Terre de l'homme

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Le maire : officier de police judiciaire ?

écharpe de maire

 

 

La fonction de maire est de plus en plus difficile à assumer. Ce qui vient de se passer à Lieuron en est la parfaite illustration. Cette commune d'Ille-et-Vilaine vient en effet d'être confrontée à un événement sans commune mesure avec sa taille et ses moyens : une rave-party sauvage s'installe, 2500 personnes déferlent. Une seule solution : faire appel aux forces de l'Etat. Monsieur le maire a dû se sentir bien seul et démuni face à cette foule qui bravait toutes les interdictions.

Ce fait est loin d'être exceptionnel.

Comme monsieur le maire de Lieuron, j'ai été confronté, pendant une semaine, à des événements qui auraient pu totalement dégénérer  si je n'avais gardé mon sang- froid et si je n'avais eu le secours de l'Etat.

Pour faire court, en 1989, la France fête le bicentenaire de la révolution française. Le conseil général de la Dordogne y prend sa part. Pendant 3 soirs, un spectacle son et lumière de grande qualité "Evolution et révolution ". Le lieu est choisi : Les Eyzies de Tayac où préhistoire et histoire sont intimement liées.

Les soirées d'été s'annoncent paisibles et l'on attend un nombreux public ; mais voici, que voulant profiter de l'aspiration de cet événement, une personne fortunée, de moralité incertaine, souhaite organiser, dans le même temps, ce qu'on appelle maintenant une rave-party. Sans avoir mon autorisation, il lance des invitations par flyers. Le résultat ne se fait pas attendre  : des centaines de personnes affluent dans Les Eyzies, s'ensuivent rodéos dangereux, strip-tease, grivèleries d'aliments....et j'en passe.

Dès lors, la population s'affole, la mairie ne désemplit pas. Je convoque l'organisateur qui se propose de dédommager les commerçants concernés et me demande une autorisation pour un autre lieu. Je refuse : la frustration fait son effet. On menace de détériorer les installations de la fête et, je l'ai appris plus tard, de" faire la peau du maire". A cet effet, à mon insu, deux personnes ont assuré ma sécurité pendant la semaine. Un escadron de gendarmerie a tenu à bonne distance, ceux qui voulaient gâcher notre fête.

Je croyais en avoir fini avec mes soucis quand, le 2ème jour, l'orage éclate, le feu se met dans les bois, attisé par un vent violent, des spectateurs s'affolent, une personne décède frappée d'une crise cardiaque et malgré les soins de l'équipe médicale. Je ne pourrai jamais l'oublier.

A 3 heures du matin, les pompiers viennent à bout de l'incendie.

Durant mon mandat, j'ai, comme tous mes confrères, connu des moments de satisfaction et de joie mais je ne souhaite à personne de vivre la semaine cauchemardesque dont j'ai mis longtemps à me remettre .

Maire : officier de police judiciaire ?

 

Pierre Merlhiot 



08/01/2021
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