Terre de l'homme

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Olivier Peyon : de "Jingle Bells" à "Tokyo Shaking" / Le festival de Sarlat : un tremplin pour les jeunes.

 

 

tokyo Karin seule

 

 

                                        Tokyo Shaking  d'Olivier Peyon (photo Sébastien Roussel)

 

 

En 1997, le Festival du Film de Sarlat* donne sa chance à un jeune réalisateur : Olivier Peyon.

Le jury et le public priment son premier court métrage "Jingle Bells", succès confirmé aux festivals de Rennes et de Brest et par une sélection à la 54ème Mostra de Venise.

Dès lors, sa maîtrise du court métrage, exercice de style dans lequel il excelle, lui ouvre la porte des longs métrages.

Ce sera, en 2007, "Les petites Vacances " avec Bernadette Lafont et Claude Brasseur ; puis, viendra en 2013 un long métrage documentaire " Comment j'ai détesté les maths" avec la participation de Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields. Ce film sera nommé aux César 2014 dans la catégorie du meilleur long métrage documentaire. En 2017, il réalise "Une vie ailleurs", une fiction avec Isabelle Carré et Ramzy et un documentaire "Latifa, le coeur au combat" sur le combat de Latifa Ibn Ziaten dont le fils Imad fut assassiné par Mohamed Mera.

 

Mercredi 23 juin 2021, vient de sortir en salles, son dernier film Tokyo Shaking, fiction qui fait référence à l'accident nucléaire de Fukushima : l'actrice principale, Karin Viard, s'y révèle très convaincante dans un rôle inhabituel.

 

Nous avons posé à Olivier Peyon, quelques questions sur le chemin qui l'a mené de ses premiers pas avec "Jingle Bells" à ses 5 longs métrages de la maturité. 

 

 

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                                    Olivier Peyon en tournage à Tokyo (photo Sébastien Roussel)

 

Quel souvenir gardez-vous de la distinction obtenue à Sarlat ?

Je me souviens surtout du festival en lui-même avec les salles pleines pour voir mon film et les autres, c'était un vrai plaisir ! J'avais présenté mon court métrage "Jingle bells" qui avait donc été primé ; et, plus tard, j'étais revenu pour présenter mon premier long métrage "Les petites vacances" avec Bernadette Lafont et Claude Brasseur. Sarlat était un vrai beau festival avec un gros travail fait pour montrer les films aux scolaires.

 

 

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Vues de Tokyo (photos Sébastien Roussel)

 

 

Comment est née l'idée Tokyo Shaking ?

« Tokyo Shaking » est parti du récit d’une amie que je n’avais pas revue, depuis plusieurs années. Je la retrouve un soir à Paris et, alors que je la croyais en poste à Hong Kong, elle m’annonce qu’elle travaille désormais pour une grande banque française à Tokyo et se met à me raconter la semaine folle qu’elle a vécue, deux ans auparavant, lors du tremblement de terre de mars 2011. Elle me décrit la puissance des secousses, l’horreur du tsunami, l’angoisse montant au fur et à mesure que la centrale de Fukushima devenait hors de contrôle. La désinformation est totale, autant côté japonais qu’étranger, et pour cause, personne ne sait ce qui se passe. Que faire : partir ou rester ? Chacun s’arrange avec sa conscience. La nature humaine se révèle : veule, grotesque ou au contraire généreuse et solidaire. Mon amie me raconte ça, traversée de fous rires, comme si elle prenait soudain conscience de cette situation ubuesque. C’est véritablement le quotidien d’une catastrophe qu’elle me raconte, quand vous avez tellement de choses à gérer que vous n’avez pas le temps d’avoir peur, où la grande et la petite histoire se mélangent. L’envie d’en faire un film était née.

 

 

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                          Tokyo Shaking  - scène du tremblement de terre (photo Sébastien Roussel)

 

Comment dirige-t-on une actrice comme Karin Viard ?

Avec Karin, nous avons beaucoup parlé du personnage en lisant plusieurs fois le scénario et, ensuite, elle a fait sa petite tambouille intérieure. C'est une grande comédienne et une grande professionnelle souvent juste ; du coup, le travail était assez facile tellement elle avait intégré ce que je voulais.

Son personnage Alexandra travaille dans un milieu d’hommes, le milieu de la finance. On aurait pu imaginer une femme forte, dure, cynique, comme cela s’est beaucoup vu au cinéma, américain notamment, mais ce n’était pas la réalité à laquelle j’avais été confrontée, les choses sont beaucoup plus subtiles. J’avais envie d’un personnage avec une certaine forme de douceur et d’empathie, ce qui ne l’empêche pas d’être un « bon petit soldat » prêt à faire le sale boulot et à avaler des couleuvres… jusqu’à un certain point.

 

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Tokyo Shaking - Alexandra (Karin Viard) et son équipe (photos Sébastien Roussel)

 

Et, peut-être, parce qu’on ne l’attend pas forcément là, j’ai eu envie de confier les fragilités de mon personnage à Karin Viard... Karin, je l’adore dans ses rôles plus grands que nature, mais j’avais l’impression qu’elle serait épatante dans ce personnage plus en retenue, et que travailler sur une certaine douceur pourrait l’intéresser. Dans ses films, elle m’avait souvent fait rire, ou glacé le sang, mais là, j’avais envie de lui offrir un rôle où elle serait émouvante. Ce qui n’est pas la chose la plus simple à aller chercher.

Ceci dit, je ne voulais pas non plus aller contre la force de la nature qu’elle est. Le film oscille entre drame et comédie, surtout au début. Pour ces scènes plus légères, j’avais envie de son génie comique. J’ai réécrit entièrement certains passages pour m’en/pour le servir. Un jour, Karin m’a dit, après une prise où j’avais dû pouffer un peu trop fort,  «En fait, t’aimes bien rire, toi !». Elle sentait que je ne boudais pas mon plaisir et qu’elle pouvait y aller quand il le fallait… D’ailleurs, par moments, il faut savoir la suivre sans tergiverser, comme la scène où elle met le bureau de son patron à sac. Ce jour-là, j’ai adapté ma mise en scène à son énergie : j’avais prévu plusieurs plans pour pouvoir faire monter sa colère, mais elle l’avait déjà intégrée ; et, alors qu’on devait couper le plan, elle est partie direct saccager le bureau, on a continué à filmer de loin, en plan large à travers les vitres : tout était dit…

 

 

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Olivier Peyon avec un comédien et en repérage dans Tokyo (photos Sébastien Roussel)

 

Vous avez dirigé, dès le début, des actrices et acteurs de renom (Bernadette Lafont, Claude Brasseur). Comment appréhendiez-vous cet exercice ?

Oh, je n'y réfléchis pas beaucoup. Un film prend tellement de temps à se faire entre l'écriture, le financement, le casting, la préparation du tournage que, quand arrivent le tournage et le filmage des comédiens, tout a eu le temps de bien infuser de part et d'autre, et les comédiens ont beau être de renom, on y pense plus trop, on est ensemble dans le travail.

 

 
 
 
 

 

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                  Tokyo Shaking - Japonais devant la télévision écoutant le discours de l'Empereur 

                 (photo Sébastien Roussel )

 

La crise sanitaire a fait repousser la date de sortie de "Tokyo Shaking". Comment avez-vous vécu cette attente ?

Oui, la sortie a été repoussée 2 fois. A l'origine, le film devait sortir en mars pour les 10 ans de Fukushima puis le 28 avril et maintenant le 23 juin !  Mais, au-delà de la sortie, le film lui-même  s’est fait à l’ombre du Covid. Nous l’avons tourné au Japon en février 2020 alors que l’épidémie avait explosé en Chine et touchait le Japon qui fermait écoles et certains lieux publics. Nous, petite équipe française inconsciente, nous regardions ça sans nous rendre compte de ce qui allait arriver, un mois plus tard en Europe. Je me souviens d’avoir été très impressionné en passant juste au-dessus du Diamond Princess dans le port de Yokohama (l’autoroute passait au-dessus du port). Le Diamond Princess, c’est le premier paquebot mis en quarantaine avec ses 3700 passagers à bord, isolés dans leur cabine. Les imaginer enfermés sous nos pieds, alors que nous allions tourner, était très étrange. Finalement, comme Alexandra, nous étions au centre de la tourmente sans vraiment réaliser ce qui se passait. Le tournage terminé, nous avons pu rentrer en France alors que les frontières commençaient à fermer mais sans imaginer que nous serions confinés, deux semaines plus tard… et surtout que notre cher ingénieur du son, Marc Engels, serait emporté par un covid foudroyant – sa compagne nous apprendra, plus tard, qu’il n’avait pas contracté le virus au Japon mais en Belgique où il vivait - Le montage a continué, chacun de ses sons prenant une charge émotionnelle particulière, et la post production sonore à Bruxelles, également. Ce film lui est dédié.

 

(Interview Catherine Merlhiot)

 

 

Tokyo karin groupe

 

 

                                                     Tokyo Shaking (photo Sébastien Roussel)

 

 

Olivier Peyon travaille actuellement sur son prochain long métrage, une adaptation du roman de Philippe Besson "Arrête avec tes mensonges". Il vient également de signer pour Bernardo Livio, son premier scénario d'une Bande dessinée : "En toute conscience" qui vient de paraître aux éditions Delcourt.

 

 

 

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      Olivier Peyon sur le tournage à Tokyo, essayant le vélo que devra utiliser  Karin Viard            (photo Sébastien Roussel)

 

Le succès de "Jingle Bells" a joué un rôle non négligeable dans la décision d'Olivier Peyon de poursuivre dans cette voie. Le festival du Film de Sarlat lui a donné une chance. Il a su la saisir. D'autres l'ont fait après lui.

Je souhaite au film et au réalisateur tout le succès qu'ils méritent.

Sud-Ouest du 23 juin leur consacre une double page : Karin Viard, l'art de la désobéissance

 

Cliquez sur le lien suivant pour voir la Bande Annonce : Tokyo Shaking

 

 

Pierre Merlhiot 

 

*Le festival du Film de Sarlat

 

rex

 

 

                                                                               Le REX à Sarlat

 

 

 

Ce festival a été créé en 1991 par Joëlle Bellon qui lui a consacré tout son temps et son crédit jusqu'en 2010, date à laquelle Pierre-Henri Arnstam a pris le relais.

Il doit beaucoup à la famille Vialle qui a créé l'association "Les amis du cinéma", est devenue partenaire culturelle d'une section cinéma et audiovisuelle. Elle met aussi à sa disposition son complexe 4 écrans, le REX, géré par la famille depuis 3 générations.

On n'aurait garde d'oublier l'action en faveur du cinéma, de l'amicale laïque de Sarlat qui précéda l'initiative de Joëlle Bellon.

 

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Les prochains billets

 

Avec,  pour les dates seulement prévisionnelles, les réserves d'usage.

 

Demain. Vendredi 25. Chronique du temps qui passe,  par Charles Potier.

Samedi 26 juin. En suivant la promenade mémorielle ouverte par Claudinéa Wroblenski et Alain Giffault, P-B F.

Dimanche 27 juin. Qui était ce personnage d'exception ?

 



24/06/2021
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