Terre de l'homme

Terre de l'homme

Sur le chemin de l'école.

 

 

 

 

 

Avoir réponse à tout ? · Galilée.sp

 

 

Si, aujourd'hui,  tout au moins en Occident, "on" ne se pose plus de questions sur la nécessité impérative d'envoyer les enfants à l'école, il faut bien se dire qu'il n'y a pas si longtemps, cette obligation n'apparaissait pas d'une évidence absolue.

 

Personnellement, j'ai entendu dire que, dans ma famille paternelle, à la fin du XIXème siècle, mon aïeule "osa", lors de son mariage, apporter son patronyme sur l'acte d'état civil, tandis que grand-père en était parfaitement incapable. "On" pensait, dans cette famille nombreuse, qu'il fallait, prioritairement, envoyer à l'école les garçons parce que les servitudes militaires allaient les appeler à partir, je ne sais où. Pour aller à l'école, il fallait s'habiller, avoir des sabots en état acceptable, acheter quelques fournitures scolaires, parfois faire de longs chemins pour atteindre la maison d'école. Ces implants tout récents  souvent, très souvent, surgissaient en unique bâtiment patrimonial des plus petites communes rurales.

 

Le pire, peut-être, pour eux, était d'affronter les humiliations des écoliers les plus aisés, mieux habillés, qui parlaient français et avaient un regard empreint de supériorité. Quand on est "fils" de riches paysans, on a un tant soit peu de complexe de supériorité en considérant les enfants des journaliers, bordiers ou métayers.

 

______________________________

 

 

Michel Peyramaure — Wikipédia

Michel Peyramaure raconte combien étaient difficiles les débuts d'une jeune institutrice laïque, en 1913.

 

https://www.google.fr/search?q=michel+peyramaure+l%27orange+de+noel

 

 

À la fin de l'été de 1913, Cécile Brunie, toute jeune institutrice, arrive à Saint-Roch pour y prendre possession de son poste. Dans ce petit village de la basse Corrèze où le curé fait seul la loi et où prospère une école congréganiste, elle est accueillie comme le diable en personne.
Nul ne doute que, comme ses prédécesseurs, elle ne puisse tenir que quelques mois devant le redoutable abbé Brissaud qui, chaque dimanche, tonne contre l'école sans Dieu et ses suppôts.

Mais Cécile fait front, résiste aux injures, aux provocations, aux calomnies et, peu à peu, par la compétence, sa patience et son courage, gagne la confiance au village et voit se peupler son école au détriment de l'établissement religieux.

Au terme d'une année terrible, sa victoire aura le visage heureux de la petite Malvina Delpeuch, que chacun considérait comme une demeurée et qu'elle aura réussi à conduire jusqu'au certificat d'études, suprême consécration en ces temps-là et en ces pays-là.
C'est Malvina, devenue elle-même institutrice, qui, bien plus tard, raconte cette histoire. Malvina n'a rien oublié de cette année de son enfance misérable et méprisée, ni de cette jeune femme fragile qui lui a ouvert les portes du savoir et de la dignité.
C'était en 1914 ; la guerre était là qui, avec les hommes de Saint-Roch, allait ensevelir le vieux monde rural sous les ruines...
Michel Peyramaure a écrit ici un roman où tout est vrai, où tout est juste. Une France toujours présente en nous resurgit dans ce récit qui illustre l'un des grands combats qui ont marqué son histoire. Et revit une époque, pas si lointaine, où l'orange de Noël était pour les enfants pauvres de Saint-Roch et d'ailleurs, le plus inespéré cadeau du monde.

 

L'Orange de Noël: Amazon.fr: Sophie Aubry, Jean-Yves Berteloot, Lys Caro,  Genevieve Rey Penchenat, Paul Le Person, Jean-Louis Lorenzi, Sophie Aubry,  Jean-Yves Berteloot: DVD et Blu-ray

 

L'Orange de Noël

 

En 1913, dans un petit village de basse Corrèze. Le combat d'une toute jeune institutrice honnête, énergique et obstinée pour rétablir l'école laïque, malgré la malveillance d'un curé autoritaire et les sarcasmes des paysans.

Date de sortie initiale : 1996

Réalisateur : Jean-Louis Lorenzi

 

 

___________________________

 

Grand-mère maternelle naquit en 1879, dans une modeste famille paysanne, certes, mais un tout petit peu plus aisée. De surcroit fille unique, elle eut la chance d'avoir un père qui admirait la République. Il fit le sacrifice de l'envoyer, en externe, au couvent, pour aller apprendre à lire, écrire et calculer, avec l'espérance, sait-on jamais, d'obtenir le certificat d'études et, ainsi, de  s'affirmer en nymphe paysanne dans le cercle rural  où ce diplôme en imposait. Mon bisaïeul avait dû taire son affinité avec la République pour envoyer son unique fille chez les sœurs, tout simplement parce que les fillettes devaient attendre que les autorités municipales aient créé des structures laïques pour les recevoir. Grand-mère, dans mon enfance, m'a dit bien des fois que chez les sœurs, les "demoiselles" avaient préséance sur les humbles paysannes. Grand-mère, par reconnaissance envers mon bisaïeul qui la quitta très tôt, quand elle avait seulement 12 ans, se fit appeler, sa vie durant, de son patronyme et non de son nom marital.

Dans les familles les plus modestes, si l'on réussissait à placer les enfants comme berger ou bergère ou autres petits métiers où l'on entrait dans la vie active dès le plus jeune âge, on estimait que, somme toute, ce n'était pas si mal. On imaginait certainement une "promotion sociale" eu égard à tous ces malheureux va-nu-pieds qui traînaient encore sur les chemins. Pensons aux petits ramoneurs qui devaient monter sur les toits alors qu'ils n'avaient pas 10 ans.

L'école, donc, n'était pas tout à fait le premier axe de réflexion des chefs de famille.

L'avancée républicaine de l'école laïque, gratuite et obligatoire fit donc son chemin surtout au XXème siècle quand les bâtiments communaux faisaient la fierté des édiles. Pour nos humbles structures rurales, ce fut au prix de sacrifices qui, certainement, n'étaient pas toujours compris et approuvés.

L'école est néanmoins devenue obligatoire.

 

Passons de la IIIème République aux  IVème  et  Vème Républiques.

 

L'interrogation portée sur cette année blanche des 13/14 ans de l'école primaire n'a obtenu aucune réponse des enseignants, si ce n'est des interjections, ah, ô, etc. Manifestement, ce détail ne les a pas du tout interpellés.

 

https://terre-de-l-homme.blog4ever.com/mais-ou-est-donc-passe-cette-annee

 

La réponse est donc venue de Renée dont Yves, son époux, né en 1931, brillant élève, quitta l'école en 1944 sous conditions impératives d'un engagement à prendre des cours d'agriculture par correspondance. Dominique, elle, obtint de sa maman, née en 1928, qui passa avec succès son certificat d'études avant d'avoir 13 ans, l'assurance qu'elle fut engagée, dès sa réussite au certificat d'études, comme ouvrière en 1941 à la filature de Lavergne. On fit l'impasse d'une déclaration aux assurances sociales qui,  probablement, n'aurait pas été recevable, sans que cela n'ait posé la moindre interrogation "sociale". Le régime du maréchal avait d'autres chats à fouetter.

"On" admettait que les lauréats du certificat d'études puissent, juste en aval de cette fin d'études primaires, commencer un apprentissage ouvrier en fermant les yeux sur l'obligation scolaire jusqu'à 14 ans.

 

Si les enseignants n'ont pas trouvé de réponse c'est, probablement, parce qu'il n'y en avait pas. On peut supposer que 80 ans après l'écriture de Germinal, le treizième roman de la série des Rougon-Macquart, le roman d'Émile Zola publié en 1885 imposait au législateur de s'opposer, par la loi, au travail prématuré des enfants. Le législateur a donc situé une amplitude impérative de présence scolaire pour les élèves du primaire qui n'accédaient pas au secondaire. Il n'a cependant pas lié cette amplitude au cursus des 7 niveaux.

Ce fut donc aux enseignants de combler ce vide. On ne parlait pas d'année sabbatique pour ce cas précis. Certains en ont profité pour préparer leurs élèves aux examens et concours qu'ils pouvaient tenter au cours de leur adolescence. Citons le concours d'élève de la SNCF, du niveau des classes de troisième d'antan. Il a hélas disparu dans les années 80.

 

 

P-B F

 

Ce lundi ne manquez pas : "La guerre du blé", par Pierre Merlhiot, un des sujets majeurs, avec celui de l'eau, hautement  préoccupant de l'avenir de l'humanité.

 



30/07/2022
5 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 254 autres membres