Terre de l'homme

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Sur une passe mémorielle les marcheurs ont dit "bonjour Monsieur Printemps".

 

SAINT GERMAIN-de-BELVÈS

 

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Tacot. CNRT. Étymologie.  Du rad. onomat. takk-, v. tac; suff. -ot*. 1917-18 "petit train d'intérêt local". Dans l'imagerie populaire, les tacots étaient injustement taxés d'une image peu valorisante. Ces tacots ont eu une mission de transport qu'il serait malvenu de dévaloriser.

Ici le tacot, terminologie désignant un moyen de transport secondaire, était le train minier de Merle à Siorac. Photo © Pierre Fabre

 

 

Ce 20 mars, nous étions 18 marcheurs, aucune connotation politique, venus là pour honorer le passé laborieux d'anonymes qui ont œuvré pour gagner leur vie dans les conditions laborieuses plus que difficiles des mines de Merle. On peut pluraliser la terminologie de mine car dans ce plan collinaire, au pied de la source du Neufond, il y avait plusieurs points d'extraction du lignite.

 

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Fins prêts, les marcheurs ne vont point, en ouverture printanière, écouter le sublime Concerto n 1 en mi majeur, op. 8, RV 269, Concerto n 1 en mi majeur, op. 8, RV 269, " La primavera", soit "Le printemps" des "Quatre saisons" de Vivaldi mais suivre les sentes et chemins saint-germinois en écoutant le pépiement des oiseaux annonçant les beaux jours. Photo © Pierre Fabre

 

 

Wawrzyniec

Wawgrzyniec Prajzner,

patronyme francisé en Laurent Preisner

 

Parmi les personnes présentes, on pouvait noter la présence de Lydie Garrigue, dont le grand-père, Wawgrzyniec Prajzner, était polonais. Ce fort rude mineur laisse le souvenir d'un Slave ô combien attachant par ses multiples qualités humaines et  celles d'un travailleur opiniâtre. Il dut quitter sa Pologne natale pour chercher du travail loin de sa Malopolska* natale. Il fut de ce douloureux moment de la clôture des Mines de Merle. 

 

 

*  LPetite-Pologne (en polonais : Małopolska, en latin : Polonia Minor) est une des régions historiques de Pologne. Située dans les Carpates, ancienne Galicie polonaise, au Sud-Est du territoire de l'actuelle république de Pologne, elle avait une superficie triple de celle de la voïvodie qui aujourd'hui porte ce nom. Sa capitale est Cracovie.

 

 

Merle fut un chantier où la main d'œuvre fut composée d'autochtones, certes, mais aussi de nombreux ouvriers venus de divers pays et même de migrants issus d'Afrique du Nord.

 

Sébastien Fongauffier, autre figure pour honorer cette passe mémorielle, lui, est un autre petit-fils de la mine. Georges, son grand-père paternel, figure fort populaire de ce bassin de vie, interpellé par les vicissitudes de l'histoire, devint mineur, seulement quelques années. Voir le blog du 19 mars.  Ce solide rugbyman, acteur de l'épopée des Sangliers de Belvès, opta pour une vie minière non par affinité mais parce que ce résistant, comme tant d'autres, se servait des galeries souterraines comme remparts protecteurs face aux indésirables de l'ère de l'Occupation. Les Fongauffier, à Grives, écrivent l'histoire locale car, en un siècle, par trois fois, c'est un Fongauffier qui a conduit la vie municipale. Sébastien peut s'enorgueillir d'être le relayeur de son grand-père et de son bisaïeul.

 

Au cours de cette promenade, qui était parfaitement informelle, il y a eu des échanges entre marcheurs. Le doyen d'entre eux, un nonagénaire buguois, s'est plu à parler d'un "personnage obscur" de la mine. Yvon Lalbat, natif de ce village de Saint Germain, était le forgeron de la mine. Lui aussi fut un résistant d'exception. Il dut rejoindre, à son corps défendant, l'autre rive du Rhin d'où il s'échappa et parvint à revenir au Mouscard, lieudit eumacois, d'où il sauta du train en marche.

 

Quand on suit ce chemin, on a de la peine à imaginer qu'il fut, avec ses répétitives aspérités, il y a moins d'un siècle, l'assiette du chemin de fer minier. La conduite des convois échoyait à son mécanicien Henri Escarmand. L'image de ce personnage, comme opérateur ferroviaire, est bien trop lointaine pour être conservée. Dans le pays, celle de ses talents dans l'ostéopathie, pour les plus anciens, demeure bien vivace.

 

Cette promenade fut l'occasion pour Hélène et Érick Mathis de s'impliquer dans ce creuset du Neufond. Ces deux sympathiques "néo-merlois", ont eu un coup de coeur pour ce décor patrimonial de Merle, là où l'AROVEN tissa une merveilleuse histoire pédagogique et ludique et créa un lieu insolite de loisirs et de découvertes de ce Périgord aux façades multiples. Ils ont découvert cette idéale sente collinaire de Pètre et de Planche, là où l'éphémère train minier acheminait le lignite de la mine à la gare de Siorac. Hélène et Éric ont, semble-t'il, largement apprécié cette balade et ont ouvert les signaux pour une rencontre à Merle. Hélène n'exclut pas une journée portes-ouvertes dans ce micro village où l'entrée de la mine se révèle comme un sanctuaire intemporel d'une épopée proche de l'oubli général.

 

Le pèlerinage mémoriel fut le fil conducteur de cette immersion dans ce sentier, ancien chemin de desserte des pâtures et des champs, devenu chemin de fer minier, puis redevenu chemin rural et, enfin, grâce à une parfaite coordination entre les édiles saint-germinois et les élus communautaires, un idéal chemin de randonnée. Les marcheurs ont naturellement échangé entre eux, tout en respectant, à la lettre, les préconisations sanitaires du moment. Christiane, la Daglanaise, évoqua la richesse de son entité collinaire et, avec Lydie, la Sagelacoise, se voyaient promouvant dans les "pechs" de ces reliefs du Céou, une sympathique  balade des cabanes.

 

 

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Le printemps est là. Au pied de ce monticule, on ne sait point si l'on est en face d'un quelconque amas de pierre ou s'il ne s'agirait pas d'un fort lointain tumulus. Quoi qu'il en soit, nous sommes dans un sanctuaire eu égard à la marche du temps et aux rites de nos ancêtres. Photo © Lydie Garrigue.

 

Cette promenade fut aussi un bye bye à l'hiver, c'était plutôt frisquet au lieu de départ du Couquet. Le "bonjour monsieur printemps" se fit autour d'un monticule du lieudit de Planche dont on ignore s'il s'agit d'un banal amas de pierre ou d'un tumulus miraculeusement conservé là dans un tout petit bosquet. L'expertise embryonnaire du Dr Lagarde, archéologue du conseil départemental, qui doit venir sur les lieux, ce 25 mars, nous en dira peut-être davantage.

 

Ce 20 mars, le soleil voulut bien briller de tous ses feux pour accompagner les marcheurs qui, tous, ont trouvé Saint Germain, aux panoramas saisissants, agreste et merveilleusement inscrit dans son rôle de conservateur d'un patrimoine qui ne peut laisser insensible ses visiteurs. Cette balade fut aussi une occasion de disserter sur l'onomastique des lieudits, ces merveilleux conteurs de notre petite histoire.

 

Il reste à féliciter et à remercier Monique, la maire-adjointe saint germinoise qui, discrètement mais sûrement, fut la tutrice de cette journée tandis que Danièle et Francine en furent les hôtesses.

 

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Hier ce blog, virtuellement, était à Addis-Abéba, aujourd'hui il revient en Périgord, dans les reliefs saint-germinois. Demain il changera de décor pour vivre au fil de l'eau d'une de nos plus belles rivières en saluant un vieux moulin cher à la plume d'Eugène Le Roy. Puissions nous avoir une autre plume, une plume scientifique de Port aux Français, dans les Iles Kerguelen, pour nous dire que ces terres éparses, à l'autre bout du monde, sont, aussi, de ce patrimoine intemporel de "Terre de l'Homme".



22/03/2021
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