Terre de l'homme

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Matricule 14360

 

Témoignage de la Grande Guerre

 

 

 

Poilus 9

Troupes à bord du Provence (armée française d'Orient)

 

 

Françoise Maraval a retrouvé le livret militaire de son grand-père Jean-Lucien Marchive, soldat de la Grande Guerre ayant combattu notamment sur le front d'Orient.

À la veille de l'anniversaire de l'armistice, elle nous fait partager les pages de ce livret dont la sècheresse de style toute militaire ne fait que renforcer notre empathie.

 

"..aucun front ne fait l'objet d'aussi peu d'études que celui de l'armée d'Orient. C'est à coup sûr une injustice car loin d'avoir vécu une expédition exotique et agréable "la fleur au fusil", les soldats ont connu des souffrances terribles, autant si ce n'est plus qu'en France, les maladies, le climat et l'éloignement s'ajoutant aux combats proprement dits. Injustice aussi car de ce front d'orient sont venus les premiers résultats décisifs marqués par la cessation des hostilités avec la Bulgarie puis la Turquie, précipitant ainsi les armistices avec l'autriche-Hongrie puis avec l'Allemagne ".

Extrait du site Mission centenaire 1914/1918

 

 

Le livret militaire de Jean-Lucien Marchive illustre parfaitement la dure vie des  soldats de cette guerre oubliée qui fit d'énormes pertes : 700 000 morts, 45 000 blessés sans compter plus de 250 000 malades (paludisme notamment).

 

 

Jean-Lucien Marchive

né le 12 février 1892 à Lanouille (Dordogne)

soldat de 2ème classe

classe 12

matricule 14360

 

                                             

Services et positions divers antérieurs à l’incorporation aux troupes coloniales.

 

17 avril 1913 : engagé volontaire pour 4 ans à la mairie de Briveau titre du 6ème Régiment de Hussards.

21 avril 1913: arrivé au corps et hussard 2 ème classe.

2 juin 1913 : réformé n°2 à Commercy (Meuse) . R2 maladie non imputable à l’armée ( ici tuberculose).

 

En 1914 en raison de l’importance des pertes en hommes il y a création de Commissions de réforme.

 

Le  14 octobre 1914  Jean-Lucien Marchive est reconnu apte au service armé par la Conseil de Révision de Lanouille. Il est incorporé au 121ème régiment d’infanterie le dit jour.

                 

Lieu de recrutement : caserne de Montluçon ( Allier)

 

Il  fait partie de :

                                   . la 51 ème Brigade d’Infanterie

                                   . la 26 ème Division d’Infanterie

                                   . du 13 ème Corps D’armée

 

Jean-Lucien a participé à la bataille des Flandres en novembre et décembre 1914.

 

En 1915 il se trouve dans la Somme jusqu’en octobre 1915,

 

Le 26 avril 1915 : passé au 105ème Régiment d’Infanterie, il fait toujours partie du 13ème corps d’armée Il reste dans la Somme, secteur de Marquivillers.

Le 20 octobre 1915 il est admis à passer dans les Troupes coloniales au 20ème Régiment d’Infanterie coloniale .

 

Basé dans l’Oise à Mareuil puis il  participe à la bataille de la Somme.

 

Blessé le 6 octobre 1916 à Barlieux, au sud-ouest de Péronne : blessure au bras droit par balle, au tiers inférieur, fracture de l’humérus compliquée d’une plaie transfixante. Tissus atteints : peau, muscles, humérus.

 

Evacué à l’hôpital de région de Saint-Nazaire dans le Nord.

Déclaré guéri le 31 décembre 1916.

Permission de 7 jours.

                     

Le 11 janvier 1917 il rentre au dépôt.

Le 14 février 1917 il est passé à la 27ème compagnie.

Le 20 février 1917 il est passé au service de la subsistance au Q.G de ligne de Lannifis.

Le 2 mars 1917 il cesse le service de la subsistance. En réalité il a suivi un stage de bombardier et a obtenu la mention " Apte " .

 

Le 19 mars 1917 il est passé au 4ème colonial et est dirigé sur Toulon pour être embarqué pour l’Orient.

Le 3 avril il est débarqué à Salonique, affecté au D.I de la  16ème division coloniale qui prend position des pitons rocheux au ravin d’Orlé entre les divisions italiennes et les divisions russes, divisions alliées .

Attaque du piton rouge en mai 1917 contre les Allemands et les Bulgares. Les Français sont repoussés par les Allemands après un combat corps à corps très meurtrier.

 

En été 1917 le paludisme, fléau de la Macédoine, éprouve durement la 16ème division malgré l’absorption quotidienne de quinine. Jean-Lucien est évacué car malade du paludisme.

Le 20 septembre 1917 il part en France pour une permission de 30 jours .

Le 9 décembre 1917 : retour en Grèce et passé du 37ème colonial au 7ème colonial.

 

Avril 1918 : occupation de la Boucle de la Cerna.

Le 3 juin 1918 : Bataille de Verria. Blessé il est dirigé vers le dépôt des "éclopés de Mévolani" pour 15 jours de repos .

                      

Actions au sein de la 16ème Division Coloniale :

 

- août 1918 : rupture du front,

- occupation de Stroumitsa alors en Bulgarie ,

- prise de Sofia (Bulgarie) fin 1918,

- en janvier 1919 la Division arrive à Bucarest (Roumanie) et chasse les Allemands.

 

 L’Armée d’Orient a terminé la guerre 5 mois après l’Armée de France .

 

Le 31 mars 1919 arrivée au dépôt du 108ème régiment d'infanterie dont le casernement est à Bergerac.

 

Après examen médical le matricule14360 est mis en congé de démobilisation et ENFIN le 19 août 1919 il est mis en route isolément sur Saint-Cyprien avec un pécule de 349 francs .

 

                                                 Décorations :

 

  • décoration étrangère : Médaille commémorative de Roumanie, avec les remerciements de Sa Majesté Ferdinand 1er roi de Roumanie du 20 mars 1928.
  • décoration française : Médaille commémorative de l’Armée d’Orient attribuée le 25 février 1932 .

 

Mon grand-père a souffert du Paludisme avec des crises annuelles qui le clouaient au lit pendant plusieurs mois en attendant les progrès de la Science . En attendant avec 8 enfants il fallait faire bouillir la marmite...

 

L’Armée d’Orient est la grande oubliée de la Grande Guerre…

 

Françoise Maraval

 

PS : A lire Capitaine Conan de Roger Vercel, prix Goncourt 1934.

 

L'écrivain Roger Vercel engagé et blessé sur le front de France durant la première Guerre Mondiale servit ensuite sur le front d'Orient dans l'Armée de Salonique et ne fut démobilisé que nettement après l'armistice de Novembre 1918, après que son unité ait été redirigée vers la Crimée dans le cadre de la politique anti-Bolchévique du "cordon sanitaire" voulue par les gouvernements alliés de l'époque. C'est de cette expérience assez amère de soldat d'une "guerre oubliée" qu'il a tiré la substance de son roman  Capitaine Conan, adapté au cinéma par Bertrand Tavernier.



10/11/2020
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