Terre de l'homme

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Le billet historique de Jacques Lannaud. Siège d’Alésia : Vercingétorix pouvait-il vaincre César ?

 

Je ne comprends pas les Anglais ! Tandis qu'en France, nous donnons à nos rues des noms de victoires : Wagram, Austerlitz... là-bas, on leur colle des noms de défaites : Trafalgar Square, Waterloo Place..."

 

Alphonse Allais

Vercingétorix

 

 

 

 

L'image ci-dessus, de l'Office de Tourisme de Dijon, symbolise le Gaulois Vercingétorix. Le site touristique et culturel, emblématique de la région Bourgogne-Franche-Comté, le MuséoParc Alésia vous invite à vivre une plongée au cœur de la bataille d’Alésia qui opposa en 52 av. J-C., deux civilisations, romaine et gauloise, et deux stratèges, César et Vercingétorix.

 

 

 

Pierre Fabre, notre chroniqueur toujours très en verve et au savoir encyclopédique, nous a relaté dans un article, paru en mars 2021, intitulé " Aujourd’hui, 15 mars 2021, nous sommes 2065 ans après les Ides de Mars, jour de l’assassinat de Jules César. " C’est, alors, que l’envie m’a pris de vous relater, à ma façon, le siège d’Alésia dont tout le monde ou presque a entendu parler mais, dont les modalités ne sont pas toutes connues, siège qui s’est déroulé il y a, maintenant, 2077 ans. La traduction du texte latin de Plutarque est remarquable mais, comme j’ai traduit pour mon compte personnel pas mal de textes de l’ouvrage de César, je vous convie à lire ce morceau sans doute moins brillant que celui de Plutarque.

 

 

Alésia 1

 

 

 

 

Partie I

 

A la suite du siège d’Avaricum, aujourd’hui Bourges, en Mars-Avril 52 av.J.C., où les légionnaires emportés par leur soif de vaincre, vont massacrer la population biturige de la cité sans s’être affrontés à l’armée gauloise de Vercingétorix qui campait autour dans les marais à part quelques escarmouches de cavalerie, Vercingétorix, le commandant en chef arverne, charismatique, élu par l’armée hétéroclite gauloise,   décide de lever le camp pour se diriger vers Gergovie où il organise sa défense en un lieu particulièrement accidenté et montagneux. César le suivra et met le siège devant la place-forte ( Mai-Juin 52 ). Finalement, c’est un échec pour César qui montre, ainsi, qu’il n’est pas invincible. Cet échec entraîne la défection des Héduens, ce peuple gaulois qui occupait l’actuelle Nièvre et Saône et Loire. Les deux chefs de la cavalerie héduenne, ses alliés, le trahissent et marchent sur Novodiunum ( Nevers ) où une garnison romaine est chargée de veiller sur les approvisionnements et le trésor de l’armée de César. Ils massacrent la garnison, incendient la ville et tentent de ralentir l’armée romaine en coupant les ponts sur la Loire. Mais, César découvre un gué entre Decize et Nevers et franchit la Loire à la poursuite de Vercingétorix. Celui-ci continue sa marche vers l’Est, se dirigeant vers Dijon puis vers le mont Auxois où se situe la citadelle des Mandubiens, Alésia. L’essentiel de l’armée gauloise se réfugie à l’intérieur des remparts mais des troupes restent à l’extérieur dont une partie de la cavalerie. C’est dans cet intervalle où le siège de la place-forte n’est pas encore au point, que des combats de cavalerie vont se dérouler au détriment de l’armée gauloise. L’échec de la cavalerie sème la panique dans le camp gaulois. Vercingétorix perd le contrôle de la plaine des Laumes qui s’étale à l’ouest et s’enferme dans Alésia. A la réflexion, on peut se demander pour quelle raison, Vercingétorix, qui a affirmé son pouvoir, quitte la place-forte en risquant de s’exposer et, finalement, gagner l’oppidum d’Alésia : peut-être, a-t-il cédé à des forces de pression ?

 

 

Alésia carte

 

 

Traduction latine J.L.

 -A la suite de la déroute de sa cavalerie, Vercingétorix regroupa ses troupes devant le camp puis prit la route directe pour Alésia, la place-forte des Mandubiens. Il ordonna que l’on sorte du camp les bagages et marchandises puis qu’on le suive.

César fit déposer ses bagages d’intendance sur la colline la plus proche, deux légions étant chargées d’y veiller puis, durant tout le jour, poursuivit l’ennemi réduisant à néant environ 3000 hommes de l’arrière-garde. Le jour suivant, il établit son camp près de la place-forte .

Ayant reconnu l’emplacement de la cité et les ennemis visiblement tenaillés par la peur vu que la principale force de l’armée en laquelle ils avaient mis leur confiance, venait de subir un échec, il encouragea ses soldats à la tâche en vue de la construction de lignes de circonvallation.

Juché au sommet de sa colline ( 418m ), il n’était guère possible de prendre d’assaut la place-forte d’Alésia si ce n’est par un siège. La base est baignée par deux cours d’eau ( l’Ose au nord, l’Oserain au sud qui se jettent dans la Brenne ) et  une plaine d’environ 3000 pas ( 4500m ) s’étend devant, des collines peu distantes les unes des autres sur les côtés de hauteur semblable, entourent la citadelle.

 Sur la partie du mont qui regarde vers l’est, en dessous du rempart, s’étaient installées les troupes gauloises et devant elles s’allongeaient un fossé et un mur de 6 pieds de haut ( 1m80 ). La ligne de retranchement de circonvallation que construisaient les Romains, s’étendait sur une longueur de 10 000 pas (15km ).

 

Alésia travaux de César

 

 

                                      Travaux de César devant Alésia

 

Le camp de César, établi en un endroit approprié, était protégé par 23 redoutes qu’occupaient de jour, des cohortes de gardes pour déjouer toute attaque imprévue et la nuit, des sentinelles et solides détachements  montaient la garde. Une fois les tâches réglées, eut lieu un combat de cavaliers dans la plaine, entre les intervalles des collines sur la distance de 3000 pas, mentionnée plus haut. Des deux côtés, on se livra à une lutte sans merci. Nos cavaliers étant épuisés, César envoya à leur aide la cavalerie germanique pour empêcher que ne se produise une attaque soudaine de l’infanterie ennemie. Avec le renfort de légionnaires, le courage de nos soldats reprit le dessus. Les ennemis se lancèrent dans une fuite éperdue et freinés par leur nombre, se retrouvèrent pressés les uns contre les autres dans les ouvertures étroites des murs de fortifications. Les Germains les poursuivaient avec acharnement et il y eut un important massacre. Certains, ayant abandonné leurs chevaux, entreprirent de franchir le fossé et d’escalader le mur. César donna l’ordre aux légions stationnées devant son camp d’avancer un peu. Les Gaulois, à l’intérieur des fortifications, étaient pour le moins troublés et se demandaient si l’on arrivait sur eux, ils crient aux armes. Certains, pris de panique, pénétraient dans la place-forte. Vercingétorix ordonne, alors, de fermer les portes de la citadelle pour ne pas laisser le camp sans défense. Beaucoup furent tués, de nombreux cavaliers capturés puis les Germains se retirèrent d’eux-mêmes.

   Avant que les travaux  de retranchement de l’armée romaine ne s’achèvent, Vercingétorix prend la résolution de renvoyer de nuit, toute sa cavalerie. ( Après les deux échecs successifs, il restait environ 5000 cavaliers, tous nobles, venus de toutes les régions de la Gaule. Le manque de fourrage était, certainement, à l’origine de la décision du chef arverne sachant que la viande ne pouvait pallier à la disette, regardée par la religion celtique comme un véritable tabou.) En se séparant d’eux, il demande à chacun de se rendre auprès de son peuple et d’inciter tous ceux capables de porter les armes, à se regrouper en vue de la bataille décisive. Il leur rappelle sa conduite envers eux et qu’ils ont entre leurs mains la possibilité de son salut, qu’ils ne le livrent pas à la torture des ennemis, vu son grand mérite pour l’intérêt commun. Car de leur négligence, quelques 80 000 hommes d’élite périraient avec lui. Après ces recommandations, il fit partir les cavaliers en silence lors de la seconde veille ( qui se terminait à minuit ) Le calcul des réserves révéla qu’il ne restait que trente jours de blé et peu de temps de rallonge même en se restreignant. Il ordonna que soit apportée toute la réserve en blé et pour ceux qui désobéiraient, ce serait la peine capitale. Le bétail, regroupé en grande quantité par les Mandubiens, fut réparti par tête, le grain mesuré avec parcimonie et peu à peu. Toutes les troupes qui campaient sous les remparts , se replièrent à l’intérieur. A la suite de ces mesures, on attendit le secours des Gaulois et l’on se prépara à livrer bataille.

Informé par des déserteurs ou des prisonniers, César fait édifier des défenses : un fossé de 20 pieds ( 6m ) de large, d’une profondeur égale à la distance entre les deux bords, ( Le fossé à l’avant c.à.d. du côté d’Alésia et le « talus » en arrière sont les deux éléments essentiels et traditionnels de la ligne) ; entre le fossé et le reste des fortifications, une distance de 400 pieds qu’on ne pouvait protéger par un cordon de troupes et l’on pouvait craindre que de nuit, une masse d’ennemis n’accoure à l’improviste jusqu’aux remparts ou , de jour, que nos soldats, occupés à leurs tâches, ne soient victimes de traits. Dans cet espace, César fait creuser deux fossés de 15 pieds ( 4m50 ) de large et autant de profondeur, les parties basses sont remplies d’eau de la rivière et, derrière ces fossés, un talus, une palissade de 12 pieds auxquels on ajoute le parapet et les créneaux et de grandes branches fourchues et saillantes à la jonction panneaux-talus, destinées à retarder l’ennemi. Sur le pourtour, on construit des tours espacées de 80 pieds ( 24m ) .

Dans le même temps, il fallait réaliser tous les travaux de fortifications, s’approvisionner en blé et en bois, étant amenés à s’éloigner du camp avec un effectif diminué. Parfois, les Gaulois en profitaient pour détruire nos ouvrages faisant irruption avec force par plusieurs portes de la forteresse. César estima que l’on devait ajouter des défenses supplémentaires pour défendre la fortification vu un effectif réduit. On coupa des troncs d’arbres aux branches solides, écorcées et taillées en pointe, puis on creusa des fossés continus, profonds de cinq pieds ( 1m50 ). Des pieux furent enfoncés , reliés ensemble par le bas, impossibles à arracher dont les branches dépassaient. On fît 5 rangées, solidaires entre elles et imbriquées, ceux qui s’y aventureraient, s’enferreraient sur les pointes de pieux. On appelait cela des cippes. En avant, en quinconce, des trous de 90cm resserrés vers le bas et là, des rondins de la taille d’une cuisse pointus et durcis par le feu, furent enfoncés ne ressortant du sol que d’environ 4 doigts. Puis, le sol fut affermi autour des pieux en le tassant avec les pieds, le reste était tapissé de branchages et de broussailles dissimulant les pièges. Il en fut ainsi de rangées de 8, distantes de 3 pieds  entre elles. Ces trous étaient appelés des lis à cause de leur ressemblance avec la fleur. Et, en avant, sur 0m30, des crochets de fer enfouis dans le sol, éparpillés en divers endroits proches qu’on nommait aiguillons.

César va construire de nouvelles fortifications mais celles-ci, du même type que celles décrites, sont des lignes de contrevallation destinées à s’opposer à une armée gauloise venue au secours de Vercingétorix. Le général romain redoute d’être pris en tenaille mais il a une armée disciplinée toute dévouée au général en chef et prête à se sacrifier. Dans la bataille farouche que vont se livrer les deux armées , nous verrons que le chef stratège romain s’est trouvé en grande difficulté et aurait pu, à ce moment-là, perdre le contrôle des combats.

   

Jacques Lannaud

 

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Demain : La Dordogne est très haute, les ondes du Neufond, seules, péniblement, arrivent à Siorac mais le Valech s'est éclipsé sous Carvès.



26/07/2021
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