Terre de l'homme

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La traversée des Alpes et randonnées pédestres

   

Jacques Lannaud, chroniqueur hebdomadaire de ce blog, a conquis le lectorat par ses billets toujours captivants et éclectiques. Ils nous ont conduits des reliefs d'Éthiopie à ceux, fort différents, d'Alésia ou de Giverny. Jacques nous a fait traverser l'Atlantique avec les Filles de La Rochelle, histoire dramatique de ces jeunes femmes qui ont abandonné leur Aunis natal pour aller, à leur corps défendant, peupler la Nouvelle France. Son récent billet sur Julien Viaud fit "un tabac" dans le lectorat.

N'oublions pas que parmi les premiers thèmes médicaux abordés par ce médecin honoraire, on a perçu un vigoureux appel à combattre la COVID 19.

 

Aujourd'hui, avec 22 siècles d'écart, par l'image, il franchit les Alpes. Bien entendu, ce passage n'imposera pas les singulières et affreuses tortures aux éléphants. comme celles qu'Hannibal leur fit subir.

 

 

 

 

 

Nous sommes avides de lire d'autres récits et nous nous plaisons de croire que dans le futur, il rendra hommage aux Quatre Sergents de la Rochelle.

Ces malheureux sous-officiers,  Bories, Goubin, Pommier et Raoulx, affectés au 45e régiment de ligne rochelais, taxés d'être affiliés à la Charbonnerie, furent  arrêtés le 19 mars 1822, jugés et condamnés à mort le 5 septembre. Il furent guillotinés en place de Grève à Paris, le 22 septembre de la même année.

 

Aujourd'hui, laissons-nous subjuguer par les Alpes, chaîne impressionnante avec "notre" Mont Blanc, mais aussi le lointain Cervin qui, par un travail tectonique "impensable", en acteur de la vie de la Terre,  témoigne du chevauchement des ères géologiques 

 

P-B F

 

 

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frison roche

 

 

 

                                                  Roger Frison-Roche

 

Dans la première moitié du XXe siècle, la montagne n’attirait que quelques amateurs avides de marche en basse ou moyenne altitude, des skieurs dans des stations qui n’étaient que de splendides petits villages montagnards, des alpinistes chevronnés dont certains s’illustrèrent dans l’ascension de crêtes vertigineuses en été ou en hiver, laissant leur nom à la voie empruntée. Citons, par exemple, ce héros de l’ascension que fut l’Italien Walter Bonatti, guide de haute montagne qui réussit l’ouverture redoutable de la voie directe, en plein hiver, de la face Nord du Cervin (1944), Gaston Rebuffat s’attaqua à l’éperon Walker des Grandes Jorasses (1945) et au pilier Bonatti des Drus (1961) ….

 

 

le cervin

 

 

                                                                             le Cervin

 

Aujourd’hui, la montagne s’est démocratisée, des foules se précipitent vers ces sommets mythiques couronnés de neiges éternelles, étincelant dans l’azur d’un ciel d’une pureté exceptionnelle qui, rapidement, peut se voiler ou disparaître, laissant apercevoir les formes fantomatiques d’un lointain sommet attractif et majestueux.

On y vient pour des randonnées pédestres, pour descendre en VTT des chemins de rocailles tortueux, pleins d’embûches, pentus, au travers de rochers ou d’arbres bien serrés les uns près des autres, aussi vite que possible, ignorant le danger ou sur des chemins bordés de grands mélèzes, de prairies fleuries où serpentent de petits rios à l’eau fraîche et désaltérante, jouissant d’un espace magnifique, d’un air pur et euphorisant. Comment ne ressentirait-on pas bonheur et détente au contact d’une nature qui offre tant de beautés ? Bien sûr, tout n’est, peut-être, pas aussi idyllique mais la nature nous enchante, nous enivre et nous ressource.

 

 

mont blanc

 

 

                                                                    le Mont Blanc

 

 La tentation, toutefois, peut pousser certains d’entre eux à s’attaquer à des ascensions dangereuses en tenues légères…  D’autres plus expérimentés, à tenter de se hisser sur des parois rocheuses verticales, à la force des bras et des jambes. Tout cela s’assimile un peu trop souvent à de l’amateurisme : non prise en compte des aléas météo, méconnaissance et inexpérience des dangers de la montagne.

Mais, s’il est un spectacle qui se renouvelle tous les ans et déchaîne l’enthousiasme des foules, c’est bien celui du Tour de France. On attend des heures au bord des routes, le passage des héros et de la caravane. Il faut avoir grimpé à vélo, ces routes de montagne, pour bien comprendre quel effort surhumain, il faut produire, aller chercher au fond de soi-même, ce reste de courage et de volonté pour franchir ces cols mythiques. Bien sûr, les critiques ou mots prononcés tels que dopage, fusent chez certains mais n’oublions pas que l’effort produit nécessite des qualités et une condition physique exceptionnelles, sans quoi rien n’est possible : un cœur résistant, une tête bien en place, la victoire ne récompense que l’effort, la maîtrise de l’effort, la stratégie de la course, le courage.

 Rappelons-nous de cette chanson :

 

                           Ils quittent un à un le pays

                           Pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés

                           Depuis longtemps ils en rêvaient

                           De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné….

                           Pourtant, que la montagne est belle, comment peut-on s’imaginer

                          En voyant un vol d’hirondelles que l’automne vient d’arriver ?

 

 N’en restons pas là, remontons le temps. Sur ces pentes si déclives où pousse une végétation luxuriante en période estivale et où tant d’alpinistes amateurs viennent s’exercer, regarder les sommets si attrayants, il fut un temps où l’homme était presque absent, un temps où il redoutait ces barrières infranchissables, s’interrogeant sur la possibilité de trouver un moyen de franchir ces crêtes qui le dominaient.  

Un homme, pourtant, s’était aventuré sur ces hauteurs où, longtemps, on hésita à se lancer. Il avait emprunté des voies accidentées, encombrées de rocailles, d’effondrements, franchi des torrents tumultueux. La montagne était sauvage, peuplée d’animaux redoutables, loups, ours…et, parfois, dans ce genre de randonnée, le hasard faisait qu’on tombait à l’improviste sur un ou plusieurs individus.

Qu’un intrus ait eu l’audace d’être là, représentait un danger. Imprudence ou avait-il perdu son chemin ?

 Un couple de promeneurs s’aventura le 18 septembre 1991, à des hauteurs d’environ 3200 m. Les premières neiges n’avaient pas encore fait leur apparition mais persistaient les névés de l’hiver précédent.

Brutalement, recouverte de glace et de neige à moitié fondue, une forme humaine est allongée sur le ventre devant eux ; ils réalisent, alors, qu’il s’agit d’un homme ayant, peut-être, été victime d’une chute mortelle. 

 

 

otsie

 

 

                                                                      La momie Otzi

 

On est dans les Alpes de l’Otztal à 3200 m d’altitude, près du col de Hauslabjoch, à 92 m de la frontière austro-italienne. Une fois dégagé de sa gangue de glace, on découvre un homme d’environ 1m60, parfaitement conservé, aux cheveux bruns et yeux marron.  L’examen du corps par les autorités médico-légales d’Innsbruck, détecte une blessure par flèche à pointe de silex dans le dos côté gauche, ayant percé l’omoplate et lésé une artère, sans doute une branche de l’artère sous-clavière, une profonde entaille entre le pouce et l’index de la main droite. S’agissait-il d’une scène de crime ou la mort était-elle la conséquence de cette blessure hémorragique et/ou infectée avec atteinte plèvre- poumon ?

L’analyse au carbone 14 permet de dater les faits qui remonteraient à 5300 ans en arrière soit à la fin du néolithique. Un homme de la période classée préhistorique, une des plus anciennes momies connues, jusqu’aux datations des momies retrouvées au Mexique.

On retrouve un arc en if brisé de 1m82, 14 flèches sans pointes de silex ni plumes donc peu utiles, une hache à lame de cuivre, une dague en silex sur un manche de frêne, un petit sac avec ensemble pour faire du feu (amadou, silex, pyrite), des petits outils, grattoir, perçoir, lame pointue. On apprend que deux de ses flèches, son poignard et sa cape sont tachés du sang de quatre individus différents. Il porte un pagne en peau de chèvre tenu par une ceinture en peau de veau, une veste en cuir (chamois ou bouquetin), jambières, cape en fibres végétales, bonnet de fourrure en peau d’ours.

Des recherches sur l’ADN révèlent qu’on aurait retrouvé 19 personnes apparentées dans le Tyrol autrichien. Or, les spécialistes pensent qu’il pourrait faire partie d’un groupe de migrateurs venus, peut-être, du Moyen-Orient, ayant introduit des techniques d’agriculture et d’élevage via les Alpes, à l’époque Néolithique.

Que s’est-il passé, finalement : ce chasseur-cueilleur qui ne chassait pas, puisque ses flèches n’étaient pas opérationnelles, a rencontré, sans doute, un ou plusieurs individus qui l’ont identifié comme étranger à leur territoire. A la suite d’une altercation, blessé profondément à la main, il réussit à s’échapper mais ses adversaires décochent une flèche qui pénètre dans le dos. Il est monté à plus de 3000 m, au bout de ses forces, et demeuré là jusqu’à sa découverte en 1991.

 

eiger

 

 

 

                                                                         le mont Eiger

 

Certes, aventures et accidents n’ont pas manqué sur ces montagnes si attirantes. Certains ont publié des romans d’aventure à succès comme ceux du guide de haute montagne et écrivain Roger Frison-Roche : La Grande Crevasse, Premier de Cordée…et qui ont fait rêver beaucoup de lecteurs. La montagne reste, toujours, source inépuisable d’inspiration pour de nombreux artistes.

 

Pour ma part, je réserve la suite à une traversée célèbre des Alpes.  

       

 

Jacques Lannaud    

 

 

 

 

 

  

 



18/11/2021
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