Terre de l'homme

Terre de l'homme

Tomber dans le panneau

 

Panneau ciblé

 

Photo © Pierre Fabre

 

 

Les touristes, en arrivant à Belvès, peuvent être surpris par le panneau qu'ils découvrent en arrivant dans cette cité. Les guerres de religions entre papistes et réformés sont néanmoins loin dans le passé de cet oppidum. Là, la quiétude du castrum fut troublée, une nuit, par les hommes d'un ami d'Henri IV, Geoffroy de Vivans. Ce seigneur de Doyssac, qui n'était pas un tendre, loin s'en faut, voulut imposer sa "foi" luthérienne aux papistes mal protégés au sein de leurs remparts. Une brèche fut donc taillée dans cette enceinte lapidaire par ses hommes de main et Belvès dut changer, pour un temps éphémère, de guide spirituel. Que les touristes se rassurent, il ne s'agit pas non plus d'ultimes échanges de coups de feu entre les intrus qui ont quitté le Périgord le 18 août 1944 et les partisans. Quand nos voisins de l'autre rive du Rhin poussent jusque-là, ils sont aujourd'hui accueillis, à bras ouverts, dans les gîtes, les fermes-auberges et autres.

 

Ce panneau malmené, ce printemps, le fut, semble-t-il, par le tir d'un contestataire. Il donne à penser qu'il a toutes les probabilités de signer un acte colérique émanant d'un réfractaire au changement de nom de la localité.

 

Panneau

 

Le tireur s'en est pris au nouveau panneau et a laissé son équivalent  dans le calme de la sortie de la localité.

Photo © Pierre Fabre

 

Revenons à la genèse du changement de toponyme.

Le conseil municipal peut demander au Conseil d'État le changement du nom de sa commune. Ensuite, c'est la Commission de révision du nom des communes qui statue. Une commission dont l'un des membres représente la Poste : en effet, l'organisme doit s'assurer que le changement ne perturbera pas les services publics. 

Sans parler de la période révolutionnaire où les hagiotoponymes, à quelques exceptions près, sont entrés en jachère, bon nombre de communes, pour des raisons diverses, ont changé de toponyme. On est passé d'une mineure modification orthographique de Doyssac à Doissat ou de Belvez à Belvès. Actuellement, par glissement d'usage, on s'achemine, hélas, vers la perte d'un accent à Carvès pour devenir Carves.

Le changement très radical dans la forme, en 1856, transforme Sainte Marie de Frugie en La Coquille.

 

La création des communes nouvelles.

En créant des communes nouvelles, les équipes municipales ont été amenées à repenser leurs toponymes. La mayonnaise, pour les communes nouvelles, franchement, n'a pas pris... pourquoi ?

L'idée, a priori, fort simple, "dégraisser le mammouth", au premier abord paraissait séduisante. Il s'agissait de mettre en commun les moyens techniques et de réduire les coûts. On ne peut qu'être réservé quand on est spectateur de l'envolée des dépenses publiques quand le pouvoir a décidé de réduire le nombre des régions.

Pour quelles raisons, cela n'a pas marché. Le pouvoir de l'État craint la sanction du suffrage universel. Il s'est dit, à tort ou à raison, que lorsque l'on veut faire bouger les virgules dans un texte, le couperet populaire risque de s'immiscer dans le débat où le "populaire" n'a pas voix au chapitre et n'est pas engagé. On n'a jamais demandé aux citoyens lambda ce qu'ils pensaient des structures existantes ; fallait-il les valider, y compris là où elles sont aberrantes -et les cas sont très nombreux- ou devait-on, après avoir entendu les habitants par le truchement des urnes, se pencher sur l'opportunité de remanier. On s'est limité à écouter les élus qui ont autant envie de perdre leurs écharpes que de rencontrer un virus mortel.

Quand une commune-nouvelle est créée, avec l'adhésion  populaire ou non, les édiles s'interrogent donc sur leur intitulé. Depuis que l'on voit des fusions, en général, pour éviter les susceptibilités, on fédère les anciens toponymes en allant jusqu'à la longueur extrême, ainsi Le Coux qui a absorbé Bigaroque, il y a deux siècles, et Mouzens lors de la création de la commune nouvelle, est devenu Le Coux & Bigaroque, dans un premier temps, et Le Coux & Bigaroque-Mouzens, ces dernières années. N'en jetez plus la cour est pleine ! Pourvu que nos voisins du Buisson n'aient pas l'idée de les rejoindre ! Cela ferait Le Buisson-de-Cadouin-le Coux-et-Bigaroque-Mouzens !

 

Qu'est-ce-qui a pu "faire péter un fusible" au tireur "irresponsable".

Le changement de toponyme irrite certains Belvésois. Certains l'ont clamé haut et fort ; d'autres, plus discrets, ne l'ont pas "digéré". A-t-on respecté les usages et les textes ? Il paraît permis d'en douter. La décision, qu'il n'est nullement nécessaire de soumettre à la population, a-t-elle été soumise aux édiles. A priori, sauf erreur, cela n'est pas parfaitement gravé dans le marbre.

Ce qui semble certain, c'est qu'aucun citoyen n'a interpellé le Tribunal administratif et que s'il y a eu erreur, voire faute grave, on ne change pas un toponyme à la légère, la majorité du corps électoral  a, tacitement, par la reconduction de son appareil municipal, absous ce "dérapage" et bien voulu admettre que l'on peut se passer de son avis.

 

Qui va payer la note.

En dehors des contribuables, à moins de trouver un mécène, on ne voit pas bien qui peut bien payer la note. La personne, non identifiée, qui a tiré sur le panneau, est soit un mécène bien caché qui entend payer ses dégâts, peu probable, soit est un coléreux qui n'hésite pas, par son ire, à s'en prendre au patrimoine public.

 

 

 

La Conne, hameau français du département de la Dordogne.

Photo ©  Julien Licourt

 

Les "Connais" eux sont plus paisibles. Ils ne s'en prennent ni à leur toponyme, ni à leur panneau.

 

Les patronymes " Conne ", " Connard ", " Connart " et variantes n'ont aucun rapport étymologique avec le mot " con " : en Europe continentale, ils proviennent du germanique con(hardt) signifiant « brave et dur » (à rapprocher du néerlandais koen, " courageux " et de l'anglais hard, " dur ").

 



04/07/2021
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