Terre de l'homme

Terre de l'homme

"Terre de l'homme", aujourd'hui, découvre le personnage du billet du 8 janvier

 

 

Yves BORREDON 4 septembre 1973

 

Photo du 4 septembre 1973

L'image précédente serait de 1948.

 

 

 

Le billet du 8 janvier vous proposa de reconnaître un personnage, natif du Buisson, pour lequel la vie de l'artère ferroviaire Périgueux-Agen fut le point de départ de sa carrière.

 

Yves Borredon* naquit au Buisson, le 6 juillet 1928,  dans une famille cheminote dont les racines quercynoises  se situent dans le Gourdonnais.

 

Yves, après la Libération, se présenta, avec succès, au premier concours d'élève- exploitation sur l'arrondissement de Bordeaux. Ses premiers pas au chemin de fer furent dans la petite gare du Got, gare fort modeste, aujourd'hui fermée au trafic, qui, à l'époque, avait une intense activité marchandises. Là, on chargeait principalement des wagons de terre, d'argile et de bois.

 

Le Got était une gare implantée au sud du souterrain de Latrape. Son emplacement très proche de la ligne de partage des eaux Dordogne-Lot, faisait qu'il fallait tout particulièrement veiller à la sécurité des convois qui devaient prendre la pente vers Siorac-en-Périgord. Dans l'autre sens, c'était la rampe sévère qui amenait les trains lourds vers le pôle fumélois.

 

 

 

 

Image illustrative de l’article Gare du Got

 

La gare du Got vers 1900. Carte postale Fécitavit. Encyclopédie Wikipédia

 

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La gare du Got, en 1953.

 

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Le quai voyageurs. Cette modeste gare était la plus proche de Monpazier.

 

 

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Côté cour.

 

Après cette période formatrice biennale de 1944/46, Yves amorça sa véritable carrière et il connut pratiquement toutes les gares de l'ancienne agence de Libourne qui, du nord de Bordeaux jusqu'à  Villefranche-du-Périgord, épousait les sillons de la Dordogne et de la Nauze.

Yves a même connu les dernières heures de la gare d'Eymet, celle-ci fut définitivement fermée en 1953.

Il fut un agent dont les qualités furent unanimement reconnues par tous. Il connaissait les installations de toutes les gares où il dut intervenir au cours des 4 décennies de sa carrière.

Le leitmotiv qu'il mettait souvent en avant, était la sécurité et dans l'ordre de ses respects impératifs, ce que les anciens énonçaient comme le droit à la voie, principe nullement inscrit dans les textes, qui prévalait plus que tout autre dans les rigueurs de la voie unique. 

 

Tout d'abord élève, puis facteur enregistrant, il se présenta à l'examen de barrage qui lui permit, dans un premier temps, d'accéder au collège maîtrise puis au troisième collège, celui des cadres.

 

C'est à Bergerac qu'il boucla son cursus comme chef de gare, au début des années 80.

 

* Borredon patronyme courant dans les terres méridionales. Borredon est un nom de famille des terres occitanes représentant un nom de lieu-dit et de hameau, désigne bois rond, nom caractéristique de la propriété. Très logiquement, on trouve des Bosredon, patronyme qui désigne le même type de lieudit.

 

La gare de Bergerac (24) - Les gares de France et leurs infrastructures  ferroviaires.

 

Image Les gares de France et leurs infrastructures ferroviaires

 

 

Qu'étaient les élèves exploitation.

 

 

Ces jeunes gens avaient entre 15 et 18 ans. Ils étaient recrutés par concours dont le niveau équivalait au B.E.P.C. L'énorme difficulté tenait plus du nombre de postulants que des difficultés des épreuves. Beaucoup de lycéens, dont certains en avance d'un an, participaient à ce concours, l'année de leur baccalauréat.

L'épreuve d'orthographe, 20 à 30 lignes, était particulièrement redoutée.  5 fautes pleines (4 points par faute), syntaxe ou faute majeure d'orthographie valaient un 0, une faute d'orthographe quelconque était taxée 1/2 faute (2 points), une faute d'accent 1/4 de faute... sauf si cette faute était assimilable à une faute de conjugaison qui, elle, était une faute entière.

 

Il fallait, dans chaque épreuve,  éviter l'élimination. Elle s'appliquait, à chaque épreuve, systématiquement en deçà de 8. Il fallait, par ailleurs, obtenir, au moins, une moyenne de 12 avant d'accéder au classement général qui, lui, était conditionné par un contingent de postes. Le nombre d'admis était de l'ordre d'une douzaine par région. Limoges, petite région, en avait beaucoup moins. Les candidats étaient environ 600 pour le dernier concours en Aquitaine. 

Ces jeunes élèves étaient, en principe, pour leur formation, affectés à la gare de leur domicile et allaient en déplacement dans d'autres sites pour compléter leurs connaissances et leur savoir-faire.

Ils devenaient facteur enregistrant, puis concourraient pour leur avancement à des postes de maîtrise, puis cadres.

 

Quelques anciens élèves, audacieux candidats reçus au concours d'ISAD, inspecteur-adjoint, ont franchi les lignes et certains sont devenus cadres supérieurs. 

 

Les derniers concours ont, enfin, été ouverts aux jeunes filles. Ce fut l'une d'elles qui, en 1983, à l'avant-dernier concours en Aquitaine, fut major de sa promotion. 

 

Dans un billet ultérieur, "Terre de l'homme" tentera, si le lectorat en émet le désir, de vous parler des anciens apprentis et des élèves conducteurs dont certains ont détenu le record de vitesse du T.G.V.

 

 

 

 

Loco 141 R

 

La puissante 141R. Image © Didier Duforest

 

Yves était passionné par son métier. La circulation, à l'époque on disait mouvement et sécurité, était tout logiquement son terrain préférentiel ; mais, pour autant, il ne négligeait pas du tout les autres prérogatives de ses missions, commerciales, comptables et managériales, dont la formation du personnel. 

 

 

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Une anecdote de début de carrière contée par Yves Borredon.

 

 

Jeune élève en formation au Got, Yves raconta qu'un jour, sans doute en 1945 ou 46, une institutrice, a priori jeune, dynamique et empreinte d'un vif esprit de pédagogie, voulut donner à ses écoliers un aperçu sur le chemin de fer avec la découverte d'une petite gare où l'on pouvait observer les manœuvres, le chargement des wagons, le passage des trains, et  tout ce qui gravitait autour du chemin de fer dont les  manœuvres des passage à niveau.

Aujourd'hui, cela pourrait faire sourire mais, à l'époque, les ruraux n'avaient pratiquement comme regard que celui de leurs fermes et de leur village.

 

Cette enseignante arriva pédestrement, donc, un matin, au Got avec ses élèves pour passer une journée d'observation du site ferroviaire. Les enfants portaient leur panier pour pique-niquer. C'était une belle journée pédagogique.

 

Vint le grand moment, intensément attendu, le train arrivait en gare. Le convoi était tracté par une puissante 141R et le mécanicien, apercevant les enfants, actionna son sifflet tout à la fois pour les saluer et aussi pour veiller à leur sécurité. Ce sifflet strident et magistral en imposait. Les enfants les plus apeurés partaient se cacher, suspectant on ne sait quelle force maléfique.

 

Oui, cela peut faire sourire, aujourd'hui, à l'ère des ordinateurs et des smartphones, de constater combien certains de nos aînés pouvaient être impressionnés, voire ébranlés, devant une situation de cet ordre. Au Got, ce jour-là, les écoliers étaient plus réceptifs au spectacle auquel ils assistaient que les enfants de Kourou voyant s'élancer une fusée dans l'espace. 

 

Le Got

 

Plan isochrone dressé à partir du Got. La tache verte indique le secteur compris dans un "rayon" de 5 km autour de la gare du Got. Prats est tout juste dans cette limite.

 

Le souvenir conté, à Bergerac, en 1973 ou 1974, par Yves Borredon, vraisemblablement, devait concerner l'École de Prats-du-Périgord. Celle-ci était distante de 5 km du Got. Les autres écoles rurales étaient soit plus éloignées, soit plus proches d'une autre gare, Sainte Foy plus encline à aller à Belvès, à Saint Cernin ou à Salles, on voyait passer les trains et Villefranche, pour Saint Cernin, était presque à portée de voix.

 

Les enfants les plus âgés de Prats, en 1945 ou 1946, avaient certainement entendu parler du chemin de fer départemental qui passait, avant-guerre, dans leur village, mais celui-ci était démantelé.

Une évolution pédestre, de surcroit lestée du panier, d'une dizaine de km, c'était déjà pas mal pour les petites jambes, d'autant plus que beaucoup d'écoliers venaient de hameaux épars distants, pour certains, de 2 km, voire plus, à rajouter à l'évolution pédestre. 

 

Pierre Fabre

 

Les images de la gare du Got, de 1953, sont issues des archives personnelles de Jean-Louis Borredon.

 

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Demain : Reprise, avec quelques jours de retard, de la saga "De belles gens" de Françoise Maraval

 



13/01/2023
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