Terre de l'homme

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Les premiers explorateurs : la découverte des églises-rocs (suite)

 

tour

 

 

                                               L'Enda Abuna Yem'ata dans sa tour rupestre

 

Je reviens vous parler de certaines églises-rocs puisque j’ai entrepris ce voyage à une époque où, pratiquement, personne n’en connaissait l’existence ; et où, seuls quelques chercheurs-archéologues au courant ont dépensé beaucoup de courage, de ténacité et pris des risques importants, pour faire découvrir au monde cet art indéniable, cette civilisation secrète accrochée à sa foi, nous relatant leurs expéditions et leurs découvertes, dignes de grands explorateurs, lors de réunions-conférences à Addis-Abeba.

 

Voici ce que disait l’un d’eux : « Les églises-rocs, avec leurs fresques uniques au monde, et d’autres trésors non-inventoriés, attendent en Ethiopie, quiconque ne craint pas une excursion à pied ou à dos de mulet, ne redoute pas une ascension entre les parois des rochers presque verticales, et dont les poumons ont encore un peu de vigueur à sacrifier à l’Art, si dans l’air léger des sommets, son souffle évoque un aspirateur à poussière ». Et d’ajouter : « Dans l’une de ces expéditions, cent terrassiers, envoyés par le Gouverneur, aplanirent le chemin pour les voitures qui se disloquaient à travers champs et construisirent, au fur et à mesure, des passages au-dessus des torrents. »

 

Mais, parfois, l’espoir est déçu, c’est une ruine qui se présente ou, alors, des quantités de voiles liturgiques ayant pour objectif de limiter la curiosité du voyageur pour qu’il prenne le parti de rester à la porte. Un gardien, dans tel autre endroit, interdira l’accès au sanctuaire, malgré les autorisations officielles, prétextant l’existence d’un serpent dangereux que personne n’a jamais vu, sans changer d’avis en dépit de « bakchich » généreux.

 

Une autre fois, nous dit l’un des chercheurs « j’ai marché pendant sept heures avec un lourd paquetage pour atteindre la remarquable église de Gammadu Maryam. Les gens du pays se tenaient sur la défensive, ils étaient même hostiles….Ils repoussèrent avec injures et moqueries, ma proposition d’aider à porter les bagages moyennant salaire…Je parvins, cependant, à la tombée de la nuit, à atteindre le kral du gardien de l’église. Les bergers qui s’étaient moqués de moi vinrent, au plus profond de la nuit, me palper les bras et les jambes. Satisfaits, les commentaires qu’ils se chuchotaient, pouvaient se résumer ainsi : C’est un homme fort !...L’église resta fermée, cependant..Une nonne se posta sur une saillie de rocher aux abords de l’église et se mit à chanter avec des trémolos hystériques, ce refrain : Ne le laissez pas entrer ! Tuez-le !... Je me décidai à battre en retraite..sept heures de marche pour le retour avec le paquetage, sous un soleil mordant. »

 

église éthiopie vue aérienne

 

                               Vue aérienne de l'église Mika el Ambo

 

 

 

Toutefois, ces déconvenues furent assez rares car, disait le conférencier, « les montagnards chrétiens d’Ethiopie sont une race fière et facilement ombrageuse mais complaisante et hospitalière. »

Et, de nous faire part d’une autre anecdote : « ... Un soir que je campais près d’une église, un homme surgit de la nuit puis y pénétra, après avoir interrogé mon interprète. Les voisins s’indignèrent de ce bavardage : ne savait-il pas qu’il avait donné des renseignements au grand voleur de la contrée ? Mon compagnon était préparé à de telles aventures .Il montra très incidemment, notre mitrailleuse (le pied de la caméra dans son enveloppe de toile), laissant entendre qu’on l’avait déjà utilisée. La nouvelle que ces étrangers faisaient feu, volontiers, se répandit.. Aucun bandit ne nous importuna. »

 

Ne croyez pas, cependant, que les mésaventures se répétaient, fréquemment, car, malgré les réticences, la population se laissait gagner par l’hospitalité dès lors que l’on se faisait connaître, que l’on expliquait notre présence sur les lieux et notre admiration pour ces églises-rocs et les œuvres picturales et décors architecturaux qu’elles offraient à des yeux émerveillés.

 

 

coupole

 

 

 

                            Huit apôtres, coupole  Sud de Enda Abuna Yem'ata 

 

Alors,  les gens du village apportaient tout ce qu’ils ont de meilleur. Jamais, ne manquait la talla (bière d’orge ou de millet) mousseuse dans la corne de buffle, à manger le savoureux plat national : wat et ingera, la crêpe de tef qui se trempe dans la sauce et, ensuite, le plus précieux : le tagg ou hydromel et le café. 

Il est vrai que, très souvent, l’aumône ouvrait les portes mais, malgré l’admiration et la joie, que communique le premier coup d’œil à la vue de l’église Saint Michel de Dabra Salam, le prêtre s’interpose. Alors, après des palabres et une offrande généreuse, le mot italien qu’il utilisait « Basta » se transforme en : « Capitano, Capitano, je commande et vous ouvre les portes. »

 

Des fresques, des frises, le Bethléem éthiopien offre ses splendeurs.

Mais, l’Enda Yemata de Guh, l’église-crypte n’est pas loin : une heure d’ascension difficile au sud-ouest de Hawzen, à quelques kms de la route Aksoum- Adigrat. Elle est taillée dans la montagne, à la cime d’une tour rocheuse. L’accès est oblique, bordé par une paroi presque verticale : sanctuaire dans le roc, salle rectangulaire, imitation de poutre en rocher, coupoles et fresques peintes à diverses époques autour du XVIiè-XVIIiè siècles, influences islamiques se traduisant par le port d’un turban, le Temtem, par des prêtres mariés.

Nous redescendons avec tout autant de difficultés qu’à la montée.

Puis, nous reprenons la route qui nous offre des vues paradisiaques : cascades de vert sur les parois verticales ; genévriers, oliviers, figuiers qui s’accrochent à la roche, forêt d’euphorbes candélabres, l’aloès au fond de la vallée en fleurs rouge-feu s’étend comme un tapis au fond de la vallée. Le tritome (plante grasse analogue à la joubarbe) et autres plantes sont en équilibre sur une corniche.

Mais, voilà que nous arrivons : des silhouettes blanches sur fond de ciel bleu, ce sont les prêtres qui nous attendent et nous apercevons la basilique de la Croix : Mika’el Ambo et Cerqos Weqro.

 

Jacques Lannaud

 



18/05/2021
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