Terre de l'homme

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Données récentes sur la maladie d'Alzheimer

 

Jacques Lannaud

 

 

Aujourd'hui, le billet de Jacques Lannaud vient nous rappeler que si la Covid 19, à juste titre, apparaît la première préoccupation de notre temps, bien d'autres grandes causes médicales demeurent. La maladie d'Alzheimer, hélas, est bien loin d'être terrassée.  

 

Données récentes sur la maladie d'Alzheimer

 

Alzheimer 2

 

Une communication de Jacques Lannaud qui fait le point sur les connaissances sur cette maladie et les traitements.  Un peu technique mais précisément excellent pour activer nos neurones.

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Depuis sa description en 1906 par Alois Alzheimer, cette maladie neuro-dégénérative qui s’accompagne d’une dégénérescence neuro-fibrillaire a fait couler beaucoup d’encre qui a séché depuis, mais il va en couler encore.

Très longtemps, on a manqué des outils d’exploration dont on dispose, aujourd’hui, tant sur le plan biologique que de radiodiagnostic.

Depuis cinq ans, l’imagerie par résonance magnétique en 3D, l’analyse du L.C.R. (liquide céphalo-rachidien prélevé par ponction lombaire), l’analyse des examens sanguins ont permis de sérieuses avancées sur le mode de découverte et d’installation de la maladie, les lésions anatomiques cérébrales, les conséquences à  long terme et les espérances engendrées par ces progrès, qui sont longs, c’est vrai, à se dessiner.

 

cerveeau 1

                                                                Structure interne du cerveau

 

 

La  mise en évidence des bio-marqueurs dans le liquide céphalo-rachidien et le sang,  la mise au point de l’imagerie avec la Tomographie par émissions de positons et des traceurs isotopiques spécifiques, l’obtention d’images performantes avec l’IRM (imagerie par résonance magnétique ) appelée à se perfectionner encore à court terme, sont autant de pistes encourageantes avec des traitements innovants en cours d’expérimentation dans une maladie jusqu’à aujourd’hui, inexorable dans son aggravation progressive  plus au moins rapide.

 Tout part de neurones, ces cellules nobles qui constituent la matière neurologique,  c’est-à-dire la substance grise du cerveau, au nombre de plusieurs milliards, qui  dégénèrent de même que se produit une dégénérescence neuro-fibrillaire. Et, dans ce dernier cas, c’est le réseau lui-même assurant les liaisons inter-neuronales qui est concerné. D’où l’interruption de l’activité des stimulus, que transportent, normalement, ces fibres nerveuses constituant un maillage très serré, faites de dendrites efférentes et d’axones afférents, partant ou arrivant au neurone. Ces fibres nerveuses sont reliées entre elles par des synapses, plages d’interconnexions d’où la diffusion quasi-instantanée des messages. Elles sont entourées d’une gaine de myéline, de nature lipidique, à la fois protectrice, nourricière et facilitant la circulation de l’influx nerveux, constituant la substance blanche. L’activité de ces neurones et du réseau d’inter-connexions est sous la dépendance d’un neuro-transmetteur, l’acétyl-choline, une neuro-hormone ; on parle de neurones acétyl-cholinergiques par similitude avec d’autres neurones dopaminergiques dont le dysfonctionnement est le point de départ de la maladie de Parkinson.

Passons, à présent, à ce qui caractérise la maladie d’Alzheimer. D’abord, depuis longtemps, on connaît l’existence de dépôts d’une protéine, le peptide amyloïde, retrouvé dans le sang et le LCR, couplés à une autre appelée protéine Tau. L’accumulation de ces amas protéiques est particulièrement toxique pour le tissu neurologique d’où, ensuite, l’apparition de zones d’atrophie qui signent la mort de ces aires sensibles. Or, nous sommes là dans des aires cérébrales extrêmement importantes, des régions profondes du lobe temporal où se logent les facultés de la mémoire, régions de l’hippocampe et du rhino-encéphale, de l’émotion, du stress .. C’est là que l’on stocke les indispensables informations sur notre passé, sur notre vécu quotidien, sur la reconnaissance de notre environnement, des personnes que l’on côtoie..sachant que ces zones échangent, continuellement, avec le cortex, les hémisphères cérébraux, où s’élabore la prise de conscience de ce qui nous entoure.

Inutile de faire de grands discours pour comprendre que ces lésions  vont provoquer un désordre quasi-anarchique dans un esprit où régnait la stabilité. D’où les troubles cognitifs, les pertes de mémoire, la désorientation temporo-spatiale, l’anxiété, l’agressivité qui affectent un patient   perdu et comme étranger.

Toutefois, si ce tableau était celui de la maladie à une époque antérieure, aujourd’hui, des avancées importantes ont permis de découvrir que des personnes âgées, sans troubles cognitifs ou très légers, peuvent être porteuses, déjà, de lésions dégénératives qui se sont installées peu à peu et ont pu débuter 15 ou 20 ans auparavant. Il n’y a pas, encore, de dépistage mais on pense qu’un dépistage sanguin sera au point, bientôt. C’est en amont que, désormais, on devra se positionner pour enrayer l’enclenchement conduisant à un handicap grave.

Des signaux peuvent alerter à l’occasion d’examens sanguins, ou d’imagerie pour raison diverse, de petits troubles du langage, de petits oublis pouvant se répéter, incitant à approfondir la démarche diagnostique à un stade pré-clinique, sans attendre une évolution vers des stades plus avancés quand les troubles cognitifs deviennent de plus en plus fréquents et handicapants.

En outre, on a identifié un certain nombre de facteurs de risque qui peuvent s’ajouter à ces signes très légers :

        L’âge, en premier. Les personnes âgées sont les plus concernées mais, Alzheimer, lui-même, pensait que la maladie était réservée aux jeunes.

             Les facteurs alimentaires excessifs et, bien sûr, l’abus de tabac et d’alcool

             Certains médicaments, des métaux lourds.

             Des pathologies cérébrales précédemment contractées.

On mettra, alors, en route, des explorations peu traumatisantes à la recherche :

        -   des protéines Tau et du peptide amyloïde dans le sang

     -  de ces mêmes bio-marqueurs dans le liquide céphalo-rachidien dont la présence signe, à coup sûr, leur existence dans le cerveau.

      - si ces éléments sont détectés, la TEP-TDM, tomographie par émissions de positons, permettra d’identifier ces dépôts dans les zones du cerveau,  marqués par des isotopes amyloïdes enregistrés par une caméra .

 Etapes importantes que l’on complètera, si nécessaire :

 

cerveau 2                                       

                                                                        IRM

 

 

           - par l’IRM : examen d’imagerie qui met en évidence non pas le squelette osseux du domaine du scanner qui délivre un important rayonnement X, mais les tissus cérébraux constitués de molécules d’eau. A l’aide d’un puissant champ magnétique  qui met en branle ces molécules d’eau intra-tissulaires, on fait varier leur propre volant magnétique qui, par retour à leur axe initial, envoient des signaux de l’ordre du pixel  amplifiés et donnant lieu à une image.

Cet examen est essentiel, mettant à jour les lésions atrophiques dans ces aires temporales qui touchent à l’hippocampe. Mais, est-ce là des éléments certifiant que l’on est devant une pathologie d’Alzheimer ? Rien n’est moins certain car il existe des lésions du même type relevant d’autres syndromes démentiels. C’est pourquoi, il est envisagé, bientôt, de coupler l’IRM avec l’Intelligence Artificielle qui, à partir d’images de lésions enregistrées et authentifiées, permettra, par comparaison, d’apporter une certitude diagnostique.

 

structure du cerveau

                   cerveau sain                                                           cerveau atteint par la maladie d'Alzheimer

 

 

La certitude de cette pathologie mérite, en effet, confirmation car on en connaît l’évolution et les mesures indispensables à prendre pour en retarder, au maximum, la progression.

Jusqu’à maintenant, on disposait de trois médicaments dont l’efficacité n’est que symptomatique et une moins grande efficacité que prévu.

A présent, la recherche s’est orientée vers d’autres objectifs, des traitements inhibant la production du peptide amyloïde, avec lesquels on a constaté une diminution de concentration dans le LCR donc dans le cerveau ; mais, on s’est heurté à des effets secondaires importants d’où leur suspension.

L’autre piste, c’est l’immunothérapie et l’élaboration d’un vaccin anti-peptide et anti Tau en cours d’expérimentation : médicaments immunomodulateurs…Il y a grand espoir autour de cette piste.

Il existe, aussi, des outils pour sonder et évaluer la mémoire et l’aspect cognitif à l’usage des psychologues. Mais, c’est au sein des «  ateliers de mémoire » mis en œuvre à partir des années 90, que l’on doit, sans tarder, commencer la rééducation (lecture, écriture, dessin..) quand il y a possibilité de le faire.

 Rééducation physique ; marche, vélo, reconnaissance de lieux, de trajets, parcours initiatiques..

Il est vrai que si toutes les conditions de prise en charge étaient réunies, le maintien de l’intégrité intellectuelle et physique du patient pourrait être prolongé.

La démographie des personnes âgées augmente et les handicaps, aussi ; un jour, il faudra prendre des mesures efficaces qui, d’ores et déjà, sont connues et loin d’être toutes appliquées car cela suppose tout un personnel formé, adapté et disponible, même dans des endroits un peu à l’écart ou des structures adaptées.

 

Jacques Lannaud

 

               



05/02/2021
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