Terre de l'homme

Terre de l'homme

Suite et fin de notre excursion lacustre

 

Jacques Lannaud

Pour clore ce mois de mai qui, manifestement, donna à ce printemps des semaines bien fraîches, Jacques Lannaud revient pour terminer avec chaleur, son excursion lacustre gravée dans de bien vieux souvenirs. Cette fin d'épisode matérialise un jalon dans cette autre Terre de l'homme où nos ancêtres africains ont pris une place déterminante dans l'odyssée humaine ; et ce, bien avant que la Vallée de la Vézère ne devienne un site de l'avancée conquérante que d'aucuns, en leur temps, pointaient bien prématurément en hypothétique  berceau de l'humanité.

 

Les témoignages du lectorat ont, bien entendu, donné de belles notes de satisfaction à Jacques pour ses récits.

 

 

Premier contributaire, ou contributaire d'excellence, de ce blog, Jacques ne saurait, après tant de houles et de marées, abandonner ce "vaisseau". Ces épisodes nous ont  amenés à réfléchir sur ces thèmes que sont l'humilité, la foi et la culture de peuples que, par un terrible complexe de supériorité et une folle inconscience, on pourrait ne pas situer à leur juste dimension humaine. Par ailleurs, sa riche expérience de médecin honoraire nous a permis de mesurer combien nous sommes infiniment petits, voire impuissants,  face aux fléaux terribles qui nous interpellent, dont la maladie d'Alzheimer ou à la Covid 19.

 

Puissions-nous avoir, nous, le plaisir de connaître de nouvelles pages fascinantes grâce à Jacques.

 

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lac

 

Le lac Bishoftu, lac de cratère , le plus profond  (90 m) des 5 lacs qui entourent la ville de Debré Zeit

 

La nuit, j’avais mis longtemps avant de trouver le sommeil, à l’écoute des cris sauvages, parfois stridents, proches ou lointains, qui retentissaient autour de nous dans la savane et j’étais resté en alerte à l’écoute de quelque bruit insolite proche, du frottement ou de la respiration de quelque animal flairant tout autour de nos tentes.

Quand je me réveillai, je sentis de l’effervescence : on se préparait pour la journée, celle-ci s’annonçait radieuse : pêche, chasse, promenade autour du lac, tel était le programme.

Le médecin et l’infirmière, accompagnés de deux personnes, étaient sur le départ. Ils avaient pris contact avec le chef de village proche, s’étaient entretenus avec un soi-disant gourou voire un marabout, afin de désamorcer leur venue. Ils chargeaient des marchandises sur le dos d’une mule qu’avait emmenée, au petit matin, notre jeune coureur : des containers de laits infantiles ou autres nutriments pour les nombreux enfants souffrant de malnutrition, des médicaments divers : antibiotiques généraux, traitements contre dysenterie, parasitoses, paludisme, collyres….La population était réticente, ils s’en étaient rendu compte lors d’un précédent séjour, habituée aux décoctions ou breuvages divers, élaborés par des « thérapeutes » locaux manipulant mélanges d’herbes, d’écorces et de plantes dont ils avaient seuls la science.

Un autre membre de notre groupe, responsable d’une entreprise d’export-import, ingénieur de formation, se préoccupait du problème d’accessibilité à l’eau. Il cherchait à résoudre le transport de l’eau au plus près du village et des terres cultivées. Il s’était rendu compte de la difficulté des habitants et de la pénibilité du transport du précieux liquide, son insuffisance pour obtenir des productions plus abondantes en légumes ou en céréales . Les quelques points d’eau existants étaient pratiquement à sec : le seul moyen qui restait était l’accès à l’eau du lac ; pour cela, il avait emmené dans son véhicule du matériel. Il allait accompagner les pêcheurs afin d’examiner les berges, repérer un endroit adéquat pour installer une pompe à eau manuelle et amorcer des tuyaux et voyait, déjà, l’eau se déverser dans une sorte de réservoir naturel qu’il avait repéré et qu’il aménagerait, profitant d’une importante déclivité des bords du cratère.

 

 

carte lac

           

                Débré Zeit, à 39 km au sud-est d'Addis Abeba dans la région d'Oromia

 

 

J’optai pour la promenade. A quatre ou cinq, avec deux sacs à dos où l’on avait rangé gourdes et sandwichs, nous voilà partis accompagnés de plusieurs gamins et quelques jeunes auxquels on avait demandé s’ils connaissaient un itinéraire faisant le tour du lac. Mais, nous n’avions pas pris la mesure des difficultés inhérentes au grand tour que nous obligeaient de faire les berges escarpées et encombrées de rochers, une végétation dense faite d’arbres imposants dont des flamboyants en fleur, de hautes herbes, grandes fougères, branches ou roches à enjamber… On nous avait assuré l’absence de reptiles ; malgré tout, certains, armés de bâtons frappaient le sol à mesure que nous montions.

Au bout d’une heure, devant la montée alerte que nous imposaient les jeunes, certains avaient pris du retard. Exténués, faisant de fréquents arrêts pour reprendre souffle, deux d’entre nous décidèrent de retourner au camp. Les autres, dont moi, continuèrent leur escalade, précédés de ces jeunes éthiopiens nous imposant un rythme d’enfer et au bout de presque deux heures de marche, la végétation s’estompa ; on était arrivés sur une sorte d’esplanade au sommet des parois du cratère mais on comprit qu’il aurait été dangereux de s’avancer car l’escarpement s’amincissait et des rochers instables tombaient de temps en temps, dans le lac à plus de 300m en-dessous. Alors, après la pause, on redescendit le versant opposé moins accidenté tout en regardant la vue splendide qui s’étalait devant nos yeux. J’aperçus le canoë avec deux personnes à bord mais, surtout, des oiseaux aux couleurs vives, genres de guêpiers, volant d’une berge à l’autre, des hérons, des busards ou autres oiseaux de proie dont des vautours qui planaient au-dessus de nous. Sur une bande de terre qui s’avançait dans l’eau, un groupe de flamants roses plongeaient leur bec dans la vase et des pélicans se prélassaient cherchant à saisir un poisson au passage.

Mais il fallait poursuivre et après avoir mangé et distribué de la nourriture à nos guides improvisés, on reprit la descente, notre retour au camp se terminant par une foulée mesurée.

Notre ingénieur avait, avec l’aide de bras et de mains secourables, installé un assez gros tuyau qui plongeait dans les eaux du lac : il allait faire l’essai de la vanne qu’il avait soigneusement fixée à la roche. Le pompage commença et, tout d’un coup, l’eau jaillit, un puissant jet aspergea le versant déclive. Le tuyau aval fut déployé, fixé à la pompe puis déroulé. L’eau se déversa comme prévu dans le futur bassin. L’expérience semblait concluante.

Une partie importante de poissons, des tilapias, la perche du Nil, et de volatiles, pintades, cailles… furent distribués au village par les jeunes qui nous avaient servi de guides. Mais, la soirée s’annonçait festive : au menu, des grillades de poissons et de gibier et nos propres guides s’employaient à nous cuisiner un délicieux wat avec la crêpe « ingera ». Naturellement, nous avions apporté tous les ingrédients nécessaires. Se joignirent à nous, le chef du village et deux ou trois représentants ainsi que notre jeune coureur. Le vin, la bière et l’hydromel terminèrent une soirée qui s’était sérieusement prolongée auprès du feu.

Cette prise de contact avec ce peuple galla s’avérait positive : notre ami ingénieur laissait à leur disposition, les outils agricoles et, surtout, il reviendrait pour terminer ce qu’il avait commencé et permettre à ces paysans de disposer de plus d’eau pour irriguer leurs semences.

Le lendemain, on quitta le lac de Bichoftu, profond de 90m, non sans une certaine nostalgie et en ayant distribué des pièces aux enfants et aux jeunes qui nous avaient accompagnés.

 

 

Jacques Lannaud

 

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Demain.

 

La devanture évolutive de Martine et de Jean-Christian est une petite œuvre d'art, avec un regard photographique de Bruno Marty.

 

Articles dont la publication est imminente.

L'ordre séquentiel peut être évolutif

 

Comment soutenir "Terre de l'homme".

Petit coup d'œil patrimonial sur le grand livre de l'oubli. La radiale Magnac-sur-Touvre / Marmande traversait l'ouest du Périgord.

Qu'est-ce-qu'un village de cœur ?

 

 



28/05/2021
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