Terre de l'homme

Terre de l'homme

Adieu 2022, bonjour à 2023, par Jacques Lannaud

Notre ami Jacques Lannaud, excellent contributeur de "Terre de l'homme", a pris une courte pause pour ce passage introduisant l'hiver. Il revient en dressant la passerelle entre 2022, année d'inquiétudes, et 2023, année que nous espérons vivifiante. Son billet, comme d'habitude, riche par son regard sur une période qui a connu bien des blessures, se place dans une franche espérance avec en toile de fond la nature et la mer, ce qui paraît logique pour un Rochelais mais Eyzicois de cœur. 

 

P.F

 

 

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                                               Paysage d'hiver  Pieter Brueghel l'ancien 1565

 

 

En cette fin d’année, voici venir (enfin ?) les frimas de l’hiver synonymes de pollution virale saisonnière et son cortège de rhinites, rhino-pharyngites, sinusites..., picotements laryngés et autres désagréments qui font tousser, renifler, pleurer. Cycle pénible mais barrière haute de l’appareil respiratoire, protectrice et indispensable de l’organe noble sous-jacent : les poumons. Le fatalisme prévaut chez certains considérant comme inévitables ces affections saisonnières tandis que d’autres se plaignent et font de certains des boucs-émissaires car négligeant toute protection, notamment le port du masque et les mesures imposées dans le but d’éviter la contamination par le coronavirus qui, aujourd’hui, semble un peu moins redouté. Mais, que faire, sinon, avant de se précipiter dans nos retrouvailles festives, de se rassurer avec les tests PCR et de rassurer nos convives par la même occasion.

 

 

 

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Chez l'apothicaire au Moyen-Age , enluminure du XV ème siècle (photo reproduction Sud-Ouest)

 

 

Toutefois, ils empoisonnent ces dernières heures de l’année, de Noël et Jour de l’An pour arriver frais et dispos, discuter, chanter et profiter de la table chargée des meilleurs mets dont nous priverait l’agueusie voire l’anosmie, conséquences malheureuses de ces barbarismes en « ite » dus aux rhinovirus, adénovirus, rotavirus et autres. Alors, on s’est précipité chez l’apothicaire, on l’a dévalisé en Doliprane, Amoxicilline, Dérinox, Helicidine, sirop…pour être en forme au réveillon.

 

 

 

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                               Rue de Paris, temps de pluie, Gustave Caillebotte 1877

 

 

Le temps des frimas est revenu, les vents tournoient, les nuages hésitent entre les quatre points cardinaux, se balancent entre ouest et est, nous apportent fraîcheur, humidité, températures plus basses à cause du vent faribolant, temps fantasque, hivernal qu’accompagne un petit crachin qui vous trempe jusqu’aux os, une averse brutale et généreuse, froide, sorte de giboulée de mars.

Où est passée la lumière aveuglante qui, tout autant que le froid ou la fraîcheur, me faisait monter les larmes aux yeux, ces paysages brûlés par un soleil fou, dardant des rayons brûlants et incandescents du matin au soir, cette brise réputée marine, finalement, soufflant du chaud en continu, cette mer censée réguler le thermomètre mais qui semblait y avoir renoncé au point que plus personne n’osait affronter l’atmosphère immobile pesant comme un couvercle ? Promeneurs pédestres, cyclistes, voitures décapotables avaient disparu, nos amies les bêtes s’étaient réfugiées dans quelques tanières, fourrés, étables, seuls quelques bovins vaquaient çà et là recherchant l’ombre légère de quelques arbres effeuillés, tournant autour d’abreuvoirs vides ou de cours d’eaux à sec comme la Nauze ou le Valech ?

Inquiets, certes, on ne pouvait que l’être en allumant le poste de TV, le smartphone ou en écoutant en Bluetooth, les nouvelles d’une catastrophe sans précédent, imprévisible qui était en train de s’étendre et de dévorer le massif forestier des Landes.

 

 

 

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                                     Incendie dans les Landes (photo France Bleu)

 

 

Autant j’étais sidéré en voyant s’effondrer la flèche en flammes de Notre-Dame de Paris, autant je ressentais le drame qui se jouait, alors, dans cette magnifique forêt où il m’était arrivé de me promener, qui était la proie des flammes, se consumait à très grande vitesse, fléau contre lequel luttaient, nuit et jour, et sans relâche, des hommes exceptionnels et courageux dont on se demandait s’ils allaient maîtriser cet incendie gigantesque, unique, dû, sans doute, à quelque imprudence ou malveillance. Atroces, les images de ces arbres rectilignes qui s’embrasaient comme des torches avec un vent violent emportant des flammèches et des bouquets d’étincelles qui allaient essaimer le feu apocalyptique.

Certes, depuis des décennies, notre pays est concerné par ces catastrophes malgré toutes les précautions, l’accroissement des moyens en hommes et en matériels ; et, pourtant, voilà que cette magnifique forêt dont il était facile de deviner qu’elle était fragile et insuffisamment entretenue, serait, un jour, dévorée par des flammes criminelles, malfaisantes ou irresponsables.

 

 

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                                                        photo Tourisme Landes

 

 

On connaît les causes : une démographie estivale touristique incontrôlée. Comment, en plein été caniculaire, résister à l’appel de la forêt, à la promenade sous ces futaies odorantes aux fûts verticaux dont les faîtes s’épanouissent et nous obligent à lever les yeux pour les voir, comment éviter que certains lancent imprudemment leurs mégots dans quelques broussailles sèches, allument un feu ou un barbecue, comment éviter que le train qui passe, décharge au passage une volée d’étincelles. Des enquêtes minutieuses ont été menées, ont abouti au fait que ce pouvait être l’action d’un pyromane, d’un véhicule en panne prenant feu, d’un camion de pizzas, de travaux en forêt et de négligences ou manque de précautions, d’un feu d’artifice. Faut-il plus de moyens, plus de contraintes dans la gestion du massif forestier, des contrôles plus nombreux car la forêt est l’objet de nombreuses incursions difficiles à détecter, la pédagogie doit être mieux diffusée auprès de ces populations estivales venues pour se détendre, quelque peu insouciantes, s’aérer, respirer l’odeur euphorique de la résine, oublier la vie citadine et la pollution de toutes sortes.

 

 

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La vélodyssée, véloroute qui traverse la Bretagne et longe l'Atlantique jusqu'au pays basque

Photo Tourisme Landes

 

 

En ce début d’hiver, toutefois, la forêt cicatrise lentement, des arbrisseaux apparaissent, des arbres que l’on croyait morts donnent des signes de régénérescence, elle se nettoie, on répare ses plaies, et des oiseaux sont de retour ainsi que de petits animaux, rongeurs...

 

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                                                             Plage de Saint-Girons

                                                            Photo Tourisme Landes

 

 

Les plages, aujourd’hui désertées, sont un spectacle unique sous une lumière un peu moins violente, il va sans dire, mais qui éclaire ces futaies qui s’étalent à perte de vue, ces dunes de sable aux grandes herbes qui ploient sous le vent du côté de Biscarosse, Saint-Girons, Contis. L’odeur des pins est de retour, incite à baisser la vitre de la voiture pour respirer à pleins poumons ces fragrances euphorisantes, mélange d’essence térébenthine et d’écorces. La lumière pure filtre à travers les fûts somptueux et les alignements. « En hiver, elle est encore plus belle, elle est rassurante et oscille entre les oranges et les roses » disent quelques autochtones rencontrés.

 

 

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                                                             Photo Tourisme Landes

 

 

Campings fermés, devantures de magasins et restaurants protégés par des panneaux de bois, un certain aspect de Far-West. Les vagues, sans cesse recommencées, déferlent sur les longues plages sablonneuses où quelques pêcheurs lancent leur ligne en quête de bars. Tout paraît secret et mystérieux, d’une beauté sauvage.

 

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                                       Jean-Sébastien Goury ( 1776-1853) -source wikipédia

 

 

Ici, se sont déroulés de grands travaux au XIXe siècle en vue de stabiliser la côte, de fixer les dunes par l’implantation de ces précieux pins maritimes et la création de ce cordon dunaire séparant la forêt de l’océan sur environ 200 kms. Ici, l’ingénieur Jean-Sébastien Goury a trouvé la solution pour stabiliser le sol sablonneux à l’aide de palissades.

 

 

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                                                          Photo Tourisme Landes

 

 

A l’intérieur, le village d’Uza, au bord d’un lac, Lévignacq où l’on découvre une église romane aux plafonds de bois peints du XVIIIe siècle, à Mézos une pierre rouge de silicate de fer, un airial planté de chênes et de palmiers, des maisons landaises typiques aux murs de « brique fougère ». Oui, l’hiver profite de la solitude des lieux pour réparer les sottises des hommes et quand on voit ces paysages aux alignements parfaits des pins, cette délimitation entre océan et forêt que l’homme, lui-même, a tracée pour conserver la beauté des paysages, l’odeur subtile des pins résineux, le silence rompu par le déferlement des vagues, la solitude et le vent, alors quoi de plus apaisant, de plus beau ; souhaitons que 2023 fasse prendre conscience que nous vivons sur une planète unique en son genre dans tout l’univers et que notre devoir est de protéger cette nature car nous en connaissons la fragilité et nous ne pouvons plus invoquer l’ignorance.

 

 

Jacques Lannaud

 

 



09/01/2023
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