 grammes est prêt pour le grand voyage de 5 000 kms pour rejoindre ses quartiers d’hiver en Afrique ainsi que la huppe fasciée. Plus de 20 000 volatiles sont ainsi capturés, chaque année, identifiés, mesurés, pesés et bagués. Ces études ont mis à jour des modifications comportementales en rapport avec les variations climatologiques : ils prolongent leur séjour dans la réserve où ils trouvent tout à leur disposition, sans dérangement humain interdit et sans pollution. Les oiseaux qui ne traversent pas le Sahara, comme rouge-gorge ou fauvette à tête noire, ont retardé leur halte de 4jours en moyenne à cause du climat.

Un spécialiste déclare : « L’idée n’est plus de suivre les oiseaux sur la distance, mais de répondre à des questions biologiques précises portant, par exemple, sur la durée de séjour des passereaux dans leur lieu de halte, l’évolution de la taille des populations ou les variations de reproduction d’une année sur l’autre. »

Les conditions d’accueil des oiseaux se sont dégradées, ces dernières années, avec la raréfaction des insectes et la perte de leur habitat, comme les haies, mais aussi, la sècheresse, la chaleur.

 

migrations

 

 

                                                    la France au carrefour des migrations 

 

 

Beaucoup ne reviendront pas mais notre devoir à nous, les humains, n’est-il pas de se soucier de leur bien-être, alors que notre tendance serait de ne pas en tenir compte et de constater les dégâts ?

Leur courage, leur résistance face aux risques : manque de nourriture, froid, chaleur excessive et pénuries de toutes sortes...nous avons besoin de leur exemple, de leur abnégation, de leur solidarité à affronter les obstacles et les aider à retrouver ces refuges comme celui de Moëze-Oléron où ils peuvent exprimer, en toute sécurité, leur joie de vivre et leur bonheur.

             

 

 

  Jacques Lannaud



08/09/2022
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