Terre de l'homme

Terre de l'homme

Histoires de bornes.

 

Depuis la nuit des temps, les bornes ont assumé un rôle de vigiles du patrimoine, qu'il soit collectif ou privé. 

 

Pour Francis Cahuzac, de la Commission française pour la protection du patrimoine historique et rural, il existe une variété infinie de bornes, la plus ancienne connue étant le menhir. L'histoire du bornage semble donc apparaître, il y a environ 6 000 ans, alors que les premières populations de chasseurs cueilleurs se sédentarisent et tentent de cultiver une terre qui restera souvent ingrate. C'est à partir de ce moment, qu'apparaissent aussi les premiers conflits en raison de la position plus ou moins privilégiée ou stratégique d'un terroir que l'on tente de délimiter en dressant des repères visibles. La propriété privée est née et, avec elle, tous les moyens progressivement mis en oeuvre pour la préserver.

 

François Ponsard — Wikipédia

 

François Ponsard,

image Wikipédia

Quand la borne est franchieil n'est plus de limite / Et la première faute aux fautes nous invite. Cet aphorisme, emprunté à deux alexandrins de "L'Honneur et l'argent" III, 5, Michel-Lévy] Paris, 1853" de François Ponsard, poète et auteur dramatique français, né à Vienne le 1ᵉʳ juin 1814 et mort à Paris le 7 juillet 1867, a, à plusieurs occasions, servi d'étai pour divers propos.

 

Alphonse Allais, journaliste, écrivain et humoriste français, né le 20 octobre 1854 à Honfleur et mort le 28 octobre 1905 à Paris . Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes, ne fait que reprendre cette remarque avec "Une fois qu'on a passé les bornes, il n'y a plus de limites".

 

 

Les bornes délimitant les parcelles privatives ont toujours connu des "histoires" et contestations. Certains osaient, de nuit, déplacer les bornes. Ces agissements alimentaient le fonds de commerce des géomètres et, jadis, animaient les audiences des juges de paix. Aujourd'hui, les outils de mesure électroniques permettent d'apprécier les limites de parcelles mais ne règlent pas tout. Pour quelques centiares, il y avait, hier, de quoi aller en justice. Auiourd'hui, on hésite car la débonnaire et gratuite justice de paix est repliée dans les tiroirs de l'histoire et en se pourvoyant au tribunal d'instance, il faut admettre que la procédure a un coût. 

 

Les bornes visuelles les plus connues jalonnent nos routes. Hélas, elles ont tendance à disparaître, soit par des accidents d'entretien des accotements, soit par des soustractions de personnes qui ne s'inscrivent pas dans la plus rigoureuse sauvegarde de notre petit patrimoine.

 

 

 

L'ancienne Route départementale n° 11, qui épousa en grande partie l'itinéraire de la voie gallo-romaine Périgueux-Cahors, devint route nationale 710 en 1930. Elle fut à nouveau départementalisée en 1973. Les bornes ont été repeintes pour gommer ces décennies de "promotion" en routes nationales.

Photo © Pierre Fabre

 

 

 

 

Le cartouche jaune de ces bornes s'imposa après le déclassement de 1973. Les R.N. dont il ne reste qu'une peau de chagrin, avaient un cartouche rouge. La R.N. 710, elle, était en tronc commun avec les ex R.N.  139 [La Rochelle-Périgueux, 89 [Lyon-Bordeaux], 703 [Port de Couze-Bretenoux] et 660 [Bergerac-Rostassac]. Aujourd'hui, la RN 710, déclassée en R.D. 710, a conservé son numéro, que ce soit en Dordogne ou en Lot & Garonne. 

Les R.N. 20, 21, 89, 136 et 139, pour éviter les doublons, ont dû abandonner leur numéro antérieur. Le "caprice" des décideurs  a coûté bien de lisibilité cartographique, des pots de peinture et de deniers de contribuables.

Photo © Pierre Fabre

 

 

 

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Les bornes qui disparaissent sont, aujourd'hui, remplacées par des jalons métalliques. Ils sont, certes, plus modernes mais ils sont loin d'avoir la grâce des antiques bornes lapidaires. Ici, nous sommes à Fongauffier, au P.K. 14 de la R.D. n° 53, route de l'ancienne station de Castelnaud à Lacapelle-Biron.

Photo © Pierre Fabre

 

 

 

 

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Les bornes hectométriques ont pratiquement toutes disparu. Jadis, les marcheurs, non par loisir mais par nécessité, comptaient leurs pas en appréciant de voir se réduire le parcours à couvrir.

Photo © Pierre Fabre

 

 

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Le chevauchement historique de l'ex R.N. 703, départementalisée en 1973, atteste ce glissement patrimonial. Photo D.R

 

 

Ces bornes implantées aux limites départementales, elles-aussi, ont tendance à disparaître de ces jonctions territorriales. Sous Lavaur, au Buguet-Bas, jonction de Lavaur et de Sauveterre-la-Lémance, la borne bi-départementale a disparu... aujourd'hui, elle sert -peut-être- de décor à un espace de particulier.

Photo © Pierre Fabre

 

 

 

Les subtilités territoriales.

Les routes nationales étaient jalonnées avec une chronologie... départementale. Ainsi, l'ancienne R.N. 136, Bordeaux-Bergerac, devenue R.D. 936,  alternait à deux reprises de Dordogne à Gironde, tout comme l'ex R.N. 117 qui, elle, comportait deux segments hauts-pyrénéens dont l'un est l'héritage de l'enclave bigourdane en Béarn.

 

Deux petits regrets.

Nous avions, dans les années 50, pour jalonner la R.D. 51 [dite du Buisson à Gourdon], des bornes d'un type original. Celles-ci étaient avec une base triangulaire qui se réduisait vers le sommet. Ce sommet était un dôme. Les faces triangulaires se prêtaient à merveille à la lecture du jalonnement des deux villages suivants. Ces bornes rustiques ponctuaient le jalonnement d'Écoute-s'll-Pleut à Saint Laurent-la-Vallée. Pour d'obscures raisons, elles ne correspondaient pas de quelques 200 mètres, au jalonnement de la seconde partie du siècle précédent. Le point 0 a-t-il été déporté ou une autre mesure a-t-elle prévalu ? Quand le doublon existait, encore, j'avais vivement indiqué à un fonctionnaire de l'Équipement, l'intérêt qu'il y aurait à sauvegarder ces originales pièces lapidaires dont je pressentais, qu'un jour ou l'autre, qu'elles allaient être soustraites. Hélas, la soustraction a bien eu lieu mais où sont parties ces pièces patrimoniales, nul ne le sait. Elles ont dû aller dans une quelconque décharge.

 

Quand, après 1930, la R.D. 11 devint R.N. 710, le changement des bornes s'imposa d'autant plus que le jalonnement avait un décalage de 500 mètres. Celle de Fongauffier, à l'intersection de la R.D. 11 et du C.D. 53, fut alors couchée dans le fossé de l'accotement où elle croupit une bonne trentaine d'années. Personne n'a songé à la récupérer, pour un espace public, en témoignage du passé.

 

P-B F

 



17/10/2021
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