Terre de l'homme

Terre de l'homme

Il n'a pas été reconnu, mais "Terre de l'homme" dévoile son nom..

Quelques mots sur Hourmières, un fort beau patronyme. On n'a pas besoin d'être un féru d'onomastique pour le relier à l'orme. Cet arbre, d'une belle élégance  rustique, a donné l'ormaie, ou ormoie, lieu planté d'ormes et aussi tous les toponymes et micro-toponymes d'Ormoy, dont Ormoy-Villers, bourg en lisière du Bois du Roi, bosquets épars de la forêt de Compiègne, qui fut un nœud ferroviaire capital au moment de la Guerre de 14 quand la Grosse Bertha menaçait et terrorisait notre capitale.

 

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Roger Hourmières, personnage non reconnu par le lectorat de "Terre de l'homme", naquit au bord de la Loire, à Tours, le 12 novembre 1922.

 

 

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C'est très tôt qu'il devint périgourdin.

 

Avant les hostilités de 1940, avant d'être interpellé par l'histoire, il entra, comme auxiliaire, aux chemins de fer, à Siorac-en-Périgord. Siorac, à cette époque, dépendait de la circonscription n° 33 basée au Buisson. En juin 1943, après s'être soustrait des griffes du S.T.O,  il rejoignit les F.F.I. sur le chemin de la Résistance jusqu'à l'apaisement du 31 août 1944, qui s'imposa après la libération du Périgord.

 

Retrouvant la sérénité à la S.N.C.F., entreprise nationale récente créée en 1938 par le Front populaire, dans cette période de renaissance, il prendra ses fonctions de facteur-mixte à Villefranche-du-Périgord ;  et, dans cette petite mais active gare aux accents forestiers, des Hauts de Lémance, il gagnera ses étoiles de facteur-enregistrant avant de s'échapper, en 1958, vers le nord, au pied du castrum belvésois, là où X. Carrère qui partait en retraite dans son pays d'Albret, en pleine confiance, lui a remis les clés de la gare pour une période de près d'un septennat.

 

Couze

 

Roger Hourmières sur le quai de la gare de Couze. On aperçoit l'abri voyageurs qui, sur la voie n° 1, servait en cas de croisement. 

 

 

En 1964, Il troqua son bandeau nuancé d'étoiles dorées et blanches de chef de gare de sixième classe pour celui homogène de quatre étoiles dorées concrétisant sa promotion à Couze, de chef de gare de cinquième classe. La gare qui est sur la commune de Lalinde, à deux pas du Port de Couze, à l'époque, était une gare très active. C'était l'ouverture ferroviaire du pôle industriel du pays lindois.

 

 

Coiffe sncf - Des histoires de trains... - Le Web des Cheminots Casquettes SNCF

 

À gauche, une coiffe de chef de gare de sixième classe et, à droite, une coiffe de chef de gare de cinquième classe. On pourra noter la disparition du logotype qui, jusqu'en 1968, entrelaçait l'acronyme du chemin de fer. Il fut adopté lors de la création de la S.N.C.F. Pour beaucoup, il était une belle figure de style. On y trouvait le S de société, symboliquement il faisait corps avec le F qui, tout à la fois, associait le fer du chemin de fer au F de notre pays, le N de nation, la SNCF assembla en 1938 l'ensemble des compagnies ferroviaires, et enfin le C de chemin qui encadrait le tout.

 

Dans l'imagerie populaire, la coiffe a tenu une place plutôt importante. Héritage d'un plagiat para-militaire, cette partie de la tenue, au fil des époques, a perdu beaucoup de son panache. D'aucuns jugeaient, à tort, la hiérarchie du "chef de gare"* à la couleur de sa coiffe. Ils pensaient que la blancheur de son couvre-chef, dans les gares tant soit peu importantes, signait avec le blanc une affirmation hiérarchique. C'était parfaitement erroné car, jadis, il ne s'agissait pas de donner un panache blanc stigmatisant la hiérarchie mais de repérer l'opérateur sécuritaire qui a changé plusieurs fois de dénomination : chef de gare, chef de sécurité, agent circulation, banalisé, dans les gares importantes, chef de service.

Dans les grandes gares, les chefs de gare étaient dispensés du port de la tenue. De nos jours, sécurité aidant, on peut apercevoir ces personnages sur des chantiers, revêtus d'un gilet fluorescent.

 

N'oublions pas que si le blanc peut symboliser, tout à la fois la virginité et l'innocence, il personnifie aussi la rigueur et l'autorité.

 

* La terminologie de chef de gare qui, pour beaucoup, désigne le personnage catalyseur d'une gare, a pris, au cours des ans, des missions différentes. Le chef de gare n'est pas systématiquement, dans un site ferroviaire, le personnage supposé. "On" a voulu inventer dans la société, des substantifs plus ou moins solennels pour identifier les acteurs de la vie courante. Les maîtres d'école sont devenus des instituteurs, puis des professeurs des écoles. Les chefs de gare, eux aussi, ont connu des "ajustements de forme" mais, dans l'esprit populaire, ils demeurent toujours associés à cette terminologie plus que séculaire. 

 

 

Retour en quelques mots sur la période belvésoise. Là, Roger partageait les activités de cette petite gare avec deux collègues qui, eux aussi, laissent gravées de superbes images dans ce corridor nauzérois. Roger était l'aîné du trio. Gabriel Eymet était pour trois ans son cadet et, le plus jeune, André Brun, avait déjà deux belles années de séjour dans ce site. Si Villefranche était une gare forestière, Belvès avait la particularité d'être la gare apicole de son secteur. Le train nocturne emmenait avec lui, bien des envois d'abeilles vers d'autres ruchers.

Belvès était aussi une superbe gare fleurie. Elle obtint, le 10 septembre 1962, le prix hors concours des maisons fleuries lors de la fête de la localité. C'est Gabriel Eymet qui reçut le titre de Maurice Biraben, l'édile du moment. Roger s'effaça. Il tint à ce que cette distinction soit partagée par le trio, par amitié et modestie, sans doute, mais aussi pour faire savoir que l'entretien horticole était une prérogative collégialement partagée.

 

Roger s'était parfaitement adapté au Périgord, allant même jusqu'à comprendre certaines expressions des derniers locuteurs occitans. Au pied de la colline Saint Georges, il a épousé Fernande Chaudourne, une authentique couxoise, le 20 octobre 1947. Cela fera donc 75 ans dans quelques semaines. Cette union attendra sept ans pour trouver son point d'orgue avec la venue de Marie-Joëlle.

Siorac, Villefranche, Belvès et Couze, pour Roger, ont donc été les théâtres marquants de ses pérégrinations ferroviaires.

 

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Roger obtint la médaille du travail, échelon argent, le 5 janvier 1968. Son titre est signé de Jean Chamant, le ministre du travail de l'époque... dont le nom échappe certainement, aujourd'hui, à beaucoup d'entre nous. Il était proposé pour la médaille vermeil mais, pour quelques mois, celle-ci ne lui fut pas remise.

Roger passait aussi pour un ami de la nature et du jardinage. Avec amour, il entretint, jusqu'à son départ prématuré, une passion horticole sur son promontoire de l'Aurival.

 

 

 

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L'union de Roger Hourmières et de Fernande Chaudourne fut célébrée le 20 octobre 1947 au Coux. 

C'est Alphonse Larrue, le maire couxois de la Libération, reconduit dans la vague libertaire, dans ses fonctions après les élections de 1947, qui officia pour le mariage. Paul Veyssière et Pierre Regaudie furent les témoins de cet hyménée.

 

Il reste à remercier Marie-Joëlle pour son appui pour le billet rétrospectif de son père qui fut une figure largement appréciée de ses collègues, notamment Roger Mespezat, Pierre Dayres et Francis Castillon, et de ses voisins.  

 

P-B F 

 

 

Lecteurs et amis de ce lien, le billet de ce jour revient sur un personnage disparu depuis 47 ans. Il n'est pas certain que cette forme de "comeback" soit appréciée de tous. La fenêtre commentaire est là pour vous exprimer, nuancer, voire si cela vous paraît opportun, en désapprouver l'esprit.

Si vous avez des souvenirs sur un, ou plusieurs, personnage(s) de votre, de notre, bassin de vie, vous aimerez relater ces  chroniques, annales ou "biographies". Vos contributions seront naturellement les bienvenues et si vous le souhaitez, bien entendu, elles seront publiées.

Les personnages peuvent être des voisins, des gens sans histoires, que l'on rencontrait au quotidien, des amis ou des personnes qui n'ont jamais défrayé les chroniques mais qui, par leur savoir-faire ou leur savoir-être, méritent que l'on parle d'eux. Ils peuvent avoir été sage-femme, géomètre, maréchal-ferrant, bûcheron, couturière, garde-champêtre, etc. Peu importe...

Si vous n'osez pas parce que vous avez, peut-être, besoin d'un coup de pouce, n'hésitez pas à proposer vos projets à catherinemerlhiot@gmail.com qui trouvera bien un filon d'assistance.

Pour qu'un billet ait une résonance, il convient de pouvoir l'étayer, au moins, d'une image qui peut être celle du personnage à présenter, c'est vivement souhaité, ou celle de son décor familier, un ponton pour un pêcheur, un atelier pour un artisan, un logo de professionnel ou autre.

 

"Terre de l'homme" se réjouirait de donner vie à tous ces anonymes qu'il convient de garder dans nos souvenirs.



03/08/2022
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