Terre de l'homme

Terre de l'homme

Une terminologie occitane locale intraduisible "La rafica".

 

 

 

Pierre Miremont

 

 

 

 

Qui est Pierre Miremont.

 

Cet occitaniste a rédigé "Glossari del perigord negre", ouvrage publié en 1974 à  Rodez.

 

Pierre Miremont, né le 17 décembre 1901 au Buisson (Dordogne) et mort le 22 juillet 1979 à La Garde (Var), est un écrivain français, rédigeant en occitan et en français.

 Ses grands-parents, originaires du Sarladais, ne parlent qu'en dialecte du Sarladais. Il fait des études chez les jésuites puis dans les écoles marianistes. Il était destiné à la prêtrise, mais renoncera à entrer dans les ordres. Il sera successivement enseignant, huissier de justice, militaire et inspecteur d'assurance.

 

 

 

Très tôt, il s'intéresse à la langue d'oc. Il consacrera sa vie à la rédaction d'ouvrages en occitan (poésie, prose, théâtre, études linguistiques, conférences).

Prisonnier dans un oflag de 1939 à 1945, il souffre de faim et de privation de liberté mais continue à lutter pour la défense de la langue d'oc. C'est ainsi qu'il crée L'Escòla dels embarbelats (" l'école des barbelés ") à Lubeck en 1940 avec des compagnons occitanophones ; ils décident de confronter les divers systèmes de graphies existants afin de les concilier et d'en dégager une formule cohérente d'unification qui pourrait prétendre à rallier tous les dialectes. C'est cette graphie éclectique qui sera désormais celle de Pierre Miremont.

Il est élu majoral du Félibrige en 1945, Cigale d'or d'Aquitaine, et travaille à la promotion de la langue du Pays d'Oc du Périgord noir dont il publie un glossaire en 1974.

Une rue de Sarlat-la-Canéda a été baptisée allée du Majoral Pierre Miremont en son honneur. Une avenue, inaugurée en 1980, porte également son nom au Buisson-de-Cadouin, sa ville natale. [Source Wikipédia]

 

L'ouvrage du majoral Miremont, a priori, semble bien être le seul à parler de "rafica".

 

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Tòrna-z-i que n'as ren fach !

 

Phonétiquement, on dirait "torné y é que n'a fa ré" ce qui revient à dire "Reviens y puisque tu n'as rien fait". Mouvement de lassitude exprimé à l'encontre "d'une rafica".

C'est l'expression qui, jadis, venait à l'esprit quand "una rafica" revenait sur un de ses thèmes récurrents et qui lassait à l'envi les personnes qui l'entendaient.

 

Qu'est-ce au juste "una rafica".

 

Ces "rafiques", pour les occitanistes, sont des patoiseries bien locales. Elles disparaissent de notre verbe contemporain.

Non, "la rafica" n'est pas un personnage qui "repapia", c'est à dire un radoteur, un senior qui devient gâteux, qui radote ; à la rigueur, on peut dire "qu'una rafica" ressasse mais c'est beaucoup plus subtil que cela, c'est pour cela que ces "raficas" sont, en un seul mot, intraduisibles. Le synonyme de verbe "rafiquer", en un seul mot, serait "rohnar".

Les riverains du Raunel, modeste ruisseau adjacent à la Nauze, disaient "Lo Raunel rohna" pour désigner son écoulement qu'ils assimilaient à une discrète perceptible plainte permanente.

Pour savoir qui sont ces personnages, un tantinet agaçants, il faut avoir des racines occitanes bien localisées car "les raficas" sont inconnues dans le Dictionnaire occitan (languedocien) Lexicologos. Notre ami, le majoral Jean-Claude Dugros, il est presque un étranger puisqu'il vit le jour dans la ville de Jasmin, là où la Garonne passe sous le pont-canal, nous dit qu'il ne l'a jamais entendue à Agen. À Nice, à ma grande surprise, j'ai entendu le président des F.C.P.E, se désigner, par une forme d'autodérision, comme "una rafica".

Nous savons tous que nos mots ont un sens bien précis et que le synonyme parfait, parfois, est introuvable surtout si l'on emprunte une terminologie d'une autre langue… fut-elle latine. Un patio n'est pas tout à fait une cour, c'est une enceinte qui rappelle l'Espagne et l'ère de son influence mauresque. Un briefing, brève réunion d'information, se calant sur un terme du franglais, n'a pas d'équivalent en un mot en français.

Revenons à nos "raficas". On pourrait les traduire par ressasseurs, personnages pétris de certitude qui reviennent sans cesse sur les mêmes choses.

L'instituteur, acariâtre à l'envi, qui tenait à obtenir les meilleurs résultats en syntaxe, rabâchait qu'il fallait, pour chaque verbe, rechercher son sujet. Quand il le faisait par habitude, il ressassait quand il y mêlait, en plus, une forme peu amène et désagréable d'agression "pédagogique" verbale ; on aurait pu dire qu'il "rafiquait" car il tenait pour coupables réels et virtuels, celles et ceux qui étaient susceptibles d'égarement et de faiblesse grammaticale.

 

Le verbe "rafiquer" introduit non seulement une forme répétitive mais aussi il sous-tend le côté désagréable de celui qui énonce un manquement réel ou virtuel. Cette notion de "rafiquer" prend donc un côté lassant, voire irritant, pour celle et celui qui la perçoit comme agaçante. "La rafica" a l'impression de prêcher dans le désert mais se fait plaisir à énoncer des principes qui, à son avis, sont des règles souvent contournées.  

 

"La rafica", substantif qui ne comporte pas de masculin, même s'il est attribué à un homme, amalgame la préconisation, la redite, la parfaite conscience qu'elle sera peu, voire pas, suivie d'effet. Elle est énoncée avec fatalisme et un rien de pugnacité.

Une grand-mère chagrine et acariâtre titillera volontiers son fils, en "rafiquant", que ses petits-enfants sont bien plus enclins à s'intéresser aux vacances qu'à chercher du travail.

 

Avouez que "rafica" est une "patoiserie" bien intraduisible en un seul mot.

  

 

 



30/01/2021
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