Terre de l'homme

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Le passé ferroviaire, témoin de vieux souvenirs.

 

Passerelle Eiffel — Wikipédia

La passerelle Eiffel de Bordeaux, une pièce patrimoniale qui a bien failli  disparaitre.

Image Wikipédia

 

 

Portrait de Camille Jullian L’historien Camille Jullian en 1923, déplora la raréfaction des noms liés à la topographie : " Adieu les bons vieux noms qui appartenaient à la rue et à qui elle appartenait : la rue n’est plus, au moins du fait de son nom, qu’un instrument de la vie publique, un agent politique. "

 

 

La richesse de nos odonymes constitue une gigantesque encyclopédie. Elle part dans tous les sens. On y découvre les vieux métiers, les noms de fleurs, surtout dans les lotissements, les détails historiques et géographiques. Ce que l'on peut regretter, c'est peut-être une excessive multiplication de personnages d'exception. On trouve plus facilement le nom de Georges Clémenceau que celui d'Olympe de Gouges, de Victor Schoelcher, de Michel Chasles, de Gaston Poupinel ou de Lucius Quinctius Cincinnatus. Pour éviter d'être taxés de tendancieux, certains édiles préfèrent s'échapper en entrant dans un domaine neutre. Les pistes ne manquent pas pour valoriser nos champs, nos cultures, nos landes, notre histoire ou notre géographie. Un chemin de la mer, au Buisson-de-Cadouin, désignant le chemin qui, jadis, servait au charroi du sel, et le "Cami salié", superbe axe palois, peuvent paraître bien plus sympathiques que le chemin d'un quelconque va-t-en guerre. Quand un personnage de la vie publique disparaît, on est naturellement -et souvent- tenté de chercher quelle rue pourrait ou devrait lui revenir. Hélas, on se le demande moins quand c'est un sapeur-pompier qui  s'effondre dans un brasier victime de ses prérogatives, illustrées par la noble devise "sauver ou périr". 

   

Oui, à mon sens, Camille Jullian, en regrettant que les noms liés à la topographie n'aient pas toute leur importance, avait certainement raison. La rue du port, c'est peut-être anodin, doit rappeler l'époque des gabarres, le chemin des mégalithes d'Erdeven sait éclairer les promeneurs et, certainement, est plus parlant que le patronyme, aussi respectable qu'il ait pu l'être, d'un des édiles locaux qui n'a pas laissé de souvenir impérissable.

 

Du modeste Jean Cristofol*, grand résistant et éphémère maire de Marseille, qui eut, on ne sait comment, une quelconque rue de la cité phocéenne, à Parfait Jans**, chauffeur de taxi, maire pendant 18 ans de Levallois-Perret, qui obtint un segment de voie rapide, que personne ne remarque, au tsunami de noms plus ou moins discutables comptables du passé qui ne s'imposent que pour leurs partisans, les odonymes, notamment ceux mettant en valeur le patrimoine, sont loin de faire jeu égal avec un récent président de la République dont le nom surgit des centaines et des centaines de fois.

 

Il paraît permis de penser qu'il fut plus facile de pérenniser le nom de Bugeaud, qui fit brûler les récoltes des fellahs pour les affamer et les soumettre, pendant la "conquête" colonisatrice de l'Algérie que celui d'Henri Dunant, concepteur de La Croix rouge, ou... même de Sœur Emmanuelle ou de Mère Teresa. 

 

Personnellement, tout en appréciant le rôle de passeur de mémoire des odonymes, j'ai une sympathie mesurée pour ceux qui pérennisent des personnages historiques... a fortiori s'il s'agit de personnages qui ont un passé fort trouble ou du sang plein les mains. L'arrivée ou la sortie de Bordeaux, par la R.N. 10, où l'avenue Jean Jaurès de Cenon se fond dans l'avenue Thiers de Bordeaux, quelque part, cela fait... désordre !

 

J'ai tenté, sans succès, par le biais de l'adressage, d'obtenir une modeste place pour l'unique conducteur du train minier de Merle qui, par ailleurs, a fortement marqué la vie locale au siècle précédent. Interpellée l'équipe municipale, que je tiens pour amie tant elle travaille dans le bon sens, préféra écarter les noms de personnes pour valoriser le patrimoine. Néanmoins j'épouse ce concept qui me semble logique, objectif, cohérent et parfaitement respectable.

 

* Jean Cristofol, modeste douanier, figure de proue de la Résistance, fut incarcéré plusieurs mois, à Alger, pendant l'occupation, en subissant les humiliations les plus dégradantes. Il fut libéré grâce au débarquement des forces alliées en Afrique du Nord. Il devint maire de Marseille en 1946 et, à ce titre, joua un rôle important dans la reconstruction de la ville, à la Libération. Jean Cristofol, aux municipales de 1947, fut défait par la large coalition hétéroclite qui voulut l'abattre. Tout en restant élu municipal, il perdit d'une voix son écharpe tricolore au gland d'or. 

 

** Parfait Jans naquit le 7 juillet 1926, à Levallois-Perret, dans une famille d'immigrés valdôtains ; Parfait Jans est ajusteur-monteur, puis chauffeur de taxi avant de se lancer en politique, au début des années 60. Homme passionné, de grande culture, en s'imposant face à Charles Pasqua, il devint le maire communiste de la ville en mars 1965, poste qu'il conservera jusqu'en 1983. Il fut défait par le RPR Patrick Balkany. À Levallois, d'aucuns ont trouvé beaucoup  "d'encens" pour honorer son successeur. Celui-ci ne se retira pas, par humilité, dans un monastère mais, pour une très courte période, fit escale à la Santé. Pour raison de "santé" -et, peut-être eu égard dû à son rang- il n'y demeura que pour un très bref séjour. 

 

 

 

Gare de Daglan

 

 

Le chemin de fer départemental qui relia, pendant 22 ans, Sarlat à Villefranche-du-Périgord, du 1/11/1912 au 1/12/1934, a conservé quelques gares. Bien entendu, ces vieilles pierres n'entendent plus les voyageurs depuis 87 ans ! Certaines, Villefranche et Prats, ont hélas été éradiquées. Daglan a adroitement pu et su conserver la sienne.

 

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Rue de la gare

 

 

À Daglan, la R.D. n° 60 qui épouse, en partie, le tracé de la ligne, s'appelle rue de la gare.

Remarquons que les localités qui ont perdu la leur, souvent, se plaisent, par la dénomination de leurs voies ou espaces publics, à souligner que, dans le passé, elles en avaient une. Curieusement, si l'on trouve la modeste rue des Deux gares à Paris, entre la gare du Nord et la gare de l'Est, on ne trouve pas de rue de la gare à Toulouse, à Périgueux ou à Bergerac. Bordeaux en a une grâce à l'ancienne fusion avec Caudéran.

Vous trouverez cependant une rue de la gare dans bien des localités qui, comme Daglan, n'en ont plus depuis des lustres. Citons celle de Gondrin, Gers, ou Rabastens-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées, l'avenue de la gare à Montignac, le boulevard de la gare à Loudéac... et tant d'autres.

 

Cette manière de s'accrocher à ce passé constitue une forme de passage de mémoire un peu comme, dans un domaine bien différent, la place de la Bastille à Paris ou le Pont des soupirs à Venise.

 

Dans un prochain article, nous irons à Villeneuve-sur-Lot qui, par miracle,a conservé de petits vestiges de son passé ferroviaire. 

 

 

Gare_Proissans

 

La gare de Proissans, ancienne ligne Angoulême-Sarlat, est devenue la mairie de cette localité.

 

Image. http://chemins.de.traverses.free.fr/Sarlat_Condat-Le-Lardin/Gare_Proissans.htm

 



17/05/2021
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