Terre de l'homme

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De belles gens, suite, épisode n° 4, par Françoise Maraval

Retrouvons l'autofiction de la fresque familiale de Françoise-Marie. Notre chroniqueuse, certainement, arrange à l'envi ce qu'elle a entendu dans le "cantou" cypriote de ses parents. Avouez qu'elle s'en tire fort bien et que sa fresque nous enchante. Des Cypriotes qui ont su prendre pied dans leur siècle, cerise sur le gâteau, en traînant le fil rouge d'une belle histoire d'amour, cela vaut bien du Pagnol à La Treille.  

 

 

De belles gens

 

 

 Épisode 4

 

                                                                  

Résumé : En 1905, à Saint-Cyprien, village du Périgord noir, Emma-la Bordelaise-et Arthur-le Cypriote- ont dansé ensemble toute la nuit…

 

 

Emma et Arthur

 

                                 

 

Emma

 

Emma

Charles

 

Arthur

 

 

 

De retour à Bordeaux, Emma essaie de reprendre ses habitudes. Mais il plane autour d’elle une invitation à la rêverie. La jeune fille est distraite. Madame a peur d’avoir compris : notre Emma est amoureuse. Il fallait s’en douter, elle ne restera pas toujours à notre service. Deux ans se sont écoulés depuis l’arrivée de cette jeune fille presque parfaite. Il va en avoir de la chance, cet homme ! Madame Anderson ne peut s’empêcher d’être inquiète. Bien sûr, Emma a le droit de les quitter et, en plus, le doute l’envahit : sa protégée a-t-elle fait la bonne rencontre ?

 

Peter et Elizabeth s’interrogent sur la façon d’aborder le problème, ils veulent agir en amis. Pourquoi ne pas inviter Aline, la maman d’Emma ?  Ou encore, pourquoi ne pas attendre le prochain départ de la jeune fille pour la Dordogne et décider de la conduite à mener à son retour. Ils attendront.

 

A son retour, Emma est radieuse, elle a passé la journée du dimanche avec Arthur et elle a lu dans ses yeux qu’il était amoureux. La rencontre s’est déroulée avec un profond respect, il lui a pris la main, l’a attirée contre lui avec beaucoup de délicatesse et lui a volé un baiser.

 

C’est décidé, les Anderson invitent Aline. Ils ont besoin de savoir pour la bonne marche de leur maisonnée et pour la sécurité de leur chère Emma. La mère et la fille sont heureuses de se retrouver. Elizabeth pose ouvertement la question à madame Destal. Aline sait que les jeunes se plaisent, mais le jeune homme ne s’est pas engagé : leur rencontre est très récente. Le problème reste entier. Pourquoi ne pas attirer Arthur à Bordeaux ? Ou encore mieux, pourquoi ne pas aller à Saint-Cyprien ? La Royce ne sort pas beaucoup, il faut la faire rouler.

 

Le départ pour Saint-Cyprien est décidé. Des chambres sont réservées à l’hôtel de la Poste. L’arrivée de cette magnifique voiture révolutionne le village. Arthur est en première ligne. Il fait très bonne impression, tout en restant à l’écart. Il comprend qu’Emma doit se consacrer aux enfants. La première sortie des Anglais est pour la «gravette». François et Marie sont bouleversés : la mémé leur offre le café et des gaufres roulées qui font le bonheur des enfants. Ils goûtent à cette boisson pétillante à l’orange : le «lithiné». Avant leur départ, le grand-père descend voir la voiture, il se frotte le menton tout en tournant autour. Peter lui propose de le faire monter pour une balade, François n’ose pas et, en plus, on va le prendre pour un orgueilleux.

 

                       

 

Voiture

 

 

     De retour à l’hôtel, Peter demande la permission de réquisitionner Arthur pour une partie de pêche. En cinq minutes, les vélos sont prêts, équipés du matériel de pêche. Le jeune Maurice Janot est de la sortie : sa présence rassure Arthur.

 

 

Roclong

 

  La Dordogne à " Roclong "

 

                                              

 

En remerciement, Arthur est invité à Bordeaux pour Noël : tout est arrangé avec le patron de l’hôtel et de receveur de la Poste. Arthur ne sait pas ce qui lui arrive, il est sur un nuage.

Emma a peur qu’il se sente piégé. Mais voilà qu’un pressentiment trouble madame Anderson, elle pense être enceinte et en aura la confirmation ou pas, pour les fêtes de fin d’année. Elle continue à être inquiète ; il faudra trouver une nurse pour l’arrivée du nouvel héritier et peut-être aussi pour remplacer Emma. Pour soulager son fardeau, elle trouve le moment idéal pour se confier à son mari. Peter partage son inquiétude : encore un mois et ils seront fixés.

 

Pour les fêtes, l’appartement du cours de l’Intendance est magnifique. Arthur a déjà vu des arbres de Noël à l’hôtel de la Poste, mais comme celui-ci, sûrement pas ! Monsieur en a lui-même assuré la décoration, c’est très « british », très beau. Les repas honorent la cuisine française, excepté le fameux  "pudding" que la grand-mère des enfants, arrivée de Londres, a confectionné avec amour. John et Kate découvrent leurs cadeaux. Emma reçoit de la part des Anderson, une étole en renard roux, assortie à sa chevelure et Arthur, une cravate dernier cri. Dans l’intimité, les amoureux échangent leurs présents : Emma a choisi une magnifique chemise pour son bien-aimé, elle ira très bien avec la cravate de Madame. Quant à Arthur, il tend à sa belle, un bien petit paquet : des dormeuses en or en forme d’églantine. N’est-ce-pas gage de promesse ? Quand on comprend que les sentiments sont forts, il faut le faire savoir à sa bien-aimée.

 

Alors Peter et Élisabeth annoncent la grande nouvelle : John et Kate vont avoir un petit frère ou une petite sœur. Les enfants applaudissent, suivis de toute l’assemblée. Les soucis seront pour demain…

 

Arthur est traité comme un roi. Dès le lendemain, Monsieur l’emmène sur les quais, dans ses entrepôts. Il lui explique comment s’articule son entreprise et, au final, lui propose un poste à responsabilités. Le jeune homme remercie mais il est trop attaché à son terroir, il ne veut pas être déraciné. Tout ce bruit l’affole, sa vie ne peut pas être là. Peter est déçu : il aura essayé.   

 

 

Quai des Chartrons vers 1905

 

 

Le quai des Chartrons vers 1905

                                             

     Tous ces événements, vous vous en doutez, vont précipiter la décision d’Arthur. Emma n’a que des qualités, ses patrons auront tout tenté pour la retenir : c’est une perle ; et, bien sûr, il la désire ardemment ! Dès le lendemain, Arthur parle de fiançailles : l’heureuse élue est très émue et a du mal à contenir ses larmes de joie. Mais il reste un point crucial à éclaircir et qui peut tout remettre en cause : le lieu du domicile conjugal. Emma opte pour Saint-Cyprien, Arthur est soulagé. Il comprend que sa belle vient de lui donner une véritable preuve d’amour. Tout est allé très vite : c’est décidé, les fiançailles auront lieu au prochain printemps.

 

 

                                                           COUMMO T’AIMI

 

                                                           T’aimi coummo s’ere l’estelo

                                                           Que me faï veire moun comi,

                                                           T’aimi perque s’es lo pus bello

                                                           Que degun pus n’o vit oyci.

 

                                                           T’aimi que podis pus m’enclaoure,

                                                           Et me senti veni folour !

                                                           Que l’an deourio plantse lou paoure

                                                           Tsous lo bolesto de l’omour.

 

                                                           Docteur BOISSEL « Estutsi mo plumo »

                                                                       en parler sarladais.

 

                   COMA T’AIMI                                                             COMME JE T’AIME

 

            T’aimi coma s’eres l’estèla                                        Je t’aime comme si tu étais l’étoile

            Que me fai veire mon camin,                                    Qui me guide sur le chemin,

            T’aimi perque sès la pus bèla,                                   Je t’aime comme la plus belle

            Que degun pus n’a vist aici !                                     Qu’on ait jamais vue dans le coin

 

            T’aimi que podi pus m’enclaure                                Je t’aime plus que de raison,

            E me senti venir falord !                                             Je sens la folie me gagner !

            Que l’am deuria plànger lo paure                               Plaignez donc le pauvre garçon

            Jos la balèsta de l’amor.                                              Que tant d’amour a transpercé.

 

Mise en graphie normalisée

 

La demande en mariage officielle a lieu à « la gravette » en présence d’Aline, la maman d’Emma, de ses frères Marcel et Henri, des grands-parents François et Marie et de toute la famille Maraval. Évidemment, les « Maraveaux » auraient préféré Madeleine, l’héritière de l’hôtel de la Poste, mais Arthur n’a accepté aucun commentaire. Lui seul décide de son avenir : il faut qu’ils restent à leur place.

 

Ainsi , un beau dimanche d’avril, le quartier de « la gravette » est en fête : on y danse jusqu’au petit matin pour clore cette journée passée à table. Une tablée de cent convives : famille, amis, voisins, personne n’a été oublié. Foies gras, cous farcis, grillons de canards, poules-au-pot et leurs miques, carpes farcies de la Dordogne, cabécous, cantal, gâteaux aux noix, gaufres, café et prunes à l’eau de vie, tout cela arrosé de vins du pays.

 

 

En gage d’amour éternel, Emma reçoit, dans un écrin de satin rose, une bague enchâssée d’une émeraude, justement de la couleur des yeux d’Emma. Ah ! la fierté de la fiancée, que de promesses dans cette bague...



08/09/2021
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