Terre de l'homme

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Connaissez-vous Paul Crampel ? par Françoise Maraval

Au mois d’octobre 1960, j’ai eu le grand honneur d’intégrer le Lycée Paul Crampel de Belvès.

C’était un grand jour !

 

Mes petites copines et moi-même, nous venions de Cours complémentaires, soit de Belvès, pour la plupart, soit du Bugue.

 

À Belvès, le Cours Complémentaire se composait exclusivement de filles et nous retrouver avec des garçons, nous émoustillait un peu. Nous nous sommes vite rendu compte, que ces messieurs étaient mal à l’aise car eux, aussi, n’avaient pas connu la mixité, peut-être, depuis la maternelle.

 

Nous étions plus hardies que la gent masculine qui est vite devenue l’objet de nos ricanements sous cape. Nous avions eu au Cours Complémentaire, comme enseignantes, madame Roussely et madame Giffault, et nous nous trouvions dès lors dans la même classe que leurs fils, respectivement François et Jacques. Il y avait aussi deux aristocrates, je ne connais pas leur titre, mais il s’agissait de Hubert de Commarque et de Jacques Pichot de Champfleury.

 

Le programme d’histoire de la seconde traitait de la Révolution française et les sarcasmes de notre professeur d’histoire, monsieur Crousy, allaient bon train. La citoyenne Maraval a eu l’honneur de monter sur l’estrade et comme les autres élèves, j’ai subi l’humour grinçant du professeur. C’était une véritable épreuve !

 

Avec du recul, je pense qu’il aurait dû commencer ses cours par nous présenter le personnage que l’on avait choisi pour identifier le lycée : Paul Crampel.

Il n’en fut rien.

À l’époque, je ne m’en suis pas préoccupée et je dois avouer que cela me passait au-dessus de la tête.

Depuis, je me suis documentée…

 

 

 

 

Un aussi beau gosse et nous ne le connaissions pas ! Quel malheur !

 

Paul Crampel est né à Nancy le 17 novembre 1864. Son père, Victor Crampel, était vérificateur des tabacs pendant que sa mère Élisabeth Pierret se réfugiait dans une piété excessive que le jeune garçon ressentait comme frustratoire. Les Crampel ont eu un deuxième enfant, Marie, de constitution chétive.

 

Le père, Victor, en raison de son métier (vérificateur des tabacs) a été muté dans la petite ville de Belvès en Dordogne dans laquelle son fils effectuera ses études secondaires. Brillant élève, le jeune homme supporte mal une discipline qu’il juge d’un autre âge. C’est à Périgueux, en 1880, qu’il passe son baccalauréat avec une dispense d’âge.

 

Dès lors, le père envoie son fils au lycée Henri IV à Paris pour qu’il y prépare le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. Mais, le fils abandonne « khâgne » et s’inscrit en faculté de lettres à Bordeaux, puis manifeste bientôt le désir d’abandonner la licence de philosophie pour le théâtre. Paul Crampel est à la recherche d’un grand rôle, loin de l’étouffement que représente pour lui le cercle familial. Les nombreuses correspondances qu’il échangera avec sa famille, montreront que Crampel n’a jamais été en rupture avec elle.

« Nous sommes d’une race où les attachements sont solides » écrira-t-il.

 

Un de ses condisciples de faculté, fils du colonel Lamey, ancien officier d’ordonnance de l’empereur Napoléon III et ancien aide de camp du prince impérial, avait reconnu le jeune Nancéien comme un parent et il l’avait présenté aux siens.

Et c’est ainsi, qu’en 1883, Paul fut éprouvé par un coup de foudre pour sa jeune cousine Paule Lamey. Elle aussi s’est éprise de lui.

Pour elle, Paul Crampel veut réaliser un exploit …

 

Son exploit va devenir possible grâce à sa rencontre avec l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza. Son exploit allait devenir africain, congolais.

 

En effet, en 1886, Paul Crampel apprend que Brazza se trouve à Paris, mobilisant l’opinion contre les manœuvres de Léopold II, roi des Belges, visant à interdire aux Français, l’accès de l’Oubangui.

Les plénipotentiaires léopoldiens avaient dissimulé l’existence de la grande rivière d’Oubangui à ses partenaires français lors de la négociation de la convention du 5 février 1885.

 

 

 

Pierre Savorgnan de Brazza

 

 

Or, la légende populaire s’était emparée depuis 1882, de Brazza et de son exploration. Toute la France connaissait la scène de l’hôtel Continental, au cours de laquelle, Stanley, le célèbre explorateur britannique, qualifié par la presse de « canonneur de nègres », avait défié l’officier français, « conquérant pacifique ». Stanley, lui-même, avait contribué à fixer dans l’opinion française, l’image d’Épinal de l’épopée Brazza.

« Lorsque, je l’ai vu pour la première fois sur le Congo, en 1880, il se présenta à mes yeux sous la figure d’un pauvre va-nu-pieds, qui n’avait de remarquable que son uniforme en loques et un grand chapeau défoncé. Une petite escorte le suivait avec 125 livres de bagages. Cela n’avait rien d’imposant.

Il n’avait même pas l’air du personnage illustre déguisé en vagabond, tant sa mise était piteuse. J’étais loin de me douter que j’avais devant moi, le phénomène de l’année, le nouvel apôtre de l’Afrique, un grand stratège, un grand diplomate et un faiseur d’annexions. »

 

La Sorbonne le reçoit, la France l’applaudit. Que dis-je ? Le monde, y compris l’Angleterre, l’admire.

 

Paul Crampel avait appris que le fondateur du Congo français cherchait un jeune universitaire pour remplacer son secrétaire Chavannes, chargé de construire Brazzaville. Il fut engagé sur-le-champ car Brazza fut séduit par la résolution du jeune homme.

 

Au cours de ses études, Paul Crampel avait signé un engagement décennal avec L’Éducation nationale et il fallait qu’il s’en dégage.

Même l’intervention du général Boulanger, ministre de la Guerre, ne permit pas qu’il s’en désengagea. On passa outre !

Mais il fut dispensé de service militaire.

 

Sans attendre, Brazza a mis le jeune Crampel au travail ; il fut chargé de l’aider dans toutes ses luttes avec le bureau des ministères. Crampel a donc rédigé pour Brazza des rapports passionnés qui ont stupéfié et empoisonné les chefs de bureau. Il a notamment bouleversé les services du ministère de la Marine auprès desquels, Brazza n’était pas « persona grata ».

 

En février 1887, après avoir revu Paule Lamey avec laquelle il se considérait comme fiancé, Paul Crampel, secrétaire particulier du commissaire général, s’embarquait pour le Congo.

 

Le 16 février 1887, Paul Crampel foulait pour la première fois, le sol africain à Dakar.

 

 

 

 

Françoise Maraval

 

 



18/03/2025
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