Terre de l'homme

Terre de l'homme

De la capitale à la savane africaines

 

classe 2

 

 

 

 

La vocation première de l’Alliance Française n’était pas de reproduire la scolarité et le cursus scolaire à partir du modèle adapté à notre pays. L’autre vocation était internationale et consistait en la diffusion de la langue, son apprentissage et, surtout, son perfectionnement oral et écrit.

Or, l’établissement fonctionnait sur un modèle français typique car il fallait répondre, plutôt, à une demande de type scolaire classique. L’autre type d’activité ne pouvait concerner que des adultes actifs désirant dans leurs fonctions, établir  ou développer des liens internationaux pour des échanges économiques, commerciaux voire diplomatiques. Cette fonction ne s’adressait qu’à un public moins nombreux mais, cependant, demandeur.

J’ai, déjà, mentionné que la scolarité était dispensée gratuitement et sans discrimination à tous ces enfants sans droit d’inscription payant. C’était là un atout important sur de nombreux établissements qui, eux, prenaient des droits d’inscription.

La question se posa, donc, de savoir si l’on allait établir un autre parcours de formation et de perfectionnement d’adultes au sein de l’institution.  Elle ne fut résolue  qu’au bout de plusieurs mois. Ainsi, débutèrent des séances réservées à ce public composé d’Ethiopiens travaillant dans des administrations culturelles, touristiques, économiques voire diplomatiques mais, aussi, d’Européens de diverses origines (Grecs, Italiens, Egyptiens, quelques Anglo-Saxons…). Les cours comprenaient toujours un temps consacré à la pratique et à l’usage de la langue. Les animateurs de ces séances, Français, Belges, Canadiens français ou autres étrangers francophones, faisaient état de leurs expériences et connaissances selon un rythme de deux séances par semaine.

 

partie de volley

 

 

 

Le week-end, par contre, il n’y avait que quelques classes le matin puis, à la demande d’un certain nombre de ressortissants de la communauté française (au nombre d’environ 300 ), s’organisèrent de petites compétitions sportives (volley, foot , basket..) le samedi après-midi. Pour moi, c’était un grand moment de distraction d’autant que mes amis éthiopiens étaient présents.

 

 

 

retour de chasse

 

 

 

De fil en aiguille, certains proposèrent,  alors, que l’on organise des sorties en dehors de la capitale pour découvrir l’intérieur du pays.

Et, nous voilà partis à quatre ou cinq véhicules, une dizaine de personnes, la plupart avec des pick-up robustes, hauts sur pattes, à plateforme arrière permettant d’emporter tout notre attirail : réserve d’essence car les stations étaient rares et implantées dans des localités qui n’étaient pas, toujours, sur notre trajet, eau, nourriture, tentes , sacs de couchage, matériel de pêche ou de chasse pour quelques uns etc…

 On s’était fixé de camper près d’un lac de cratère, réputé pour son agrément et où la population « de gallas », paysans et éleveurs, était accueillante. C’était l’ethnie la plus importante après les amarhas, leur langue était l’oromo, de religion chrétienne ou musulmane.

 

 

femmes portant de l\\\'eau

 

 

Naturellement, on essayait de se renseigner, auparavant, sur l’état des pistes, généralement, non entretenues et sans signalisation. On partait pour une randonnée à soixante-dix kms de la capitale, environ, et dans un lieu loin de notre civilisation à l’occidentale.

Mais, certains d’entre nous connaissaient des gens venant de ces régions et travaillant dans des firmes européennes. On leur proposa de nous accompagner : ils parlaient le dialecte et cela  faciliterait nos contacts avec ces populations et pour eux, c’était l’occasion de revoir leur pays qu’ils avaient quitté depuis plusieurs mois.

La sortie de la ville ne présentait pas de difficultés mais, au bout de quinze kms, nos véhicules commençaient à secouer et à soulever des nuages d’une poussière rougeâtre ou noire. J’étais debout, avec d’autres,  sur la plateforme, me tenant à la barre, une écharpe couvrant le visage et des lunettes de protection étanches. On roulait à distance pour ne pas être trop gênés et nous passions  dans des endroits où la terre tassée par les camions ne ressemblait plus à une piste mais à deux larges sillons plus ou moins profonds où de grosses pierres avaient l’intérêt d’éviter, dans la mesure du possible, de s’embourber à l’occasion d’une averse imprévue. Des ornières obligeaient nos « chauffeurs » à se déporter sur les bas-côtés souvent encombrés de rochers plus ou moins gros dont, d’un seul coup d’œil, ils devaient juger si la hauteur du véhicule était suffisante car, gare à la casse, il n’y avait pas de garage à proximité.

En outre, sur les premiers 20-30kms, on rencontrait des cortèges de paysans portant des sacs ou des caisses de légumes, volailles, fruits ou autres produits..qui allaient vendre leur production dans les nombreux « mercatos » de la ville. Souvent, ils traînaient un ou deux ânes eux-aussi chargés de paniers, sacs, aux contenus divers,  des femmes les accompagnaient avec un gros balluchon dans le dos et un tout jeune enfant fixé par des sangles sur leur poitrine.

 

 

transport de bois

 

 

La savane se déroulait devant nous avec ses grandes herbes jaunes, brûlées par le soleil, parsemée de nombreux épineux de tailles diverses dont le sommet formait presque un quasi parasol. Des oiseaux s’envolaient, des zèbres au loin, des vautours qui tournoyaient dans le ciel d’ azur à la recherche de quelque charogne;  mais, la température augmentait et dans cet immense paysage ponctué  de quelques montagnes abruptes ou de volcans éteints, tout semblait reposer.

Après avoir parcouru à peu près 60kms, on commença à s’inquiéter des directions à prendre. Nos « guides »  discutaient entre eux et n’étaient pas toujours d’accord sur la bonne piste. On s’arrêta pour se désaltérer et manger quelques sandwichs et, très vite, des enfants pieds nus s’approchèrent et tendirent la main pour mendier quelques pièces. On leur distribuait des bonbons mais un jeune adolescent de 16 ou 17 ans semblait les réprimander. Alors, on lui demanda où se trouvait le lac et quelle piste prendre. D’après lui, il y avait , encore, une bonne vingtaine de kms. Il nous proposa de nous y emmener et d’attendre son retour, devant ramener les enfants chez eux. Une heure après, il revint et on l’invita à monter dans la voiture de tête.

Il refusa obstinément et nous fit comprendre qu’il allait courir devant nous car il avait l’habitude de courir sur de longues distances. Notre cortège s’ébranla et, sans aucune peine, bien qu’à une altitude de plus de 2000m, notre coureur de 1M70 à peine, jambes longues et fines, élancé, d’une maigreur certaine, nous conduisit sans s’arrêter jusqu’à notre but.

 

caravane

 

 

 L’endroit était magnifique et paisible. Tout de suite, j’aperçus le lac immobile, d’une circonférence parfaite, aux eaux sombres. Des canards, des oies sauvages, des myriades d’oiseaux de couleur et, au loin, une importante colonie de flamants roses et de pélicans.

Après s’être désaltéré et avoir croqué quelques petits biscuits, le jeune s’en alla pour rejoindre le village de toucoules et, à notre invitation, il nous promit de revenir dans la soirée pour partager notre repas. Mais, au moment de partir, il ajouta : « J’ai beaucoup d’amis qui viendront. » Il comprit que cela ne nous dérangeait pas.

Déjà, certains avaient plongé dans le lac, d’autres installaient les tentes ou montaient leur canoë de toile. Le soleil commençait à décliner et l’on s’empressait de ranger et de préparer un grand feu et je partis avec d’autres pour chercher du bois et l’entasser. A cause de bêtes sauvages, on nous avait conseillé d’entretenir le feu toute la nuit. 

 

 

Jacques Lannaud

 

______________

 

Demain. 

 

La richesse de la promenade des deux rives, elle nous autorise un regard sur les pas de nos ancêtres.

 

Après-demain.

Les Cygnes sauvages de la Dordogne, reportage de Bruno Marty.

 

 

 

 



14/04/2021
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