Terre de l'homme

Terre de l'homme

À Giverny-Monet : les jardins (suite du voyage, par Jacques Lannaud).

Nous ne cessons de le dire, la Terre de l'homme, si elle est identifiée à la hâte, par convention un peu directive, dans ce magnifique bassin de vie où la Dordogne, fleuve historique, s'apprête à recevoir la Vézère, rivière préhistorique, cette terre, notre patrimoine commun, n'aime guère les frontières. Ces craintifs pointillés humains placés là, par appréhension ou par peur de l'autre, la Nature ne les tolère que pour laisser admirer ses lignes naturelles tels le Sillon du Rhin ou les Crêtes pyrénéennes.  Profitons donc de cette permissivité du regard vers tous ces trésors que la nature et les humains ont, par un formidable génie de  partage et de reconnaissance, su enrichir en les harmonisant et suivons notre ami Jacques Lannaud dans ce havre de verdure du Vexin bossu, espace bucolique normand, proche des Andelys, là où la Seine veut bien recevoir l'Epte mais hésite à se fondre dans la Manche, sa "récente" souveraine.

Giverny, lieu de pèlerinage en hommage à Claude Monet, par sa verdure et son calme reposant, signe un des plus beaux décors de notre hexagone.

Suivons Jacques Lannaud dans cette douce promenade verte, ô combien différente de ses souvenirs d'enfance dans les reliefs éthiopiens.

 

P-B F

 

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La rose de la Paix est éclose - Le blog d'Essigny-le-Petit

 Rose de la paix. Essigny-le-Petit.

 

 

Claude Monet

 

Claude Monet,

par Auguste Renoir

Jacques Lannaud poursuit un voyage récent qui le mena du nord de la France à Giverny (cliquez ici pour le lire : Des Hauts du Nord aux rives de la Seine).

 

                                                                 

                                                    

Le village que l’on découvre porte l’empreinte et le souvenir de Claude Monet. Il s’étire le long de la rue du même nom, rectiligne, bordée de jardins qui, tous autant, cherchent à mimer celui du peintre,  de bas-côtés d’herbes, de fleurs printanières mêlées à des coquelicots qui se balancent doucement sous l’effet d’une légère brise. On se sent, déjà, dans une nature luxuriante et, après avoir marché pendant 15 à 20 mn, voici la ruelle qui descend vers la petite route du bas, parallèle à l’Epte où se trouve la billetterie.

 

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photos Jacques Lannaud

 

Aussitôt, un sentier où se succèdent et se mêlent arbustes, bouquets de plantes vertes, iris, pivoines, pavots, puis les roses qui s’épanouissent sur des tiges formant d’énormes bouquets aux tons nuancés, entourés de divers végétaux. Dans une lumière diffuse où domine le vert, se dresse devant vous un saule imposant d’une bonne vingtaine de mètres de haut  dont les rameaux et les longues branches-lianes retombent jusqu’au sol en grappes feuillues qui filtrent le soleil en apportant leur ombre légère. Saules qui se plaisent près ou en bordure du bassin aux nymphéas, importés du Japon et que le peintre s’attachera à rendre sous la forme de « vertes chevelures » : douze toiles intitulées « Saules pleureurs ».

 

 

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Sur une petite île à l’entrée du jardin d’eau, on découvre une bambouseraie, véritables arbres de 7 à 8m de haut. L’étang se présente, alors, de forme oblongue, créé à partir d’un petit bras de l’Epte et l’on aperçoit les îlots de nénuphars en fleurs dispersés sur toute la surface liquide que le peintre a voulu et qui vont être à l’origine d’une des plus fabuleuses ornementations picturales "Les Nymphéas". Offerts à la France par Monet en 1918, aujourd’hui, propriété du musée de l’Orangerie, cette fresque imposante constitue ce que l’on a appelé une véritable « Sixtine de l’impressionnisme ».

 

 

 

pont japonais

 

 

Le pont japonais enjambe une partie rétrécie de la nappe d’eau, peint en vert et non en rouge comme au Japon, chapeauté par une splendide glycine et, tout autour, les bambous, les ginkgos biloba, érables, pivoines arbustives du Japon, lis, saules pleureurs et rosiers arbustes ou roses s’épanouissant parmi des fleurs de couleurs diverses.

 

 

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                                                         photo Jacques Lannaud

 

Le plaisir de parcourir ces petits sentiers et petites allées au milieu de tant de végétation et de fleurs, est communément partagé par tous les visiteurs qui en apprécient la diversité, la luxuriance, la beauté des arbres qui apportent leur ombrage et leur verticalité, tout cela confine à un sentiment de beauté que seule la nature, guidée par l’homme, peut nous offrir. Sous différents angles et, au fur et à mesure que l’on parcourt les allées, on découvre des vues nouvelles, des fleurs qui ornent ces passages et les bords de l’étang, tout resplendit sous un soleil matinal et déjà  chaud.

 On ne peut s’empêcher, sous ces frondaisons et dans ces petites allées sinueuses, de penser aux amis de Monet qui les ont arpentées : Georges Clémenceau, Sacha Guitry, Stéphane Mallarmé, Paul Valéry, Auguste Renoir mais, aussi, Octave Mirbeau (Journal d’une femme de chambre ), des membres de l’Académie Goncourt, des amis du Japon dont Mme Kuroki (née princesse Matsukata).

 

 

Clémenceau

 

Clémenceau et Monet à Giverny 

 

 

                                                  

 

 

Monet veille, scrupuleusement, sur son jardin. Pas forcément en bonne intelligence avec les Givernois, il recommande aux enfants de ne pas toucher aux fleurs et de ne pas inviter leurs amis à jouer dans les allées, allant même à interdire qu’on tutoie ses fleurs, au petit Claude Renoir, fils d’Auguste.

Le bassin nécessite un jardinier sur l’eau, quotidiennement, pour l’entretenir et entretenir les nymphéas et permettre les reflets sur l’eau.

 

 

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Avec la grande fresque des « Nymphéas », il ouvre  au XXiè siècle des voies nouvelles que vont emprunter Kandinsky, admiratif du tableau « La Meule » et d’autres comme Jackson Pollock, Mark Rothko, Joan Mitchell ou Sam Francis.

Au fil de la promenade, on est passé dans un tunnel qui nous a conduits dans le jardin floral que domine la magnifique demeure en long du peintre, léguée à l’Académie des Beaux-Arts par Michel Monet qui voulait que la propriété ne tombe pas dans l’abandon et que les admirateurs du peintre puissent y venir, notamment ceux des contrées lointaines, Japon, Etats-Unis… qui se manifestaient.

 

 

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 Le village, finalement, est adossé à la colline qui s’élève à l’arrière et si la rue est plate sur sa longueur, d’un côté soit on commence à monter, de l’autre on descend vers la rivière.

Le peintre s’y installe en 1883, achète la maison dont il est locataire en 1890 ; l’aménage, crée dans le verger un jardin de fleurs et le jardin d’eau où l’on vient de passer. Il meurt le 5/12/1926.

On compte pas moins de 25 tableaux ayant pour thème Giverny : Coucher de Soleil, Entrée de Giverny en hiver, paysages, bois, champs de coquelicots, meules, peupliers, courbe de l’Epte, le pré à Giverny, soleil levant etc…, sans compter la série des Nymphéas.

 

entrée de Giverny en hiver

 

                                                                 Entrée de Giverny en hiver

 

Un peintre aurait pu passer inaperçu comme tant d’autres attirés, eux-aussi, par le site, la lumière, les paysages magnifiques, baignés par la Seine et  l’Epte.

Mais, Monet pense autrement la peinture avec ses amis Manet, Sisley, Pissaro, Renoir.

Sisley nous montre des fêtes sur l’eau, des ciels où l’orage couve, les rivières autour des mâts à banderoles, les régates de banlieue, le vent qui agite les feuilles et les herbes de la rive.

Pissaro, quant à lui, nous fait découvrir des toits rouges derrière des pommiers, des coteaux bordés par la rivière et les peupliers, des arbres magnifiques dans leur épanouissement estival et leur dépouillement hivernal, des cultures sur les pentes et , toujours, dans l’harmonie spontanée et mobile de la lumière et du temps.

Monet est enivré par la lumière, par les reflets sur l’eau, les paysages qui offrent non pas des perspectives lointaines mais des couleurs, des milliers de couleurs qui se mêlent et s’entremêlent donnant des tons diffus et emmêlés, des cieux changeants suivant le soleil levant ou couchant dans un air rayonnant ou, au contraire, perçant à travers des nuéees. Il peint la nature, la vie telle qu’elle s’offre à son œil sensible.

 

 

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                                                     photo Jacques Lannaud

 

Et, ce jardin floral que l’on découvre, maintenant,  s’étale sur une très grande longueur. C’est celui, pas seulement d’un amoureux des jardins et des fleurs mais d’un artiste, d’un connaisseur des couleurs, sachant les marier, les entremêler, au point de se demander si nous ne sommes pas là devant un immense tableau impressionniste : les premiers mufliers, cosmos, œillets, impatiens, amarantes, bégonias, cléomes, pélargoniums roses et rouges, roses trémières, cuphea, gaura…Quasi, tous les jours, le peintre s’entretenait avec ses jardiniers. Les parterres de fleurs, les arbustes de roses de diverses couleurs et formes, la large allée centrale, légèrement montante, ornée d’arceaux où grimpent d’autres rosiers, voilà un décor qui surprend, qui enchante, où les fleurs sont reines et où nous ne pouvons que nous extasier en remontant l’allée princière qui se termine devant l’entrée principale de la maison. Alors, on se retourne et on reste quelque peu ébahi.

    

 

Jacques Lannaud

 

 

 



07/07/2021
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