Un camouflet en direct par Jacques Lannaud
Photo Sipa/UPI
L’évènement de la rencontre préparée dans un climat d’incertitudes et de divergences, se faisait rassurant et la volonté d’aboutir à un accord in extremis, semblait se dessiner : la rencontre serait télévisée et l’on pouvait penser que c’était là, une manière de démontrer qu’on savait, encore, trouver les solutions à un litige qui pouvait prendre des dimensions imprévues et déséquilibrer la solidarité et la solidité de l’alliance de pays démocratiques. Le fait que tout devait se jouer en direct devant les caméras du monde entier et non à huis-clos, chose habituelle pour de tels évènements impliquant de nombreux acteurs, laissait présager qu’il y avait possibilité d’apaisement mais c’était mal connaître les traquenards que pouvait imaginer une équipe avec à sa tête, un « autocrate » que venait de renforcer sa victoire dans les urnes.
Comment imaginer, en effet, que dans cette soirée du 28 février 2025, le monde assisterait à pareille tragédie, à la mise à mort d’un héros de la démocratie, au basculement de l’ordre mondial existant depuis la fin de la IIe Guerre mondiale dont l’Amérique assurait le leadership, cette alliance qui avait résisté à « la guerre froide », au rideau de fer, à la crise des fusées à Cuba, au blocus de Berlin que le jeune et brillant président Kennedy avait résolu avec détermination, protégeant ainsi le monde d’une guerre apocalyptique.
Devant des téléspectateurs ébahis, n’en croyant pas leurs yeux, un drame inédit, jamais vu, auparavant, dans ce Bureau Ovale de la Maison Blanche à Washington, remettait en question tout un édifice politique, toute une alliance qui avait maintenu la démocratie, les libertés face à un empire redoutable dont les maîtres-mots sont soumission, élimination des oppositions, domination…
Tous les ressorts de la dialectique étaient utilisés pour démontrer la futilité, l’incapacité de ce petit dirigeant impuissant, dépendant totalement du bon vouloir de ses interlocuteurs américains qui faisaient l’effort de le recevoir pour tenter de résoudre une affaire, somme toute à portée de main, à condition de ne pas s’entêter, de s’en remettre (pieds et mains liés) à ceux qui avaient pour mission d’en finir avec une guerre aussi meurtrière et destructrice.
Et, le donneur de leçons de s’écrier : « J’ai arrêté beaucoup de guerres ( ?) ; et, les gens vous diront que j’ai arrêté des guerres dont personne n’a entendu parler. J’ai arrêté des guerres avant qu’elles ne débutent » et de poursuivre, en regrettant « l’énorme haine » contre Poutine qui lui compliquait la tâche et le vice-président d’ajouter : « Il est irrespectueux pour le président et le peuple américain de venir dans le bureau Ovale pour essayer de plaider cette question d’un cessez-le-feu alors que l’administration américaine essaye d’empêcher la destruction de votre pays. Vous n’avez pas les cartes en main…Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la Troisième Guerre mondiale. Et, ce que vous faites est très irrespectueux pour ce pays .
Pour conclure, Trump déclare : « Soit vous concluez un accord, soit nous nous retirons et si nous nous retirons, vous devrez combattre jusqu’au bout. Je ne pense pas que ce sera joli. »
La violence, l’agressivité, un président ukrainien aux abois, tentant de résister mais dont on devinait le désarroi, l’égarement, comment une telle scène pouvait se dérouler dans ce bureau Ovale où s’étaient succédé des présidents des Etats-Unis qui avaient mis toute leur intelligence, leur courage, à défendre les valeurs démocratiques du monde libre. Loin des habituelles réunions feutrées entre diplomates au langage châtié, on se retrouvait dans les plaines du Far-West.
Spectacle d’un homme seul, digne, que l’on voulait déstabiliser, fragiliser, humilier…car il ne représentait rien, devait se plier à la paix qu’on lui proposait, seule voie possible. A cet homme qui accusait le coup, on reprochait sa tenue vestimentaire désinvolte, son entêtement à ne pas voir les réalités, de résister et de ne pas se plier et de ne pas accepter toutes les concessions nécessaires à l’accord sur les terres rares, de ne pas faciliter les pourparlers de paix par des concessions territoriales car il était impossible pour ses interlocuteurs de reconquérir les territoires occupés par l’adversaire.
Pour finir, Trump conclut : « Ça va faire de la grande télévision ».
Le vrai visage de cette administration est apparu au grand jour, brutale et sidérante par ses méthodes d’intimidation, sa précipitation maladroite et dangereuse d’arriver à un accord avec un autocrate, voire un tyran aux méthodes expéditives et laissant entrevoir des perspectives prometteuses avec le maître de cet empire.
L’Europe, plus que jamais, va devoir se ressaisir car les relations internationales prennent un tour dangereux et imprévisible. Face aux bouleversements qui se dessinent, les défis doivent être relevés sinon ces puissances se partageront le gâteau si nous restons toujours indécis.
Jacques Lannaud
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