Terre de l'homme

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La tour des Quatre Sergents à La Rochelle

 

 

 

 

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                                                  La Tour des Quatre Sergents

 

 

La tour de la Lanterne, ultérieurement tour des Quatre Sergents, a une histoire mouvementée dont on peut imaginer qu’elle est à elle seule une histoire dans la grande. Fière gardienne du port de La Rochelle, flanquée de ses sœurs, compagnes redoutables qui se dressent massivement de chaque côté des quais surélevés du vieux port à son entrée, les tours Saint-Nicolas et de la Chaîne, elle resplendit à la lumière éclatante de l’Aunis, de toutes ses pierres blanches, élançant ses pointes et lanternons vers le ciel.

 

 

 

 

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Commencée en 1209, achevée en 1468 grâce à la contribution financière du maire de l’époque Jehan Mérichon, son parcours détaillé se fond avec de grandes pages écrites au fil du temps, mettant la capitale de l’Aunis en relation avec le « grand large », la Nouvelle France, l’Angleterre quasiment son alliée, la défense de son territoire contre la royauté française qui voulait lui imposer sa religion et sa culture, sa façade maritime et ses marins-pêcheurs attirés par les eaux poissonneuses de l’Atlantique Nord proche de Terre-Neuve et Saint-Pierre et Miquelon.

 

 

 

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 Les touristes qui, aujourd’hui, foulent les quais, ne savent pas tous qu’ils posent leurs pieds sur les durs pavés granitiques du Québec rapportés par les bateaux rochelais, le ventre vide, pour stabiliser leur retour vers le port d’attache.

 Remontons dans le Haut Moyen-Age : ce port primitif sur le cours d’eau de Lafond jusqu’au château Vauclair, aujourd’hui place de Verdun, place centrale de la cité, fut construit par le roi anglais Henri II Plantagenêt, époux d’Aliénor d’Aquitaine. Tour du Garrot à l’époque, du nom de l’appareil de levage permettant de désarmer les bateaux avant de pénétrer dans le port, elle le protégeait, imposante par sa base cylindrique de 25m de haut surmontée, plus tard, d’une flèche octogonale culminant à une hauteur de 30m. Puis, au fil du temps, le trafic se faisant plus intense, les manœuvres plus difficiles et en raison du faible tirant d’eau, ce port fut abandonné au profit du Vieux Port actuel.

Ainsi, prospéra la ville à travers ses activités maritimes et commerciales, jusqu’au moment où sa position religieuse qu’elle défendait becs et ongles, encouragée par son allié anglais, devint insupportable pour la royauté absolue et catholique incarnée par le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu.  

Vers 1568, les guerres de religion n’épargnent pas la cité huguenote : les catholiques sont poursuivis et chassés, 13 prêtres faits prisonniers égorgés et précipités dans la mer du haut de la tour de la Lanterne rebaptisée « tour des Prêtres ».

 Les tours faisaient partie intégrante des fortifications médiévales de la ville, assurant et prenant toute leur part dans la protection de la cité maritime que protégeaient les marais, côté terre.

 La reine de Navarre Jeanne d’Albret, au départ catholique, se convertit au protestantisme, prend la tête du mouvement protestant et gagne La Rochelle avec le prince Henri de Navarre, futur Henri IV, en 1560, confortant, ainsi, la place huguenote dans sa détermination et son opposition à la religion catholique et à la royauté dominée, alors, par Catherine de Médicis.

La situation devint de plus en plus difficile et le futur cardinal, auparavant évêque de Luçon, voyant cette cité proche d’un mauvais œil, ne put tolérer que la capitale de l’Aunis osât braver et s’opposer au catholicisme régnant, tout en maintenant de bonnes relations avec cet allié perfide qu’était l’Angleterre.

Bras droit de Louis XIII, le cardinal décide avec l’accord du roi d’assiéger la place forte rebelle qui comptait, alors, 22 000 habitants dont 18 000 protestants : le siège débutera le 10 septembre 1627 et se terminera le 28 octobre 1628. La ville fut soumise, ses alliés boutés hors du périmètre maritime. Il faut dire qu’en matière de provocation, elle s’était particulièrement distinguée en s’auto-proclamant «Nouvelle République de La Rochelle » prenant modèle sur Les Provinces Unies des Pays-Bas et la République de Genève sous Jean Calvin.

A la suite de ce long siège tragique, les fortifications de la place furent détruites sur ordre du roi Louis XIII sauf les tours protégeant le port.

Pour autant, l’histoire de la tour de la Lanterne n’est pas terminée et va se poursuivre pour son propre compte, rebaptisée, cette fois, tour des Quatre Sergents.

La fin de l’Empire napoléonien s’était déroulée tragiquement, amèrement, pour le peuple français ballotté en tous sens à travers l’Europe, se retrouvant exsangue et défait, une fin qui se prolongeait par l’épisode d’un retour inattendu tel le Phoenix renaissant de ses cendres, voulant redresser l’aigle gisant à terre. Comble de tout, la France dans une situation plus que précaire, déshonorée par les défaites de la fin de règne, allait se retrouver occupée par les troupes étrangères européennes avec à leur tête ses ennemis jurés, l’Angleterre et la Russie. Que s’était-il passé dans la tête de Napoléon, au bout de ce parcours désastreux, avec toutes les nations d’Europe à dos, sinon miné par son orgueil et son surmoi pour qu’il cherche, encore, à mobiliser ses troupes, n’hésitant pas à envoyer au massacre de jeunes recrues, les « Marie-Louise », les conscrits de 1813, 1814, 1815 ? Là, il se serait grandi en acceptant sa défaite à Waterloo.

Car, au final, c’est un gouvernement sous la tutelle des nations étrangères que va présider un émigré de la première heure, le roi Louis XVIII mis en place pour instaurer la Restauration monarchique dont le pays s’était débarrassé.

 

 

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                                           Les 4 sergents de La Rochelle : la sentence

 

Alors, le désespoir s’empare de jeunes soldats révoltés par cette situation de servitude et cette occupation du sol français. Au sein du 45ème régiment d’infanterie de ligne, en garnison à Paris, des sous-officiers nostalgiques d’une gloire passée et révolue, se mettent à comploter contre ce régime royaliste compromis. Nous sommes en 1821 et ces jeunes sergents se nomment Jean-François Bories, Jean-Joseph Pomier, Marius-Claude Raoult et Charles Goubin.

Ils se regroupent au sein d’un mouvement, les Carbonari ou Charbonniers, qui rassemble des mécontents républicains, bonapartistes…, tous ligués contre la Restauration monarchique. Le mouvement présent en Espagne, Portugal, Italie, prend un aspect complotiste qui aboutit à la découverte d’un premier complot en 1821, au sein de l’Ecole de Cavalerie de Saumur puis d’autres déjoués à Belfort, Toulon, Nantes. Sur ces entrefaites, le régiment est transféré à La Rochelle, début 1822. Au cours de ce transfert, Bories se trouve pris dans une rixe avec des soldats suisses, mis aux arrêts et incarcéré dans la tour de la Lanterne où les trois autres ne tardent pas à le rejoindre. Ils seront condamnés à mort par l’instance judiciaire de la Seine d’où ils sont originaires, sans avoir rien révélé du complot et des chefs du mouvement, guillotinés en place de Grève à Paris, le 21 septembre 1822.

Cette exécution sommaire fit beaucoup de bruit car ils avaient sauvé leur honneur en montrant leur sang-froid et leur opposition déterminée à la Royauté. En montant à l’échafaud, tous eurent un seul cri « Vive la liberté ».

Longtemps après, leur souvenir resta dans les mémoires, hommage leur fut rendu dans des cabarets, au cimetière Montparnasse où ils sont enterrés, la littérature avec Balzac dans « La Rabouilleuse et La peau de Chagrin » …

 Mais, surtout, La Rochelle garde la mémoire encore bien vivante de ces quatre jeunes, exécutés par un régime indigne, désormais la tour de la Lanterne est devenue « Tour des Quatre Sergents ».

Elle trône, toujours, fier témoin du passage dramatique des Quatre Sergents emprisonnés entre ses épaisses murailles, reliée à la tour de la Chaîne par la séduisante rue Sur Les Murs, nous offrant son architecture gothique et sa grande flèche octogone avec nervures garnies de crochets flamboyants, sa galerie à 38m de haut élancée, le chemin de ronde couronnant la tour et la lanterne qu’on allumait la nuit, pour signaler la direction du chenal d’entrée. L’histoire y a laissé ses traces sous forme de graffitis et elle attire, toujours, de très nombreux touristes.

 

 

 

Jacques Lannaud

 

 

 



08/12/2021
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