Terre de l'homme

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Le catharisme occitan

expulsion carcassone

 

 

Cet article rédigé collectivement (panneau 4 de l'exposition sur le catharisme, déjà citée dans ce blog - voir article Bienvenue Monsieur le majoral), vous donnera un aperçu de la vie quotidienne des cathares ainsi qu'un glossaire pour comprendre des mots qui nous sont peu familiers.

 

Pierre Merlhiot 

 

Dès le milieu du XIIème siècle, alors qu'au Nord s'allument des bûchers d'hérétiques, le catharisme trouve un accueil plus favorable en Occitanie où l'Eglise et pouvoir royal sont moins influents. Le Misi, régi par la féodalité comme la France du Nord, diffère cependant par ses modes de vie, son droit d'origine romaine, sa langue, son système seigneurial, sa culture et sa religiosité. C'est surtout dans la région toulousaine, partagée entre le comté de Toulouse, les vicomtés Trencavel et le comté de Foix que le catharisme s'épanouit et se structure au sein d'un type d' habitat original, le castrum.

 

 

troubadours

 

 

La société occitane

Dans ces villages fortifiés, où les rues s'enroulent autour du château ou de l'église, les trois ordres de la société féodale se côtoient : ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent. La noblesse ne vit pas isolée et riche dans un nid d'aigle imprenable à l'écart des habitants. En l'absence du droit d'aînesse, le pouvoir, les revenus et le château sont partagés entre plusieurs co-seigneurs, et cette large famille s'installe en ville à côté de la tour féodale, favorisant les échanges de tout ordre. Une autre société se dessine, avec sa propre culture mondaine et spirituelle, où les troubadours occupent une place de choix. La noblesse occitane, démunie par le partage des héritages, détourne à son profit la dîme réclamée par l'Eglise aux paysans. L'émergence d'une Eglise différente, indépendante de Rome, sans ambition politique ni exigence financière, trouve ainsi au sein des maisons nobles, un accueil bienveillant. Dans cette région où l'implantation monastique reste rare, "le christianisme cathare est apparu comme une manière particulièrement distinguée de faire son salut".

 

L'église cathare : un clergé et des fidèles

Les cathares constituent une véritable contre-église dissidente et organisée. Elle est composée d'évêques, assistés d'un fils majeur, d'un fils mineur et d'un ancien, de diacres, de Bons Hommes et de Bonnes Femmes qui sont les religieux cathares ayant reçu le sacrement d'ordination, le consolament. L' Eglise romaine les appelle parfaits ou parfaites pour les distinguer des simples croyants ou auditeurs. Les Bons Hommes portent la barbe et sont vêtus, en temps de paix, d'une robe sombre. Appliquant à la lettre les principes du catharisme - chasteté, interdiction de manger de la viande ou des oeufs, refus du baptême des enfants, rejet du serment - les Bons Hommes apparaissent comme plus fidèles à l'idéal apostolique que le clergé romain, jugé souvent immoral. Tout manquement à la règle de Justice et de Vérité entraîne d'ailleurs pour le Bon Homme, sa destitution, ainsi que la nullité des sacrements qu'il  a pu administrer. Mais, comme dans l'Eglise catholique, cette discipline rigoureuse destinée au clergé n'est en aucun cas une obligation pour les fidèles.

 

Etre cathare

Après avoir prononcé leurs voeux, les Bons Chrétiens et Bonnes Chrétiennes doivent travailler pour vivre. Leurs maisons sont des communautés religieuses mais aussi des ateliers ouverts au monde et à la société, où les croyants viennent y saluer un membre de leur famille entré en religion. Les Bons Hommes sont souvent tisserands, cordonniers, se prêtent aux travaux des champs ou de la vigne, les Bonnes Femmes filent la quenouille tout en récitant leurs prières. Ces prédicateurs visitent les maisons des croyants pour y commenter l'évangile dont ils possèdent un exemplaire en occitan, langue commune et accessible à tous. Entre croyants et Bons Hommes, s'échangent le melhorer et le baiser de paix. avant le repas pris en commun ; le Bon Homme le plus âgé enveloppe un pain dans une serviette posée sur son épaule, dit un Pater, et ce "pain de l'Oraison" est partagé entre tous.

Par son unique sacrement, le consolament, l'Eglise cathare ordonne son clergé et baptise les croyants à leur mort, les aidant à faire "une bonne fin dans leur Eglise" pour être accueillis au royaume du Père céleste.

 

Rituels cathares

Apparelhament : confession ou pénitence des Bons hommes devant les diacres de leur Eglise.

Consolament : unique sacrement de l'église cathare. Il est à la fois baptême, ordination (il est donné au croyant qui veut entrer en religion), extrême onction (il est administré au croyant à l'article de la mort), pénitence (le rituel commence par une demande de pardon). Ce baptême par imposition des mains, permet de recevoir l'Esprit saint. Dans la croyance cathare, les âmes ainsi consolées, réunies à  nouveau à leur Esprit, seront accuillies au royaume céleste, empêchant ainsi la Chute de se perpétuer.

Convenenza : accord entre l'Eglise cathare et les  croyants. Dans le contexte de la croisade, cet accord permettait aux croyants de recevoir le consolament même s'ils n'étaient plus en état de parler et de participer pleinement au rituel.

Endura : Période de jeûne qui suit un consolament. Ayant été ordonné par ce sacrement, le croyant doit donc suivre la règle de Justice et de Vérité qui interdit l'alimentation d'origine carnée. L'endura a été souvent faussement considérée comme un suicide mystique.

Melhorer ou Melhorament : salutation rituelle d'un croyant cathare à un Bon Chrétien.

Fléchissant trois fois le genou, le fidèle demande, à chaque fois, bénédiction et intercession au Bon Chrétien. Sa dernière demande est suivie de cette prière : "Bons Chrétiens, priez Dieu pour moi, qu'il fasse de moi un bon Chrétien et me conduise à une bonne fin...".

Règle de Justice et de Vérité : règle rituelle que s'engagent à suivre les Bons Hommes et Bonnes femmes. Viande, oeufs, lait et fromages ne peuvent être consommés ; poissons, huile, pain, fruits et légumes sont autorisés sauf en période de jeûne ou de carême. La chasteté est obligatoire, comme dans toute autre religion. Les Bons Chrétiens s'engagent à travailler de leurs mains pour vivre, à ne plus prêter serment, ni juger, voler ou tuer.

Castrum : ce mot désigne dans la France du Sud, un village fortifié. Autour d'un noyau central constitué par le château, l'église et le cimetière, les maisons viennent se masser, protégées par une enceinte.

Dîme : impôt sur la récolte prélevé par l'Eglise.

Parfait, parfaite : mot désignant, pour l'Inquisition, les religieux cathares (perfectus haereticus : parfait hérétique). Les croyants leur donnaient le nom de Bons Hommes, Bonnes Femmes, Chrétiens, Bons Chrétiens..

Bon Homme, bonne femme : nom donné par les croyants aux religieux cathares (on trouve aussi Chrétien, Bon Chrétien, Bonne Chrétienne).

 

 

 

 



10/01/2021
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