Terre de l'homme

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Mon village à l'heure allemande

maquisards                                                        Groupe de maquisards dans les bois

 

 

J'ai longuement hésité à choisir pour l'article, le titre du roman de Jean-Louis Bory, écrit au maquis, publié en 1945, pour la raison qu'il ne faisait pas la part assez belle à celles et ceux qui ont eu le courage de résister.

Mais laissons aux historiens, le soin de faire le partage entre ces derniers, peu nombreux au début et ceux qui, au mieux, étaient attentistes, faisaient du marché noir et, au pire, collaboraient et dénonçaient.

Jean Dutour, dans son roman "Au bon beurre" (1952) décrit la famille Poissonard qui tient une crèmerie, truque la marchandise et dénonce ses voisins.

 

Nous retiendrons les exactions de la division Das Reich, de la 11ème Panzer division et de la division Brehmer et les sacrifices de celles et ceux qui ont tenté de leur résister. On suit la soldatesque à la trace, peu de villages ont été épargnés.

Mon cousin Jacques Lannaud et moi et beaucoup d'autres enfants et adolescents avons été les témoins insouciants du passage de ces trois unités dans nos villages.

En 1944, Jacques avait 5 ans et moi 10 ans. La chance a voulu que nos deux villages fussent épargnés.

 

 

mouleydier-juin-1944                                                                 Mouleydier 21 juin 1944

 

 

Jacques évoque le passage à Pezuls d'une unité blindée qui, vraisemblablement, venait de commettre les massacres de Mouleydier et de Pressignac le 21 juin  1944.

Que serait-il arrivé si l'officier allemand avait découvert que sa mère était agent de liaison du maquis ?

 

 

Rouffignac

                                      Rouffignac 31 mars 1944, seule l'église fut épargnée.

 

 

J'ai vu, le 31 mars 1944, passer dans Les Eyzies, la division Brehmer qui allait le soir-même, incendier Rouffignac et assassiner des innocents.

 

Dans les deux cas, notre âge, plus porté à l'insouciance qu'à la réflexion, ne nous avait pas permis de mesurer l'ampleur de ces atrocités.

Je pense au film de René Clément "Jeux interdits" où deux enfants se réfugient dans des jeux morbides pour échapper à la violence des hommes.

Les Grecs, dans leurs tragédies, avaient assigné aux enfants, aux femmes, aux vieillards, le soin de se lamenter dans le choeur passif, incapables de changer le cours des choses réservé aux hommes.

La résistance s'inscrit en faux contre cette répartition des rôles. Nombreux sont les jeunes adolescents, les femmes qui ont fait le sacrifice de leur vie.

 

Jacques et sa mère avaient été surpris par l'arrivée inopinée des Allemands aux Eyzies ; nous savions qu'ils allaient passer et la population grimpa sur les rochers pour se réfugier dans les bois. Notre quartier avait eu la malencontreuse idée de se cacher dans la cavité d'un gros rocher, l'entrée cachée par des fagots. Initiative qui aurait pu se révéler désastreuse. Les hommes préhistoriques ne vivaient jamais dans les grottes, de crainte d'être piégés par les prédateurs.

 

Je voudrais ici rendre hommage à mon père qui, ce jour, s'employa à dissuader certains qui voulaient en découdre. Notre village eût subi le même sort que Rouffignac. Membre du maquis Vézère commandé par le comte de Fleurieu, il s'était évadé dès le début de sa captivité en 1940, se rendant de la Sarre aux Eyzies, à pied puis à vélo. Il reprit aussitôt son travail de cuisinier dans le même hôtel ......qui venait d'être réquisitionné par les Allemands.

 

Dans cette période des plus sombres, avec le recul, certains épisodes peuvent prêter à sourire mais au bout du compte, c'est le drame qui l'emporte.

 

L'expérience de la guerre d'Algérie m'a appris que la vie est aléatoire.

 

Pierre Merlhiot



23/12/2020
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