Terre de l'homme

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Vallée ou Valech, discussion(s) autour d'une banale "suggestion" citoyenne.

 

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Le Valech à Grives 01

 

Phréatique, inerte, rebelle ou indomptable, paisible et surprenant est le cours d'eau qui, à Grives, reçoit le Fonbounou et le Spontou. Le Valech, du Dictionnaire de Gourgues, nommé depuis 1462, la Vallée, identifiée en 1785 par Belleyme, l'ingénieur et cartographe de Louis XV, sait surprendre ses riverains par ses colères.

https://terres-de-nauze.blog4ever.com/les-pluies-de-nivose-ont-relance-le-valech

Photo © Bruno Marty

 

 

Le pont de Grives au printemps.

Photo © Pierre Fabre

 

 

La Vallée

 

Le modeste cours d'eau qui cisèle les collines de Saint-Laurent-la-Vallée à Siorac-en-Périgord, depuis plus d'un siècle, est appelé La Vallée. Le toponyme de Saint-Laurent-la-Vallée, lui, remonte à 1903. Les exécutifs municipaux des six communes qui sont ses riveraines ont bien voulu examiner, favorablement ou négativement, une proposition citoyenne visant à revenir sur cette dénomination en s'interrogeant sur le rétablissement de son hydronyme historique. Carves est la dernière à ne pas avoir encore pris de décision. Cela devrait être chose faite, au cours de la prochaine réunion du conseil municipal.

 

Rien n'est franchement joué et on pourrait imaginer deux concepts se tutoyant à une unité près.

 

P.F

 

 

 

 

Depuis le 20 mars, premier jour du printemps, l'eau coule à nouveau sous la passerelle d'Écoute-s'Il-Pleut. Le lit était à sec depuis les derniers jours du printemps 2022.

Au centre de l'image, on aperçoit le tracé du sentier, en fait c'est le chemin rural qui relie Fongauffier à Carves par la Banne et Le Mas, on devine, sous les traverses, le déversoir à sec du canal d'amenée. L'écoulement du cours d'eau, pour l'heure, est bien trop faible pour le voir en eau.  

Photo © Pierre Fabre

 

 

Le 5 février 2004, photo © Pierre Fabre, on voit nettement la confluence du déversoir et du cours d'eau. Les traverses enjambent le déversoir. La passerelle, elle, a été changée.

 

 

Renaissance d'un hydronyme ou échec.

 

En s'appuyant sur l'emprunt de l'hydronyme Valech, il apparaît cohérent d'oser tenter de le proposer pour renommer le cours d'eau karstique dont le talweg entaille les collines de Saint-Laurent-la-Vallée à Siorac.

Pourquoi se lancer dans cette aventure singulière ? Peu importe les errements qui, depuis plus d'un siècle, définissent ce cours d'eau. Peu importe les documents géographiques qui le définissent, ou mieux ses riverains qui, depuis tant de décennies, le désignent la Vallée. Cette terminologie est parfaitement correcte pour situer ce corridor. Cette formulation s'avère parfaitement juste au niveau du relief. Notons cependant qu'elle manque un peu d'originalité. La vallée, avec une minuscule ou une majuscule, cible parfaitement le creuset d'un cours d'eau ; la Vallée de la Dordogne, de la Vézère, du Céou, etc, etc.

 

Peut-on trouver pertinent la recherche d'un hydronyme bien nommé qui personnifie correctement chaque cours d'eau. L'Énéa, le Caudeau, le Céou ou la Couze sont clairement identifiés non seulement par leurs riverains mais aussi par les résidents des bassins adjacents. Tout le monde sait que, depuis la nuit des temps, bon nombre de petits cours d'eau portent le même hydronyme. Les raisons majeures sont que les critères qui ont prévalu, s'appuyaient sur les mêmes apparences. La Belle, en Poitevin-Saintongeais, a un homonyme en Périgord Vert. De multiples cas d'homonymie doivent -et peuvent- être trouvés. Citons l'exemple des Beuze(s) rencontrées dans le bassin de la Vézère ou de la Nauze. À Nice, le Paillon, fleuve côtier méditerranéen, réunit le Paillon de Saint André, le Paillon de Contes et le Paillon de Laghet. Dans l'ouest, pour nuancer l'homonymie, on a ajouté une épithète aux deux Sèvre(s), avec Sèvre nantaise et Sèvre niortaise.

On ne compte plus, sur les cartes IGN, les hydronymes "Ruisseau d'Aurival, Ruisseau de St Geyrac", etc, etc. Un Ruisseau de la Vallée, Ruisseau de Saint Laurent*, Ruisseau de Grives*, épousant la même logique lexico-géographique que le Gave de Pau ou le Gave d'Oloron, aurait certainement été plus identificateur que la Vallée. 

* Le Ruisseau de Saint Laurent aurait pointé le site de sa plus haute source ; Le Ruisseau de Grives, lui, aurait pris appui sur l'unique bourg traversé par son écoulement avec la double confluence de ruisselets adjacents, le Fonbounou et le Spontou.

 

Daudet, en écrivant "Le petit Chose", qui a ému tant d'adolescents, donna à son autobiographie, le manque d'originalité dû à un professeur qui le "figura" par l'insignifiance. Quand on ne connaît pas le nom d'une personne, on cherche Truc, Machin, Chose ou autre. Donner Vallée pour nommer un cours d'eau, c'est manquer d'originalité. Imaginons que les Alpins et les Provençaux aient pris, au cours des siècles, l'habitude de dénommer leur sillon majeur, Le Fleuve, celui-ci aurait eu moins de proéminence géographique ou littéraire.

Localement, nos ancêtres ont donné le nom de Rivatel au ruisseau larzacois, cette dénomination est  une répétition. Rivatel vient de l'occitan et désigne un ruisseau. Cet humble cours d'eau n'a pas d'homonyme dans son voisinage et, hormis les occitanistes, peu de gens connaissent l'étymologie de ce creuset collinaire.

 

Pour personnaliser le cours d'eau qui relie Saint Laurent à Siorac, rien n'interdisait de se pencher sur les hydronymes antérieurs et de suggérer la restauration de celui qui peut paraître le plus adéquat. Valech, talweg humide, paraissait le plus cohérent.

 

Si la forme des toponymes relève des édiles, voire du Conseil d'État en cas de contestation, il n'en est rien pour les hydronymes qui sont conçus par les usages locaux. Ainsi, le modeste Raunel, cours d'eau qui entaille les reliefs de Vielvic à Raunel, lieudit monplaisano-sioracois, n'avait pas d'autre nom que Ruisseau de Monplaisant. C'est au début du siècle précédent, qu'André Delpeyrat, alors instituteur à Monplaisant, proposa Raunel. Il faisait de l'humour. Il voyait là un tout petit, mais vraiment petit, Rhône. Aujourd'hui, personne ne conteste le Raunel.

 

 

Les conseils municipaux de Grives, Sagelat et Siorac ont admis que le ressourcement paraissait conforme à une réappropriation de la terminologie du Dictionnaire de Gourgues. Dans le Périgord, il paraît être une référence sérieuse. La perception fut toute autre à Saint Germain où elle fut rejetée à l'unanimité et à Saint Laurent, le conseil municipal, à l'exception du premier magistrat qui s'est abstenu, en a fait de même. 

 

Il faut bien admettre que l'unanimité ne s'est pas franchement  dessinée.

Les conseillers municipaux suivent en général le maire quand la consultation se fait en tour de table, ce qui laisse entendre qu'à bulletins secrets, le résultat aurait, peut-être, été différent.

 

Rappelons les positions défavorables, favorables et autres.

Nombre d'élus des communes riveraines 11 x 5 = 55 +15 = 70

 

Rejet unanime à St Germain 11

Rejet quasi-unanime à Saint-Laurent 10. Le rapporteur, Guillaume Saphary, ne trouvait pas l'idée déraisonnable mais craignait pour le toponyme du bourg de Saint-Laurent-la-Vallée, qu'il tient à garder en l'état. Il n'a cependant jamais été question d'aller au Conseil d'État pour changer, une nouvelle fois, le nom de la commune.

 

Unanimité pour revenir à l'ancien hydronyme, acquise à Siorac, Sagelat et Grives soit 15 + 11 + 11 = 37. La majorité absolue est donc de 36.

Abstention à Saint Laurent 1

Le Conseil municipal de Carves, 11 élus, dans le courant du mois d'avril, devrait se déterminer sur ce thème.

 

Laissons donc passer cette dernière étape et, après, il sera permis de voir si l'on doit renoncer, par mesure d'apaisement car il paraît difficile d'exploiter une majorité qui pourrait être étriquée au maximum, ou si l'on poursuit, par exemple en consultant les résidents des six communes concernées.

 

 

08 Blog - Le Valech longeant la RD.jpg

 

Carves. Le  lit de la Vallée ou du Valech, épouse sur 200 m le tracé de la R.D. n° 51. Au niveau Cambou, le lit de la Vallée ou du Valech est très légèrement au-dessus du talweg.

Photo ©  janv 2018, Bruno Marty

 

 

 

Le pont des Fargues.

Photo © Pierre Fabre

 

 



02/04/2023
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