Terre de l'homme

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Le sauvage - le préhistorique

 

 

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Les animaux ne furent pas seuls à faire les frais de la hiérarchie imposée par les hommes. L'homme préhistorique, le sauvage (l'indigène) ne furent pas épargnés. Seul, l'homme moderne ( Cro Magnon) garda un statut privilégié, situé tout en haut de la hiérarchie du vivant.

 

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S'il est un homme préhistorique qui a accumulé successivement les 3 natures (animal - sauvage - homme) et qui a fait l'objet d'un jugement peu flatteur c'est bien l'homme de Néenderthal. Découvert en 1856, dans la vallée de Néander en Allemagne, on le retrouve en Corrèze dans le gisement de la Chapelle aux Saints et en Dordogne sur le site de la Ferrassie.

Les préhistoriens crurent, tout d'abord avoir à faire à un homme atteint de nombreuses pathologies. Il n'en est rien mais sa morphologie est très différente de celle de Cro Magnon : membres courts, poitrine carrénée, front bas et fuyant, pommettes en retrait, menton absent, bourrelets au dessus des orbites. Cet aspect aux yeux des préhistoriens, était plus proche de la brute et de la bête que de l'homme. Un éminent paléonthologue, Marcelin Boulle (1861-1941) se le représente la tête courbée vers le sol, " comme accablé par le destin ".

 

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                                                                                                                                                                                                          The Neanderthal Man : film d'épouvante de E A Dupont (1953)

 

Ce n'est qu'à partir des années 1870 que commence la réhabilitation. En 2010, un généticien Svante Paabo démontre l'interfécondité entre Néandertahl et Cro Magnon, ils font donc partie de la même espèce. Marylène Patou Mathis célèbre docteur en préhistoire, dans un livre remarquable Le sauvage et le préhistorique, miroir de l'homme occidental donnera le coup de grâce à cette injustice dont Néanderthal a été victime. Il a cohabité 10 000 ans avec Cro Magnon puis est allé disparaitre lentement en Espagne, mais ceci est une autre histoire.

Pas plus que Néanderthal, le sauvage et l'indigène n'ont échappé au statut d'être inférieur attribué par l'homme blanc. De 1851 à 1958, sous des formes atténuées vers la fin, on exhibe des hommes et des femmes venus d'Afrique, d'Asie, d'Océanie ou d'Amérique à l'occasion de numéros de cirque, de représentations de théâtre, de foires ou à l'occasion d'expositions universelles et coloniales dans des villages reconstitués, véritables zoo humains. Les empires coloniaux trouvaient là de quoi satisfaire la curiosité des spectateurs friands d'exotisme et en même temps d'une façon insidieuse de marquer la supériorité de la "race" blanche. L'épisode le plus symbolique et le plus avilissant fut celui de la Vénus hottentote, ancienne esclave, présentée à Londres puis à Paris (1810-1815) et dont le corps devint objet de science et de spectacle. En 2002, après maintes tergiversations, la France rendit la dépouille à l'Afrique du sud. Ces deux épisodes, celui de Néanderthal et celui de la vénus hottentote, nous éclairent sur notre propension naturelle et notre prétention à dominer autrui et à établir une hiérarchie du vivant dont nous occuperions le sommet. Dés lors le racisme n'est pas loin.

En 1875, Pierre Larousse, pourtant homme de culture, héritier des Lumières, écrivait dans l'article Préhistoire (Grand dictionnaire universel) : "Il est prouvé aujourdhui que la France, l'Angleterre, l'Egypte, la Palestine,  ont été hantées pendant des centaines de milliers d'années par des sauvages qui ont conquis péniblement les résultats de la civilisation. Pendant que certains peuples ont conquis un degré de civilisation avancée, d'autres n'ont pu jusqu'à nos jours arriver à un procédé pour avoir du feu. Les peuples sauvages, de nos jours, n'ont pas d'histoire, des peuples préhistoriques n'en ont pas davantage..

C'est à peine s'il nous est parvenu de vagues échos de l'époque préhistorique comme le récit de lutte soutenues par l'homme primitif contre certains animaux, ses contemporains".

On voit bien dans ce texte, malgré quelques concessions accordées à des êtres qui ont pu se tirer d'affaire, qu'il restait, en 1875, beaucoup de chemin à parcourir pour qu' humanité et animalité, culture et nature ne soient plus perçues en termes antagonistes.

 

Pierre Merlhiot

 



19/11/2020
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