Terre de l'homme

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Siège d’Alésia : Vercingétorix pouvait-il vaincre César ? ( partie II)

 

 

  chêne de Flagey

 

 

         

  Le chêne de Flagey, dit aussi chêne de Vercingétorix, camp de César, près d'Alésia - Franche-Comté

 Gustave Courbet - 1864

 

 

Courbet joue ici avec les codes de la peinture. Paysage, portrait d’un arbre imposant, auto-portrait déguisé de l’artiste enraciné, scène de chasse par la course du chien poursuivant un lièvre, le tableau est aussi une peinture d’histoire. Lors de son exposition au rond-point de l’Alma en 1967, Courbet ajoute un sous-titre donnant une dimension politique à la toile. La querelle sur la localisation d’Alésia, entre Côte d’or et Doubs, bat son plein, synthétisant les confrontations idéologiques de l’artiste et Napoléon III : Vercingétorix contre César, démocratie contre impérialisme, indépendance régionale contre pouvoir centralisateur.

 

   

Après l’échec de César au siège de Gergovie, Vercingétorix entreprend une longue marche. Les deux armées ennemies s’observent, se suivent, se poursuivent, s’accrochent sur des centaines de km, sans s’affronter réellement sinon dans des escarmouches de cavalerie.

Toute cette longue file de soldats, portant fardeau, s’étire le long de chemins plus ou moins accidentés où les montées retardent la progression. Il faut être vigilant : l’avant-garde à cheval prend de l’avance, se faufile par des  raccourcis, observe sur le faîte de monticules ; de même, l’arrière-garde a pour mission de protéger l’armée sur ses arrières et chacune de donner l’alerte. Des éclaireurs sont là pour apporter les informations ou les ordres et se livrent à des allées et venues entre détachements et commandement.

 L’intendance essentielle à la survie des hommes suit à l’arrière plus lentement, péniblement, avec des chariots tirés par des bœufs ou des chevaux de trait, transportant tout le nécessaire en armes, boucliers, lances, javelots, cuirasses, épées (gladius )…ce que l’on appelle " impedimenta " bagages, machines à lancer des projectiles ( tormenta ), l’approvisionnement.

 Parmi ces ustensiles guerriers, l’ Aries, le bélier, poutre de bois munie d’une tête de fer dans un bâti en bois protégé qu’on approchait du rempart attaqué. Mû par des cordes, il heurtait avec violence la muraille ennemie pour l’ébranler ou l’abattre. Scutum , le bouclier, bandes de bois recouvertes de cuir, garni de haut en bas de bandes de fer, il mesure 1m20 sur 0m80 chez les Romains, plus étroit chez les Gaulois et plus long 1m80.

Suivent aussi tout un peuple de marchands, de métiers : charpentiers et menuisiers, forgerons qui fondent le métal, le plomb, fabriquent les glaives , les lances (le pilum) etc…

 Ce long parcours entraîne les deux armées vers l’Est :  César rejoint Langres, capitale des Lingons, où il met ses hommes au repos et s’adjoint les services d’un corps puissant de cavalerie germaine. Il voudrait livrer bataille au plus tôt mais Vercingétorix ne se prête pas à ses plans. Tous les peuples de la Gaule font cause commune avec lui et il cherche à organiser l’insurrection gauloise qui compte, à présent, 300 000 hommes face aux dix légions romaines soit environ 50 000 hommes avec une puissante cavalerie. La tactique gauloise consiste à affamer les Romains en incendiant les campagnes, tactique de la terre brûlée.  

César prend l’initiative et descend vers le Sud, cherchant l’affrontement mais le chef arverne transporte son quartier-général à Alésia. L’armée romaine se retrouve, un soir, à Til-Châtel, soit à 15 km de l’armée adverse.

Ordre est donné par Vercingétorix d’attaquer, contrairement à son plan initial, mais la cavalerie gauloise se heurte à la cavalerie germaine qui prend le dessus : lourdes pertes de chaque côté et Vercingétorix se replie dans Alésia.

 Le chef gaulois perd le contrôle de la plaine des Laumes, s’enferme dans la forteresse tandis que l’armée romaine entreprend les travaux de siège.

 Il a renvoyé le reste des cavaliers, profitant d’une pause nocturne des travaux romains, leur demandant de mobiliser tous les hommes capables de se battre pour venir au secours des 80 000 Gaulois à l’intérieur de la place-forte.

 

 

guerre des Gaules

 

 

Les Commentaires sur la guerre des Gaules  Commentarii de Bello Gallico), ou simplement La Guerre des Gaules (Bellum Gallicum ou De Bello Gallico), sont un ouvrage d'histoire en sept livres où Jules César raconte sa victorieuse guerre des Gaules (58-52) ; il  est complété par un huitième livre, écrit plus tard par Aulus Hirtius (Wikipédia) 

 

 

           Laissons la parole à César :

   «  Les Gaulois, assiégés dans Alésia, attendirent les secours jusqu’à la date fixée : plus de blé. Ils ignoraient tout du retard des Héduens. Ils délibérèrent de leur sort au cours d’une assemblée. Certains envisageaient la reddition, d’autres estimaient leurs forces suffisantes et voulaient que l’on fasse une sortie. Mais, Critognatus, d’origine arverne de haut rang, bénéficiant d’une grande autorité, prit la parole en ces termes  que l’on ne peut passer sous silence :

      «  De l’opinion de ceux qui plaident pour la reddition la plus honteuse et l’esclavage, je ne dirai rien mais j’estime qu’ils ne doivent pas être considérés comme des citoyens et ne devraient pas siéger au Conseil. Pour moi, l’affaire est claire et je suis en faveur de ceux qui prônent une sortie faisant appel à l’antique souvenir de la vertu gauloise.

C’est faiblesse d’esprit et absence de courage que de ne pouvoir supporter, quelque temps, la disette. En outre,  s’exposer à la mort, c’est faire preuve d’un courage plus noble que celui de supporter tranquillement la douleur. J’approuve l’idée selon laquelle  le sacrifice de notre vie n’est possible qu’au regard et en tenant compte de la Gaule entière que nous avons sollicitée pour venir à notre secours. Que penseraient nos frères, du courage  de  ces 80 000 combattants réunis ici, après avoir péri, forcés de livrer bataille presque sur leurs cadavres ? Ne spoliez pas ces hommes de votre appui, eux qui choisissent de sacrifier leur vie pour vous sauver et éviter que la Gaule ne se prosterne et se soumette à une servitude éternelle par faiblesse et irréflexion. Parce qu’ils ne sont pas encore là, devrait-on douter de leur loyauté ? Eh bien quoi, on ne reçoit aucun message car toute liaison est impossible mais on peut se servir d’informations romaines qui filtrent, eux qui, jour et nuit, travaillent dans la crainte de leur arrivée. Mon avis ? Faire comme nos frères dans une guerre nullement comparable à celle-ci contre les Cimbres et les Teutons. Obligés de s’enfermer dans leurs places-fortes, ils subirent les mêmes privations et se maintinrent en vie grâce au sacrifice de ceux qui étaient devenus inutiles au combat et ne voulaient pas se livrer à l’ennemi. Cet exemple sans précédent devrait s’afficher au nom de la liberté et pour la postérité . La Gaule ravagée et dans l’adversité, les Cimbres quitteront notre territoire pour d’autres, en nous abandonnant à nos coutumes, nos lois, nos campagnes et notre liberté. Mais, les Romains, poussés par la vengeance, ont appris de leurs nobles et puissants, que la victoire permet de s’installer dans un pays et de lui imposer le joug de l’esclavage. C’est cela le but de leurs guerres dans des pays éloignés. Mais, regardez plutôt cette province gauloise soumise : ses lois, ses droits sont abolis. Elle est, maintenant, sous les haches des licteurs et ploie sous une servitude éternelle… »

Le conseil décide de faire sortir les Mandubiens avec femmes et enfants, plutôt que de suivre l’avis extrême de Critognatus. Mais, les Romains ne vont pas à leur secours et ils périront entre les remparts et les fortifications romaines.

Enfin, l’armée de secours arrive : « Des hauteurs de la citadelle, on regardait dans la plaine, on accourait en foule pour les apercevoir, c’était un déferlement de joie et d’allégresse.

…De tous les camps qui occupaient le haut des crêtes, on regardait vers le bas tous les soldats qui attendaient le déclenchement de la bataille finale….les combats se déroulèrent de la fin de la matinée au coucher du soleil sans résultat décisif, alors les cavaliers germains se lancèrent à l’assaut, culbutèrent leurs ennemis, entourèrent les archers en fuite, les taillant en pièces….abattus et désespérés, les assiégés voyant la victoire leur échapper, se réfugièrent dans la place-forte.

Après une journée de répit, l’armée gauloise extérieure avait fabriqué quantités de claies et fascines (crates ), d’échelles (scala ), de harpons ( harpago ), sort du camp en silence au milieu de la nuit, se dirigeant vers les lignes de circonvallation. Aux cris poussés, on se doute, dans les retranchements, de ce qui se passe et ils bousculent les nôtres avec lancers de frondes, flèches, pierres….

Les jours précédents, César avait assigné à chacun son poste de combat ; ceux-ci se précipitent vers les retranchements, projectiles de plomb, lancers de pierres… chassent les gaulois.

Comme l’action se déroulait sous les yeux de tous et qu’il n’était pas possible qu’un exploit ou une lâcheté   restassent ignorés, des deux côtés, l’amour de la gloire et la crainte du déshonneur excitaient les hommes à se montrer braves.

L’obscurité empêche de bien y voir et nombreux sont les blessés dans chaque camp.

Les Gaulois, d’une certaine distance du retranchement, lançaient une  multitude de traits leur permettant de tenir la distance mais se rapprochaient des aiguillons qui les transperçaient, tombaient dans les trous….

Les assiégés qui étaient sortis pour préparer une attaque de Vercingétorix en comblant les fossés, voyant l’échec de l’armée de secours et la situation se dégrader, retournèrent dans la place. »

 

 

 

césar

 

 

 

                                                                   Le papyrus de César  

 

 

 

Le récit se poursuit et César indique qu’à ce point de la bataille, les Gaulois n’ayant pu briser les lignes de défense, s’interrogent et se demandent quoi faire.

«Les lieux étaient connus des éclaireurs, alors les chefs ennemis choisissent 60 000 soldats sortis de la masse des peuples gaulois, réputés pour leur grand courage. Ils conclurent un pacte secret fixant l’attaque autour de midi. A leur tête, ils placent l’arverne Vercassillaunus, cousin de Vercingétorix, l’un des quatre chefs les plus proches de lui.

Dès la première veille, Vercassillaunus quitte le camp pour effectuer le trajet de nuit, se dissimulant derrière une haute colline que tenaient, solidement, deux légions, et ordonne à ses soldats de se reposer après cette marche nocturne. Quand midi approche, il se dirige vers le camp romain, la cavalerie se poste vers les retranchements de la plaine et les soldats se présentent devant le camp.

Du haut de la place-forte, Vercingétorix aperçut les troupes de son cousin et sortit de la citadelle. L’attaque préparée avec des claies, des passerelles, des chariots d’approche et des faux de remparts, il avance. De tous côtés, ce sont des combats acharnés, les ouvrages assaillis, on en vient au corps à corps. Les Romains étaient séparés par les nombreux retranchements et il ne leur était pas facile de faire face.

César était informé, à tout instant, du déroulement de la bataille, envoyant de l’aide aux bataillons en difficulté. Pour chacune des parties, il fallait faire face, faire montre de courage, en ce moment décisif.

 Dans les collines, la situation était critique du fait de l’envoi des troupes de secours de Vercassillaunus : ils avaient gravi les fortes pentes, nous lançaient des traits, pénétraient nos défenses, faisaient la tortue, jetaient des amas de matériaux dans les fossés, dans la montée, recouvrant les pièges que nous avions dissimulés. Les armes et les forces nous manquaient.

César décide, alors, d’envoyer son meilleur lieutenant Labienus au secours de ses soldats épuisés, à la tête de six cohortes ( entre 400 et 500 h./ cohorte ) et mission de résister. Il leur dit que c’était là un combat de la plus haute importance et que l’issue de la victoire en dépendait.

Les assiégés sont retardés par la multiplicité des retranchements au bas des collines. Ils délogent les défenseurs en haut des tours, remplissent les fossés, ouvrent les palissades et le parapet à coups de faux.

 César envoie le jeune Brutus avec des cohortes et le légat Flavius pour reprendre le combat en main ; puis, il se hâte vers l’endroit où Labienus est en souffrance avec quatre légions et une partie de la cavalerie. L’autre partie de la cavalerie est chargée de contourner les lieux et d’attaquer l’ennemi dans le dos. Labienus n’avait pu s’opposer au franchissement des fossés par les Gaulois. »

A présent, va se jouer le sort de la bataille. César, voyant son principal lieutenant dans une situation critique, va courir à son secours avec des renforts.

« Enveloppé dans sa toge pourpre qu’il porte dans de telles circonstances et salué par les légions, le combat s’engage entre les ennemis et les escadrons de cavalerie appuyés par les renforts qui l’ont accompagné. Des clameurs s’élèvent de partout. Nos soldats délaissent le javelot pour le glaive dans un corps à corps. Soudain, la cavalerie arrive par derrière avec des cohortes. Les ennemis prennent la fuite poursuivis par les cavaliers….Vercassillaunus fut tué dans sa fuite. De la citadelle, on se rendit compte de la défaite et du massacre qui s’ensuivit. »

 

 

Alésia 2

 

 

Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César par Lionel Royer  -  1899

(l' historicité de la scène telle que représentée ici est soumise à caution)

 

 

Fin du récit de la bataille, les troupes de secours se replient précipitamment, les assiégés restants retournent dans la citadelle ainsi que Vercingétorix. Le chef gaulois, après concertation du conseil, choisira de se rendre à César assis en grande pompe devant son camp, auquel il remettra ses armes, les jetant à ses pieds.

 

Quelques considérations sur la bataille :

      Vercingétorix avait réussi la pemière brèche dans la plaine et était sur le point de réussir sa tentative. Sur le mont Rea, Vercassillaunus avait rompu la ligne romaine. La situation était donc critique pour l’armée de César. IL eut suffi que le gros de l’armée de secours attaquât dans la plaine pour que César soit définitivement battu. Mais, les chefs héduens, jaloux des chefs des Arvernes, ne bougèrent pas et cet abandon, pire qu’une trahison, est à l’origine de la défaite gauloise.

Un musée a été édifié à Alésia. Pas seulement pour rappeler la grande bataille qui s’est déroulée en ces lieux mais, aussi et surtout, parce que un grand chef gaulois, pour la première fois, réussit le miracle de l’unité de la Gaule face à un envahisseur impitoyable et des peuples jusque là divisés. L’autorité, le pouvoir, le charisme du jeune chef arverne engendrent des jalousies parmi des peuplades qui avaient collaboré avec les Romains et qui, pour retrouver leur « liberté », n’hésitent pas à faire défection.

 

 

    Jacques Lannaud

 

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Demain : les rendez-vous des juilletistes au castrum belvésois, P-B F.

Après-demain : Culture et patrimoine avec le regard du Musée d'Orsay de Françoise Maraval.

 

 



29/07/2021
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