Les regards mémoriels sur des personnages pratiquement tombés dans l'oubli. Volet n° 4 (4/4).
Metz, janvier 2019. Hôpital d'instruction des Armées Legouest
Image DR
En lisant la biographie de Venant Legouest, on ne peut qu'être édifié par ce cursus.
Quelques souvenirs personnels.
Lors de mon service militaire, après le CS n° 2, spécialité "stérilisateur-panseur", j'ai été affecté au bloc opératoire de cet hôpital, de janvier à août 1965. Là, je faisais équipe avec Roland Pierre, un Barisien, et Gérard Mathelin, un Chaumontois qui, par un singulier hasard extraordinaire, définissait quand il devait partir et revenir de permission. Avec le recul, il paraît permis de penser que, par une bienveillante complicité, il usa plus que largement de cet échappement.
Le service était coiffé par deux chirurgiens, tous les deux médecins commandants, Jean-Claude Doublier, le patron, qui avait alors 36 ans, et X. Rivot.
Nous avions au bloc un adjudant, ou adjudant-chef, X. Becker, stérilisateur-panseur-anesthésiste, qui, avec nous, balaya toute notion de hiérarchie et, en toutes circonstances, savait détendre l'atmosphère.
Le souvenir marquant qui me reste est d'avoir dû diligenter, avec mes camarades Alain Bohr, préparateur en pharmacie, François Paul, manipulateur radio, et un ambulancier qui, je crois, s'appelle Baret, le transport d'un cancéreux, tout près du "grand voyage" pour une pérégrination terrestre à Lourdes.
Nous étions en retard pour partir, l'ambulancier introuvable ! Le train devait partir de Metz, je crois, à 14h10 et, à dix minutes de son départ, nous chargions le brancard élaboré exclusivement pour notre malade par le menuisier de Legouest. Voyant que nous allions louper le train, je dis au conducteur de l'ambulance "rentre dans ce chantier ferroviaire" au bord de la Seille, je vais tenter, par téléphone, d'obtenir la rétention du train pour nous permettre d'arriver. Je pensais me faire copieusement eng... Le chef de service, un sous-chef de gare de 1ère classe, il avait sa barrette d'or entourée de ses quatre étoiles, fut fort avenant et compréhensif.
Nous avons donc dû commencer par donner un retard au départ, au moins de 10 bonnes minutes, mais là, ne faisait que commencer notre périple. On ne réussit pas à atteindre le compartiment affecté à notre grand malade. Nous avons dû le laisser sur la plateforme de la voiture. Je fis part alors de notre problématique au brave chef de service qui m'assura qu'il allait solliciter une intervention technique pour un arrêt suivant. Notre pauvre malade, toujours souriant face à l'adversité, demeura donc dans le sas. Nous passons Bar-le-Duc, Chalons, Épernay et nous voilà engouffrés dans la grande ceinture parisienne, avec notre malade toujours en attente de rejoindre le "confort" de son compartiment. En attendant, il reçoit la visite d'aumôniers, de diverses personnes du convoi dont les deux superbes infirmières D.E, accompagnatrices du convoi, qui voulaient demeurer de marbre lors des multiples hommages discrets qui saluaient leurs tournées. Les trois premières heures, ponctuées d'aves forts répétitifs, sont longues. Nous voilà à Villeneuve-Saint Georges ; et là, ô miracle, deux agents du matériel viennent pour libérer la baie de sa barre transversale et notre malade est, enfin, installé dans son compartiment. Enfin les soins d'hygiène et médicaux lui seront apportés. Toujours souriant, il se confond, lui qui était dans la plus mauvaise posture, en remerciements à l'endroit de ceux qui l'ont "brinquebalé" de l'ambulance au train.
Ce sourire confiant, plein de générosité intellectuelle, je ne suis pas prêt de l'oublier.
Arrivés à Lourdes, nous voilà partis vers la piscine mariale. Personnellement, je n'étais pas du tout, mais vraiment pas du tout, à l'aise ; et là, le service d'ordre nous arrête et des brancardiers emportent notre malade. Ô surprise, parmi eux, il y avait un général qui déployait, avec le plus grand empressement, toute son énergie dans sa pieuse mission.
Nous fûmes libérés jusqu'au surlendemain pour le retour vers Metz.
P.F
Cette nuit de Nivôse, elle ressemble plutôt à une nuit de Pluviôse, nous allons changer d'année civile. Dans la tradition, ces nuits de basculement sont, par leur accent festif, source d'embrassades et de gestes en rupture avec les préconisations édictées pour faire face à la pandémie.
Puissions-nous être raisonnables pour échanger nos vœux ! Ils n'ont nullement besoin de ces affranchissements pour être sincères et porteurs d'espérance.
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