Terre de l'homme

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L'amour hors la loi

 

 

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                                                  Madame Bovary  de Claude Chabrol

 

 

Une chaîne de télévision (France 2), vient de nous proposer un téléfilm d'après le roman de Gustave Flaubert :"Madame Bovary" (1857). Pour faire court, madame Bovary, insatisfaite de sa condition sociale, cherche une évasion dans le romanesque qui la conduit à des dépenses excessives et à l'adultère : échec sur l'élévation sociale, échec sur ses deux liaisons amoureuses, perspective d'être mise au banc de la société. La sanction : le suicide.

La société bourgeoise, patriarcale et moraliste du XIXème siècle, indulgente à l'égard des amours ancillaires des hommes, sévère à l'égard des femmes censées être les gardiennes du foyer, fit un procès au roman sous un triple acte d'accusation : outrage à la morale publique, aux bonnes moeurs et à la morale religieuse. Le tribunal adressa à l'auteur un blâme sévère mais, malgré la dureté des attendus, prononça, contre toute attente, l'acquittement et le renvoi sans dépens.

Il n'en reste pas moins que l'amour, la passion, en ce qu'ils peuvent avoir d'excessif et d'imprévisible, restent souvent sous le regard inquisiteur de la société.

Rappelons que ce roman culte avait déjà fait l'objet de quatre adaptations dont la meilleure est sans doute de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert (1991).

 

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                                                                Les risques du métier

 

En 1967, André Cayatte écrit un film (Les risques du métier) qui fait référence à un fait réel : un instituteur du Tarn, André Robin, dans les années 1960, est accusé par une jeune élève de l'avoir violée. Par une sorte de contagion, deux autres élèves disent avoir subi le même sort. Défendu par l'avocat Jean Cornec, futur président de la FCPE, il sera finalement totalement blanchi et pourra construire sa carrière.

 

 

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Qui se souvient de l'affaire Gabrielle Russier, 32 ans, professeure agrégée de lettres, exemplaire dans son métier comme dans la vie, qui noue une liaison avec un élève de 16 ans ?

Elle est condamnée à un an de prison avec sursis et 1500 euros d'amende.

Elle se suicidera en 1969.

Georges Pompidou était sur le point de faire voter une loi d'amnistie qui aurait pu bénéficier à Gabrielle Russier mais les juges s'empressèrent de faire en sorte qu'elle en soit exclue.

Le président de la république, bouleversé, donnera une conférence de presse, en citant un poème de Paul Eluard, consacré aux femmes tondues à la libération :

"Eh bien, comprenne qui voudra. Moi, mon remords ce fut la victime raisonnable au  regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés."

En 1971, André Cayatte en fit un film et Charles Aznavour une chanson : Mourir d'aimer.

Une autre affaire fait la une en ce moment sur laquelle je me garderai bien de porter un jugement : c'est l'affaire d'un champion de natation accusé d'agression sexuelle sur enfant de moins de 15 ans. L'article 227-85 du code pénal est clair : le fait pour un majeur d'exercer sans violence, contrainte, une atteinte sexuelle sur la personne d'une mineure de 15 ans, est puni de 5 ans d'emprisonnement. La procureure, dans sa conférence, précisera :"La différence d'âge peut valoir, par hypothèse, de contrainte morale."

 

 

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                                                               La carte du tendre

 

De La princesse de Clèves aux vaudevilles de Feydeau et de Labiche, des écrits de Marivaux au Grand Meaulnes d'Alain Fournier, il y a dans la nouvelle du tendre de quoi trouver son chemin sans passer par la case prison. La carte du tendre dont raffolait la gent féminine au XVIIème siècle était une représentation topographique et allégorique où villages et chemins représentaient les différentes étapes de la vie amoureuse.

La littérature nous offre aussi un excellent exemple de la transgression de l'interdit : c'est le personnage de Phèdre de la pièce de Racine, victime de sa passion incestueuse pour son beau-fils Hippolyte. Elle en fait l'aveu douloureux à sa confidente :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue

C'est Vénus toute entière à sa proie attachée..

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur

J'ai pris la vie en haine et la flamme en horreur.

Elle ne survivra pas à ce naufrage;

Il ne s'agit pas dans cet article de faire le procès de l'amour et de la passion mais d'en dénoncer les excès qui peuvent nous entraîner hors la loi.

Notre société découvre tardivement le nombre et la gravité de ces méfaits. Le plus souvent, des personnes utilisent leur notoriété dont ils croient qu'elle leur assurera l'impunité et bénéficient de silences coupables.

Désormais, les langues se délient, la justice lance des enquêtes malgré les prescriptions, aidée en cela par la  vigilance des associations qui luttent contre la violence faite aux femmes et aux enfants.

 

 

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                        Dura lex, sed lex

 

Pour terminer sur une note moins austère, lisons " De l'amour" de Stendhal, ouvrage qui évoque la naissance et les métamorphoses de ce sentiment : processus qu'il appelle la cristallisation. Aux mines de sel de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnées de la mine, un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes. Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit qui tire de tout ce qui se présente, la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.

Peut-on après cela , souscrire aux allégations du philosophe Schopenhauer ( 1788 -  1860 )  qui a, de l'amour, une vision utilitariste et réduit les beaux sentiments à une ruse de la nature pour la perpétuation de l'espèce.

 

Pierre Merlhiot

 



19/12/2021
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