Terre de l'homme

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Wisigoths, Ostrogoths, quelle idée de s'appeler comme cela ?

En cette longue période où les confinements et les couvre-feux s'invitent à tour de rôle, il paraît intéressant, par le biais de la lecture, de se réapproprier des pans de notre histoire que la grande marche du temps a marginalisés. Ernest Lavisse, cet historien chantre de la monarchie, converti fort tardivement, à la fin de sa vie, au républicanisme modéré, contait "sa" version de l'avancée de ce grand peuple qui aujourd'hui campe, bien blotti par ses murs pyrénéen et alpin, entre une pointe de la Mer du Nord, la Manche et la Méditerranée, et même se considère comptable de terres éparses, lointains héritages de ses navigateurs ou explorateurs.

 

Lavisse, après avoir clos la pause de Pax romana, une bienvenue relative paix romaine bi ou tri séculaire, ouvrit le chapitre des invasions. Nos braves Gaulois, comme nous le savons tous, n'avaient qu'une peur imagée, celle que le ciel ne leur tombe sur la tête. Ils étaient balayés et les invasions déferlaient sur notre pauvre Gaule. Les Gaulois devenaient des Normands et réhabilitaient ces inquiétants vikings. Plus à l'est, vers Alise Sainte Reine, l'imaginaire ou réelle Alésia, les Burgondes bâtissaient les comptoirs de la Bourgogne. Les Arabes tentaient quelques incursions en apportant du savoir-faire et des échanges commerciaux, avec le côté légende que nous connaissons tous. Chez nous, des envahisseurs qui venaient de l'Est et qui dans leur chevauchée, comme Hannibal, quelques siècles plus tôt, mais dans l'autre sens, ont franchi, mais sans éléphant, les Alpes et les Pyrénées, prenaient leurs marques. C'était les Wisigoths. Conquérantes, éveilleuses ou plus rarement sages, créatrices ou destructrices, les grandes migrations ont dans l'histoire, marqué l'humanité lors des grands flux. Une autre "ethnie" se dessinait, celle des Francs. Courage, ces derniers vont devenir des Français. Aux dernières estimations, il en resterait encore de nos jours ! Pierre Merlhiot, aujourd'hui, pointe son regard sur une de ces itinérances de l'histoire, celle des Wisigoths.  

 

Laissons, maintenant, à notre ami Jean-Matthieu, le loisir d'enrichir cette promenade wisigothique.

 

 

 

alaric II

 

                                                                        Alaric II, roi wisigoth

 

Je remercie Pierre Fabre de me faire découvrir 2 auteurs : Jean-Mattieu Clôt dont Terres-de-Nauze et Sud-Ouest ont salué les qualités d'historien -et Joseph Wertenberger- qui ne saurait tarder à trouver un éditeur et qui a le courage d'aborder un sujet qui fut tabou, à savoir le comportement d'une population prise au piège et qui doit choisir entre l'exode, la résistance ou la soumission.

Mon article portera sur les Wisigoths, loin de moi la prétention d'égaler Jean-Mattieu Clôt dans ce domaine, je compte d'ailleurs sur lui pour rétablir, s'il en était besoin, la vérité historique et je voudrais rendre hommage à un historien périgourdin, Claude Lacombe qui a écrit en 1999 " Jérôme de Périgueux, 1060 -1120, Chapelain du Cid ".

 

Six siècles séparent la création du royaume wisigothique de Tolède, de l'arrivée de Jérôme en Espagne.

 

Si ténu soit-il, le lien existe entre ces deux événements.

 

 

Clovis_tue_Alaric_II

 

                                                       Bataille de Vouillé, Clovis tue Alaric II

 

Wisigoths, Ostrogoths, a-t-on idée de s'appeler comme ça ?

 

Si vous prenez l'autoroute qui relie Toulouse à Narbonne, au sud-est de Carcassonne au pied des Corbières, vous verrez un grand panneau "Montagne d'Alaric". Ce nom m'a toujours intrigué. Renseignement pris, il s'agit d'Alaric II dont le royaume wisigothique de Toulouse durera de 418 à 507,

507 date fatale, Alaric est tué par Clovis à la bataille de Vouillé.

Les Wisigoths abandonnent Toulouse et fondent en Espagne, le royaume de Tolède qui durera de 508 à 720.

 

 

covadonga

                               

                                         Cavadonga, sanctuaire établi sur le site de la bataille

 

Chassés par les musulmans, ils se réfugient dans les Asturies, participent à la victoire de Covadonga, début de la reconquête qui se terminera par la prise de Grenade en 1492. Cet épisode célèbre est à mettre à leur crédit, les Espagnols ne l'ont pas oublié.

 

Un désaccord de nature religieuse aurait pu provoquer un drame comme en pays cathare. En dépit de 2 conciles, celui de Tolède (589) et celui de Burgos (1080) qui instaurent le rite liturgique romain et promulguent avec solennité, l'abolition de la liturgie gothique, l'église wisigothique ne se pliera pas toujours à l'orthodoxie romaine. Encore aujourd'hui, cette liturgie , ces rites, sont tolérés en Espagne dans certaines villes, en particulier Tolède.

 

Un clerc, Jérôme de Périgueux, formé en l'abbaye de Tourtoirac en Dordogne, se rend en Espagne, à la demande de l'évêque de Tolède, Bernard de Sadirac, pour éradiquer les rites wisigothiques. Voilà un clerc que Claude Lacombe tire de l'oubli.

D'illustre inconnu, Jérôme devient évêque de Valence, puis de Saragosse. Entre- temps, il est le compagnon du Cid Campéador, le suit dans ses batailles contre les musulmans, est témoin de sa mort à Valence puis accompagne Chimène à Saragosse dont il devient l'évêque et conseiller des rois. Il est cité deux fois dans la plus grande chanson de geste espagnole "Le poème du Cid" (El Cantar de mio Cid).

 

 

le cid

                                            

                                                  Rodrigo Diaz de Vivar, Le Cid Campéador.

 

Les historiens ont, depuis longtemps, réhabilité les Wisigoths qui étaient, aux yeux de certains, des barbares, objets de discrédit et de raillerie. Les Espagnols n'ont jamais mis en doute le rôle qu'ils ont joué dans la reconquête (Reconquista) après avoir sauvé et régénéré la civilisation romaine décadente et les tiennent en grande estime.

 

PS : les théologiens ont des querelles dont ils ont le secret. Jean Matthieu Clôt, mieux que moi, vous informerait sur les différences entre l'église wisigothique et l'église romaine (désaccord sur la nature du Christ et l'existence de la Trinité).

 

Pierre Merlhiot



18/01/2021
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