Terre de l'homme

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A propos du XVIIe siècle et de thèmes toujours actuels

 

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        Les auteurs français ont puisé, largement, leurs inspirations de pièces et/ou tragédies dans la riche littérature et mythologie gréco-latine faisant de leur siècle, un siècle majeur pour les lettres françaises. Certains y ont trouvé non seulement l’inspiration mais aussi une langue française épurée de ses archaïsmes ou expressions anciennes et l’ont portée très haut dans l’élégance stylistique ou dans ces tirades en alexandrins que le balancement rythmique conclut d’une rime riche ou pauvre, féminine ou masculine… Voltaire déclara ultérieurement : « Nous ne pourrons jamais secouer le joug de la rime ; elle est essentielle à la poésie française. »

 

 

comédie française 2

 

 

                                                                   La comédie française

 

 

Et ces drames que des acteurs de génie ont interprétés, sur les scènes de l’Hôtel de Bourgogne ou plus tard à la Comédie française, en travestissements d’époque avec des voix aux sonorités travaillées, cadencées, menaçantes, flatteuses ou moqueuses, ont enchanté les spectateurs, ont donné vie à des personnages inconnus dans des scènes où le drame, le comique, la farce, la poésie se mêlent, subjuguant les spectateurs jusqu’à la chute du rideau sous les applaudissements nourris du public.

Ainsi, à notre époque contemporaine, a-t-on vu l’acteur Louis Seigner jouer des semaines durant, « Le Bourgeois Gentilhomme », remportant à chaque représentation un triomphe mérité, aux sons de la Marche Turque et de musiques baroques de Jean-Baptiste Lully ou Marc-Antoine Charpentier et autres  célèbres acteurs tels que Madeleine Renaud, Pierre Dux, Denise Gence, François Chaumette etc…   

Unité de temps, unité de lieu, unité d’action, telles ont été les règles qui ont présidé à l’élaboration des tragédies du XVIIe siècle. D’ailleurs, Boileau nous le rappelle :

                               Nous voulons qu’avec art l’action se ménage ;

                               Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli

                               Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

                               Et d’ajouter :

                               Evitons les excès : laissons à L’Italie

                               De tous ces faux brillants l’éclatante folie.

Dans son Epitre à Racine :

                               Que tu sais bien, Racine, à l’aide d’un acteur,

                               Emouvoir, étonner, ravir un spectateur !

                               Jamais Iphigénie en Aulide immolée

                               N’a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée,

                               Que, dans l’heureux spectacle à nos yeux étalé,

                               En a fait sous son nom verser la Champmeslé.

De ce foisonnement de belles lettres et de beaux esprits, naquit cette culture qui a fait le tour du monde, cette langue superbe, riche, adaptée à l’intrigue, support universel, instrument de conquête des cercles et salons littéraires, des cours et des princes, de l’aristocratie européenne avide de connaissance et d’élévation d’esprit, enrichie par les fables de La Fontaine, les Caractères de La Bruyère, les Pensées de Pascal….

Le siècle verra surgir de violentes polémiques opposant thèses et antithèses qu’illustrera cette fameuse « Querelle des Anciens et des Modernes ».

D’autres sources d’inspirations vont enrichir le répertoire théâtral, espagnoles pour le Cid ou le Don Juan de Molière. Les Rodrigue, Chimène, Andromaque, Phèdre, Bérénice, Iphigénie, …, affichent leurs désespoirs, leurs faiblesses, leurs passions incestueuses ou pas, leurs troubles psychiques allant de la cruauté à la criminalité d’un Néron qui fait assassiner sa mère Agrippine ou son demi-frère Britannicus. Mithridate, roi du Pont, veut, lui, mettre fin à l’hégémonie romaine, tragédie créée le 23 décembre 1672 à l’Hôtel de Bourgogne, et proclame :

                                             Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers ;

                                             Qu’ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers

                                             Brûlons ce Capitole où j’étais attendu.

 

Le triomphe de l’amour, Racine l’exprime dans la bouche de Phèdre qui ne peut plus cacher ses sentiments pour son beau-fils, Hippolyte, fils de son époux Thésée :

                                             Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

                                             Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

                                             Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

                                             Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

                                             (Phèdre, acte I)

 

pierre corneille

 

 

                                                                  Corneille

 

Silhouettes incontournables, statues qui se dressent dans ce musée des Belles Lettres. Corneille nous livre sa version d’un amour simple :

                                             Plus j’ai les yeux sur vous, plus je m’en sens charmer.

                                             Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer.

                                             Ne les détournez point ces yeux qui m’empoisonnent

                                             Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux,

                                             Qui semblent partager le trouble qu’ils me donnent.

Psyché (III,3)

 

 

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                                                                       La carte du tendre 

 

Certains ont parcouru les petits sentiers de la Carte du Tendre, parmi eux des héros, de belles comtesses, des princesses, marquises et petits marquis, rois, reines, amants.es ont animé les salons parisiens.

 Epoque où l’on entamait cette délicieuse randonnée empruntant ces chemins verdoyants sur les rives de la rivière « Inclination », où l’on passait par de petits villages pleins de suggestions, la « Nouvelle Amitié » le « Grand Esprit » car c’est par là que commence ordinairement l’estime, ensuite vous voyez ces agréables villages de Jolis-vers, de Billet-galant, de Billet-doux. Puis, pour faire un plus grand progrès dans cette route, vous voyez Sincérité, Grand Cœur, Probité, Générosité, Respect, Exactitude et Bonté qui est tout contre Tendre(Tome I de Clélie de Mlle Scudéry)

 

Mais, voilà, la Carte du Tendre a bien jauni depuis, les noms des villages se sont effacés ; de nos jours, les chemins ont été délaissés, on saute les étapes au point que l’on passe, très vite, au TENDRE, sans prendre le temps de s’arrêter dans ces hameaux intermédiaires : une carte moins tendre, moins galante, plus brutale, plus individuelle et où chacun fait son parcours.

Venons-en à Molière qui nous dépeint l’homme/ la femme, ses côtés ridicules, son ignorance, son avarice, ses bêtises, son ingénuité, ses affabulations, ses précieuses ridicules ou savantes, ses médecins malgré eux, ces matamores ou bourgeois gentilshommes, tartuffes, misanthropes, misogynes, inquiétants ou dissimulateurs et hypocrites comme Don Juan.

Ce génie du théâtre, de la farce, du grand comique nous régale encore et toujours. Citons quelques passages :

               Le médecin : Mangez-vous bien, Monsieur ?

               Pourceaugnac : Oui, et bois encore mieux.

               Le M. : Tant pis. Cette grande appétition du froid et de l’humide est une indication de la chaleur et de la sècheresse qui est au-dedans. Dormez-vous fort ?

              P : Oui quand j’ai bien soupé. Etc….

Et plus loin :

            Le M. s’adressant à son collègue : je suis d’avis qu’il soit phlébotomisé libéralement, c’est-à-dire que les saignées soient fréquentes et plantureuses, en premier lieu de la basilique, puis de la céphalique, et même si le mal est opiniâtre, de lui ouvrir la veine du front et que l’ouverture soit large, afin que le gros sang puisse sortir….

 

 

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                                                                      Molière

 

Le 12 mai 1664, Molière risqua la représentation de Tartuffe ou l’hypocrite. Le roi interdit de jouer la pièce en public, influencé par l’archevêque de Paris et un certain curé Roullé qui va jusqu’à demander le bûcher ; la cabale des dévots est la plus forte et il ne peut jouer la pièce qu’en privé, chez Monsieur ou la Princesse Palatine.

En toute hâte, il écrit, alors, Don Juan (février 1665), seigneur débauché, impie, amoral, un hypocrite de dévotion châtié par la vengeance divine. Voici un sujet importé directement d’Espagne, mis en scène par Tirso de Molina : figure redoutable qui met tout, au service de ses plaisirs, de la séduction, conquiert des dames ou jeunes filles, dissimule sa vraie personnalité pour s’introduire dans des familles, abuse de l’intéressée, et devant le tour pris par les événements, n’hésite pas à tuer père et fille. Naturellement, la justice veille en la personne du Commandeur qui le pétrifiera.

Son credo, il l’expose ainsi à Sganarelle :

...l’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus…la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages…un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde et jouit en repos d’une impunité souveraine. (Don Juan, V, 2)

 Mais, voici la statue du Commandeur (un homme qu’il a assassiné, 6 mois auparavant) Don Juan s’approche, tend la main et aussitôt s’enflamme dans un fracas de tonnerre. Ainsi, justice passe.  Aujourd’hui, des jeunes filles, dans des soirées, se retrouvent le lendemain, allongées sur un divan sans savoir pourquoi : droguées, abusées ? Victimes probables de dons Juans qui ont les traits et le travestissement de « dons Dragueurs », ont-ils des ressemblances avec le Don Juan de Molière ? Pas impossible.

           

 

Jacques Lannaud    

 

 



17/01/2022
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