Terre de l'homme

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Giverny (fin du voyage)

 

Jacques Lannaud nous faisait visiter dans son précédent article : Giverny -Monet les jardins du peintre. Il nous convie aujourd'hui à la visite de sa demeure .

 

Après cette promenade bucolique, bon nombre de visiteurs pénètrent dans la demeure aménagée par le peintre. Quelques photos rendront mieux compte du lieu, ancien pressoir, devenu maison de campagne dont Monet nous dit : « J’ai acheté la maison et, petit à petit, je l’ai agrandie. Mon salon c’était la grange. Je bêchais, plantais, sarclais, moi-même ; le soir, les enfants arrosaient.. »

 

 

faiences 2

 

 

La cuisine parée de faïences de Rouen avec les batteries de cuivre dont           turbotière, bassine à confitures…

 

 

cuisine jaune Monet 2

 

 

 La salle-à-manger surprenante par ce jaune cru et lumineux qui rappellerait un tableau de Van Gogh, pavée de carreaux de Saint Just rouge et blanc, tradition rustique de l’époque.

 

 

Petit-salon-bleu

 

 

                          Le salon bleu et quelques estampes japonaises célèbres

 

 

atelier Monet

 

 

                                                        Le salon - atelier

 

 

chambre de Monet

 

 

                                                 la chambre de Monet

 

Le silence est de règle au cours des repas qui se déroulent dans la salle-à-manger sauf quand des amis sont là. Alors, on met les petits plats dans les grands et Monet, le premier, aime la bonne chère : asperges, canards rôtis, bécasses, perdreaux bien faisandés, salades et légumes du jardin…

Il s’entoure de toiles d’amis chers : Delacroix, Renoir, Cézanne, Signac…

De même, il adore ses estampes japonaises dont il a tapissé les murs du salon bleu. Il disait, à ce sujet : « J’ai beaucoup d’admirateurs japonais. Ils viennent souvent ici, amènent quelquefois leurs femmes en costume national. Splendides, leurs tenues ! Une fois même, l’automobile chargée de ces précieuses personnes a chaviré. Nous avons dû recueillir ces dames. Eh bien, ils n’ont pas été surpris de voir ma maison tapissée de leurs estampes. Et quand je leur ai dit, en présence de ma peinture : « Ca ne doit pas vous dire grand-chose ? » « Plus que vous pensez, votre art n’est pas très loin de celui de nos maîtres. »

Alors, quel est cet art dont parlent ces amis japonais qui sont venus de chez eux pour voir Claude Monet, déjà très apprécié dans leur pays ?

Si l’homme a une telle réputation, c’est parce qu’il est et symbolise une innovation révolutionnaire de la peinture qui s’oppose au conformisme en vigueur de l’Académie des Beaux-Arts, principal lieu où un artiste peut se faire connaître en prônant un art académique, « art pompier », principal courant du milieu du XIXiè siècle, préconisant le goût pour les thèmes historiques et l’orientalisme.

 Un groupe d’artistes-peintres se forme autour d’Edouard Manet au cours des années 1860, où l’on dénombre Cézanne, Degas, Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Alfred Sisley. A plusieurs reprises, ils essuient des refus pour des expositions aux Salons officiels. Notamment, le tableau Le déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet est refusé par le jury du Salon de 1863, ce qui déclenche un scandale.

 L’opinion est corsetée par un régime impérial ultra-conservateur où la censure est la règle et où triomphe  la riche bourgeoisie financière. Nous avons vu comment ont été bridés les poètes en la personne de Baudelaire, Verlaine ainsi que Gustave Flaubert dont le combat triomphera de ces contraintes.

Il en sera de même pour les nouveaux peintres poussés par Degas, Camille Corot, refusés au salon de 1843. On peut remonter jusqu’à William Turner qui, le premier, s’applique plus à la réussite de la couleur qu’au dessin. Delacroix comme Millet, Théodore Rousseau et les peintres de l’école de Barbizon rechercheront la lumière et le paysage, des sujets de plein air.

 Un groupe s’organise après avoir essuyé des refus successifs dit «  des Batignolles « , loue une salle et organise sa première exposition « impresssionniste » en 1874, de la Société Anonyme des artistes-peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes.

C’est là que Monet va remporter un succès magistral, une toile qui va cristalliser les tendances picturales du moment et faire éclater les carcans d’un académisme désuet.

Ce tableau emblématique est une représentation de l’avant-port du Havre, un matin de novembre 1872. Tout est plongé dans une brume bleu grisâtre avec des reflets orangés dans le ciel, un soleil rouge orangé qui se lève et des formes noyées dans la brume : grues,, cheminées d’usines, mâts de grands voiliers ainsi que des barques de pêcheurs

 

 

impression soleil levant

 

 

                         Impression, Soleil levant (H 50cm, L 65CM sans cadre ) 1872

 

 A un journaliste, Maurice Guillemot de la Revue Illustrée, qui l’interroge sur le titre du tableau, Monet répond : « Le paysage n’est qu’une impression  instantanée.. j’avais envoyé une chose faite au Havre de ma fenêtre, le soleil dans la buée, au premier plan quelques mâts de navires pointant…On me demande le titre pour le catalogue, ça ne pouvait pas passer pour une vue du Havre, je réponds : « Mettez Impression. »

 Edmond Renoir qui dirige le catalogue, ajoute « soleil levant. La pochade est vendue 800 francs au collectioneur Ernest Hoschedé, puis la toile passe entre les mains de divers propriétaires et sa course se termine au musée Marmottan où elle est dérobée en 1985. Retrouvée 5 ans plus tard, elle a regagné sa place au musée.

Ces nouveaux peintres se jetteront dans la voie du paysage réaliste ouverte par Gustave Courbet, Pissarro…. Ils seront rejoints par Berthe Morisot…et plus tard, arriveront Bonnard, Van Gogh, Corot, Gustave Caillebotte, Gauguin, Seurat, Signac.

Finalement, l’époque va évoluer, tous ces nouveaux artistes-peintres finiront par avoir raison des règles anciennes et du conservatisme, leur art enchantera les foules, se transformant en tendances  fauve , cubiste,  dada,  surréaliste...

Il n’empêche que dans tous les grands musées, on retrouve des tableaux impressionnistes qui attirent, toujours, un important public, que ce soit au musée d’Orsay, à l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ou que ce soit au musée américain de Giverny, devenu  musée des Impressionnismes, etc…

Il resterait beaucoup à dire sur l’art pictural depuis le bouleversement apporté par des artistes audacieux qui se sont imposés à la fin du XIXiè siècle, en faisant éclater les carcans qui les contraignaient. Pour bon nombre d’entre eux, Renoir, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Bonnard, Berthe Morisot, Caillebotte, plus tard Van Gogh, Gauguin et, ensuite, Matisse, Picasso…tous ont profité de cette révolution et leur peinture évoluera vers d’autres formes d’art pictural.

Les tableaux impressionnistes, dans les musées ou les expositions, attirent, toujours, les foules à travers le monde entier

     

Jacques Lannaud

 

 



17/07/2021
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