Terre de l'homme

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Le chemin creux de Lastournières à Bonarme

 

                     SIORAC-en-PÉRIGORD

&

MONPLAISANT

 

Mail - Chemin forestier - Photo 01

 

Un chemin creux ou chemin de service sur le cadastre est un chemin dans le langage courant ou sentier situé entre deux talus en général plantés d'arbres formant des haies. Dans l'ouest c'était la voie traditionnelle de circulation dans les paysages de bocage. Ces sentes relient les parcelles agricoles aux villages, hameaux et fermes.

Ils ont joué un rôle de protection pour les chouans et pour les soldats et la population lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

Les chemins creux ont, pour la plupart, disparu de notre environnement. Rappelons qu'ils sont, pour ceux qui par miracle, survivent un héritage millénaire voire bien plus. Dans mon voisinage il y en avait plusieurs, bucoliques à l'envi. Ils ne permettaient pas le passage des gros engins agricoles et leur surface a été récupérée, a priori sans la moindre permissivité ou au mieux par un "laissez-faire", pour agrandir les parcelles agricoles. Les talus arborés ont été considérés comme obstacles au développement des grandes cultures.

 

Ces chemins creux corridors biologiques permettaient la survie de nombreuses espèces au sein d'un réseau écologique.

La typicité de ces chemins faisaient que leur enfoncement relatif ou réel par rapport au niveau moyen du sol rend en tous cas le chemin ombragé, frais, voire humide. En hiver, le double talus arboré protège le chemin contre les congères.

Dans notre ruralité ces chemins, pratiquement, épousaient la largeur d'un tombereau, héritage ancestral des voies romaines secondaires. L'entretien revenait aux paysans du secteur qui l'utilisaient pour le passage du bétail. Le court segment du chemin creux de La Strounière à Bonarme avait pour son entretien les cheptels ovins du hameau de La Renardie. Il était, dans les années 50, avec les brebis renardiennes aussi net que l'espace parisien du parc Monceau. Aujourd'hui les collectivités ont la charge de leur maintenance.  Peau de chagrin de legs multiséculaires ils peuvent encore servir, pour ceux qui ont échappé à l'usucapion et pire à l'aliénation aux loisirs de promenade et à diverses autres affectations dont le passage de tuyaux pour l'irrigation.

 

Le remembrement rural, véritable concept de cohérence patrimoniale, hélas a ouvert la voie à un gigantesque saccage des chemins ruraux, des haies et des corridors qui signaient la joliesse de nos paysages et la préservation des sols d'une érosion dévastatrice.

 

Le recul des chemins creux a commencé avec la terrible Guerre de 14 qui priva nos campagnes de beaucoup de bras masculins et la pente s'est, hélas, poursuivie.

 

 

Mail - Chemin forestier - Photo 02

 

La première image, sous La Tuilerie, aujourd'hui Route des Crabes Blanques, [route des chèvres blanches] permet de découvrir un des ultimes vestiges de ce chemin creux. Au siècle dernier mon grand-père maternel l'empruntait pour se rendre dans sa parcelle de la Bessède. Les aliénations monplaisanaises du réseau des chemins ruraux ont apporté leur touche négative à cette transmission patrimoniale.

La seconde image, quelques décamètres plus à l'est, le chemin quitte l'espace sylvestre pour rejoindre les champs.

 

Photos © Bruno Marty

 

Texte Pierre Fabre



07/11/2020
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