Terre de l'homme

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Angèle Mole a été reconnue.

 

MEYRALS

 

Hussard noir est le surnom donné aux instituteurs publics sous la IIIᵉ République après le vote des lois scolaires dites " lois Jules Ferry " et le vote de la loi de séparation des Églises et de l'État, le 9 décembre 1905. Cette expression a été inventée par Charles Péguy. 

Charles Péguy, personnage "tumultueux", certes "mort pour la France", aux affinités changeantes, qualifia les instituteurs publics de Hussards noirs de la République. Cette épithète, d'une métaphore louable, paraît largement imparfaite car elle écarte le corps enseignant féminin dont il n'est pas nécessaire de préciser le rôle majeur qu'il a joué. Est-il besoin de dire combien Louise Michel fut un personnage d'exception et combien d'institutrices ont honoré leur mission en allant jusqu'au sacerdoce laïque. Cette mission fut citée dans l'opuscule que Roger Nouvel me fit, en son temps, l'honneur de me remettre.  

 

Aujourd'hui, ce blog veut rendre un hommage largement mérité à l'une d'elles. Angèle Mole*-Farfal, née le 11 mai 1918 à Sor (Ariège). Elle décéda au Bugue le 25 novembre 2004.

https://terre-de-l-homme.blog4ever.com/qui-peut-bien-etre-cette-personne-remarquable

 

 

* Mole ou Molle est un très joli patronyme pyrénéen, il évoque un métier, celui de tailleur de pierre spécialisé dans les meules de moulin. Certaines carrières granitiques étaient presque exclusivement dédiées à la confection de meules (latin mola).

 

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Mairie Sor

 

Sor un tout petit village du Couserans.

 

Que se passait-il le 11 mai 1918.

 

L'actualité terrible et dramatique, celle qui néanmoins faisait la une d'une presse largement soumise à la censure, amenait les regards vers ces provinces meurtries, labourées par les ravages d'une guerre effroyable, où nos aïeux tombaient en grand nombre dans des souffrances atroces, sur ce que la terminologie militaire appela "le champ d'honneur". Que savaient nos ancêtres sur ce qu'il se passait vraiment, savaient-ils que nos voisins germaniques, sous l'autorité d'un Guillaume II conquérant et inflexible, se préparaient à vertement humilier, le lendemain, Charles 1er démoralisé, écoeuré et choqué par l'absurdité inhumaine et cruelle de la guerre. Charles 1e, le frais successeur de l'insensible François Joseph, fut le seul "humaniste" qui aspirait à la paix, lors de la conférence de Spa, du 12 mai. Il fut contraint, à son corps défendant, à ne point s'écarter de cette tragédie morbide et insensée.

 

Nos ancêtres savaient-ils que le génie de l'absurde allait ouvrir, quelques jours plus tard, un Chemin des Dames qui n'avait rien d'une sente bucolique où l'on musarde en cueillant des fleurs printanières.

 

Ce 11 mai, à 920 km de Spa, ce fut un cri, un cri annonciateur d'une vie nouvelle qui libéra Marie Mole. C'était à Sor, fort modeste entité du Couserans qui, au pied du Pic du Mail Blanc, comptait alors 90 habitants, une trentaine actuellement.

 

Une vie pleine d'espoir venait de s'affirmer dans ce piémont couséranais.

 

Le cataclysme mondial allait, dans quelques mois, marquer une pause bi-décennale. Les populations, bientôt, reprendraient espoir. Dans le foyer de Marie et d'Augustin Mole, une régénérescence voulait espérer cautériser quatre années de souffrances morales et de deuils dans la population.

 

Angèle grandit dans cet espace pyrénéen qui, sa vie durant, sera tout d'abord son berceau, puis son lieu d'éveil et enfin son lieu de ressourcement.

 

Dès qu'elle franchit la porte de l'école, sa préhension livresque, son émerveillement et sa facilité à apprendre, ont fait qu'elle va filer vers la cité fuxéenne pour sceller son brillant cursus scolaire. Aujourd'hui, les adolescents partent vers le collège ou le lycée, en empruntant l'autocar scolaire et, chaque soir, ils reviennent dans leur famille. Il n'en était pas ainsi quand Angèle quitta son village natal pour honorer les siens et espérer, dans la vie active, à son tour, devenir une "passeuse-transmetteuse" de savoir.

 

Un nouveau foyer riche de vies tournées vers l'avenir.

 

Quand l'Europe et le monde sont à nouveau embrasés, Angèle noua une idylle avec Émilien Farfal, un artisan périgordin de chantiers du bois,. Le 25 juillet 1942, leur hyménée se concrétisa dans ces Pyrénées où, il y a bien longtemps, quand Gaston Phébus guerroyait, les compositions musicales immortalisaient l'amour.

L'union fut féconde et le couple qui rejoint le Périgord, cette année-là, eut la joie de voir poindre dans le foyer, cinq filles qui, toutes, ont pris le chemin du baccalauréat, voire au-delà, dans des conditions qui n'étaient pas toujours évidentes. L'autre génération de huit petits-enfants est venue un peu tardivement pour combler pleinement les grands-parents.

 

Que dire d'Angèle.

 

Cette pédagogue brilla dans sa classe meyralaise où chaque élève, pour elle, était l'objet d'attentions empreintes de délicatesse et d'un ardent désir non seulement de promotion sociale mais, plus encore, de tout ce qui sertit la carapace civique, humaine et sociale de citoyens bâtisseurs.

Annie Laval, la première de ses anciennes élèves à l'avoir reconnue a, spontanément, écrit "Et oui quelle dame. Première institutrice… que de merveilleux souvenirs" !  On ne peut que se plaire de croire que cet hommage ne peut qu'être partagé par toutes celles et tous ceux qui, sur les bancs de l'école, ont eu la chance d'avoir eu une formatrice de cette trempe.

 

E

 

Meyrals. La classe d'Angèle Farfal, année 1959/60

 

 

Ec de Meyrals

 

Ci-dessus, l'École de Meyrals où, peut-être en fin de carrière, enseigna Angèle Mole et, ci-dessous, la mairie.

 

 

 

Photos : Mairie de Meyrals.

 

 

Pierre-Bernard Fabre

 

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Demain : Ô la belle vitrine !

 

 

Article publié le 2/8/2021



02/08/2021
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